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Revista da imprensa

Les Arts Martiaux, école de la vie
01-10-03 17:09
Age: 5 yrs


BY: KARATÉ BUSHIDO


Category: France, L France



Le Samouraï des temps modernes

II a étudié avec de nombreux grands maîtres de Karaté puis exploré plusieurs arts japonais et chinois. Aujourd'hui 7e dan Shotokan, Kenji Tokitsu poursuit son rêve d'enfant : devenir un Samouraï, en se construisant à travers les Arts Martiaux.
Installé en France depuis 1971, il a développé son propre style : le Jiseïdo, qui, suprême honneur, est reconnu par le Budokan de Tokyo.

Par Ludovic Mauchien


Il a fait un rêve. Un jour, quand il était enfant dans son petit village de pêcheurs du Sud du Japon. Un rêve qui lui a demandé tout au long de sa vie force de caractère, ténacité et courage.
Dans le Japon d'après-guerre, il a rêvé de devenir Samouraï. Pas le guerrier féodal en armure sans foi ni loi. Non. Le combattant noble, dont la vie est régie par la philosophie des Arts Martiaux et pour lequel l'efficacité dans le combat fait force de loi.
Depuis un demi-siècle, Kenji Tokitsu s'attelle à comprendre l'essence des Arts Martiaux, à les apprivoiser, à les maîtriser, à les enseigner. Il poursuit son chemin entamé à l'âge de six ans par le Sumo. "Mais, attention, à l'époque, ce n'était pas que des obèses Le Sumo était très populaire et très pratiqué. Chez les amateurs, c'était très technique. Les combattants étaient minces et musclés. Historiquement, c'est la base de l'éducation physique des Samouraïs. Cela renforce bien les cuisses," assure-t-il. À 6-7 ans, il s'essaie au Karaté, de façon tout à fait amateur car il n'y avait pas de dojo dans son village. À 10 ans, il commence le Kendo, presque par nécessité. "Nous vivions à la campagne, dans l'après-guerre. Il y avait des bandes qui rôdaient. Pour se battre efficacement s'il y avait besoin, le Kendo était le plus recommandé. Et, dans mon esprit, cela me représentait le Samouraï."

Le Judo... une expérience banale
Adolescent, son souci d'efficacité est déjà bien réel dans son esprit. Après une escapade par le base-ball et l'athlétisme, qui lui fera d'ailleurs abandonner le Sumo et le Kendo pour reprendre sérieusement le Karaté à l'âge de 15 ans. Sa rencontre avec l'art de Gichin Funakochi est une révélation. Il essaie bien une fois le Judo mais il n'est pas du tout séduit. "À 16 ans, j'ai affronté un maître de Judo. Il était 4' dan, je crois. J'ai combattu à fond. Je n'utilisais pas de belles techniques mais le maître n'a pas réussi à me projeter. C'est moi qui y suis parvenu. Ce fut une expérience banale. Le Judo ne m'a pas convaincu en terme d'efficacité", répète-t¬il toujours aujourd'hui.
Quand il part, à 18 ans, pour l'Université Hitotsubashi à Tokyo, Kenji Tokitsu est déjà un Karatéka confirmé. L'endroit est renommé. Maître Gima Shinkin, élève direct de Funakoshi, et Maître Taïji Kasé, élève de Yoshitaka Funakoshi, y enseignent. Kenji Tokitsu pratique assidûment, dans les règles spartiates et rigides en vigueur à l'époque. "Quatre heures tous les jours pendant trois ans, se souvient-il. Il n'y avait pas d'eau chaude et l'hiver était aussi froid que l'eau ! Avant de prendre la douche, on faisait cent pompes." De cette époque, il garde deux grands souvenirs : les passages de sa ceinture noire et de son 2' dan. Un accomplissement et, surtout, une reconnaissance de son travail.

Ceinture noire à 18 ans
"La ceinture noire, à 18 ans, c'était très émouvant, raconte-t-il. Deux de mes aînés ont échoué. Ils sont restés impassibles. Quand la séance fut terminée, je les ai vu s'écarter puis pleurer dans le noir. Je me suis rendu compte à quel point la ceinture noire était importante. Pour le 2e dan, c'était moins émouvant mais très important. J'ai dû combattre contre 15 personnes. Quand tout a été fini, mes tibias étaient tout bleus et enflés. Passer le 2' dan, ce n'est pas que du combat, c'est aussi une force d'esprit. Le Karaté est une formation de soi. Je voulais acquérir la force dans le corps, dans l'esprit et dans la technique."
Étudiant brillant, il décroche parallèlement son diplôme, équivalent à celui de HEC en France. Un avenir somptueux lui est promis. Les propositions affluent. Mais, contre l'avis de sa famille et de ses amis, Kenji Tokitsu préfère s'exiler, partir rejoindre Maître Kasé en France, à 23 ans. "On m'a même traité d'imbécile, raconte¬t-il, mais venir en France a changé ma vie. ". Dans le sacro-saint Dojo de la Montagne Sainte-Geneviève, à Paris, Maître Henry Plée, le pionnier du Karaté en France, et Maître Kasé, font suer sang et eau à Kenji Tokitsu et certains grognards du karaté français. Pendant deux ans, il s'entraîne à raison de huit heures par jour, six jours sur sept, "excepté le dimanche. On frappait 1000 fois le makiwara avec la main droite, puis autant avec la main gauche... je me suis évanoui d'épuisement deux fois. Je me suis vraiment donné à fond. " Faute d'argent, il habite un petit studio au 6' étage et mange au resto U. "Je n'allumais
pas le chauffage par économie. Je lisais emmitouflé dans mon duvet, sourit-il aujourd'hui, ce fut une période certes dure mais très belle. Je ne regrette rien. Je l'ai fait par rapport à moi-même. Le Budo est une construction de soi-même. Il faut être capable de marcher seul, d'être autonome."

Le Budo, une voie solitaire
Au fil des ans, son rêve d'enfant prend corps. Kenji Tokitsu devient de plus en plus Samouraï dans l'âme. Combattant averti, théoricien avisé, il poursuit son chemin. Sa réflexion l'amène, au milieu des années 70, à "percevoir un doute dans la méthode". Il s'interroge sur l'efficacité du Karaté Shotokan. Puis il prend ses distances avec le milieu. "On n'est pas fort parce qu'on est en groupe. La force du Budo doit être en soi. Le Budo est une voie qui permet de s'affirmer. C'est une voie solitaire. On doit aller au bout de ses idées avec ses propres capacités et ses propres jugements. En Shotokan, je trouvais qu'on fonctionnait trop en groupe. On pratiquait le Karaté cri tant que style et non en tant que soi-même."
Un mythe s'éteignait dans son esprit. Son âme était atteinte. Pendant de longues années, Kenji Tokitsu a perçu le Shotokan comme étant le meilleur art martial. Le remettre en cause revenait à "voir son monde s'écrouler". Il puisera son énergie dans les recherches qu'il effectue. Il se met à étudier les styles anciens d'Okinawa. Il se rend très souvent au Japon pour rencontrer les plus grands maîtres de Karaté, Kubota, Gima, Takagi, Enoeda, Shiraï... Il écoute, il apprend, il pratique avec eux. Il s'ouvre aussi aux arts martiaux chinois, notamment le Taijiquan de combat, le style Chen mais aussi le style Yang.
Plus il avance, plus ses certitudes s'affirment. Pour lui, il manque une notion essentielle dans l'enseignement du Shotokan, qu'il résume par cette formule "j'ai rencontré un jour un vieux maître chinois de 108 ans. Quand je vois l'état physique de mes maîtres Shotokan à 50 ans et Yoshitaka Funakoshi, décédé à 40 ans, je nie demande qui est le plus fort. Pour moi, c'est le maître chinois car il a survécu." Avec l'âge, la notion de longévité, donc de santé et de bien-être, lui apparaît vitale et pas contradictoire avec l'enseignement du Karaté. "Je suis et je reste profondément
karatéka, affirme-t-il toujours aujourd'hui, niais il ne faut pas oublier que la méthode du Shotokan a été fondée à un moment où les Japonais n'avaient pas une longue espérance de vie, avec la guerre. Ce Karaté a été élaboré pour avoir un maximum d'efficacité sur le moment et cette pensée a été renforcée par le 3'' fils de Gichin Funakoshi, Yoshitaka. On ne pensait pas au mal de dos dix ans plus tard. À l'époque, il n'y avait plus de lendemain
."

3 500 heures de combat
En 1983, il crée sa propre école : Shaolin Môn Karaté Do, la porte de Shaolin, "le confluent du Karaté, du Budo japonais et des arts martiaux chinois". Il apprend quelque 250 variantes de Katas ! Il combat tous les jours, "3 500 heures en 12 ans, pour examiner". Il étudie différentes formes de Kung Fu, le Bagua Zhang, le Taïjiquan de l'école Chen avec Ryuchi Masuda et de l'école de synthèse de Wang Chou-Tsin ou encore la méthode énergétique de Harumitsu Hida. Il expérimente aussi le Nishino-Ryu Kokyu-Ho (système de respiration de l'école Nishino), le Taïkiken. De retour au Japon, il s'initie au Iaï Jutsu et au Ken Jutsu avec Maître Kuroda.

Le Jiseïdo, art de se créer en créant
Bref, il cherche, il se cherche. "Shaolin Môn est définie par une recherche permanente dans le courant historique des Arts Martiaux. Quand j'étais Shotokan, j'avais des oeillères. En cassant l'entrave la plus dure, donc le Shotokan pour moi, on devient plus libre. Moi, j'ai envie de pratiquer longtemps, donc efficacement." En 2000, Kenji Tokitsu estime qu'il est temps de mettre en couvre son savoir, de mettre en pratique ses milliers de notes. "J'ai dit : `assez de recherche'. Je ne suis pas un chercheur mais un pratiquant avant tout. J'ai fait une synthèse de toutes les méthodes que j'ai pratiquées avec trois éléments directeurs : la santé, le bien être et l'efficacité. "
Le nom ? "Jiseido, se créer en créant (de Ji soi-même et seï : se former)" ou Tokitsu Ryu. Ultime honneur, depuis 2000, le Budokan de Tokyo, l'institut contemporain de référence des arts martiaux japonais, permet à Kenji Tokitsu d'enseigner son art au Dojo magique. Une reconnaissance suprême de son travail. "Je ressens une grande fierté. Le Budokan, cela dépasse mon rêve."

Aujourd'hui, à 56 ans, Kenji Tokitsu vient de quitter Paris pour la campagne toulousaine. Il a acheté une ferme où il compte construire un Dojo, pour poursuivre ses études et son enseignement. Et continuer son chemin.

Pour plus d'informations www.tokitsu.com.

 

 

Le Jiseïdo, un retour aux sources

Bien être, santé et efficacité sont les mottos du Jiseïdo, l'art de se créer en créant (de Ji : soi-même et Seï : se former). Kenji Tokitsu définit son école, regroupée dans l'Académie internationale des Arts Martiaux, comme un retour à la vraie essence des Arts Martiaux et du Karaté plus particulièrement : être le plus efficace possible. Et pour Maître Tokitsu, l'efficacité passe par la santé et, donc, la longévité. "Un art martial reste un art de combat avant tout. Le Jiseïdo est une forme de combat à mains nues dont le principal objectif est l'efficacité. Efficacité immédiate, qui trouve son expression dans les techniques de combat. Efficacité à long terme, ce qui signifie préserver et augmenter sa santé et son bien-être au fil du temps, mais surtout efficacité comme nouvelle façon de percevoir corps et esprit."
Il s'agit d'une synthèse de différentes écoles chinoises et japonaises effectuée par Kenji Tokitsu, 7, dan de Karaté, à la suite de sa propre expérience et de nombreux entretiens et cours avec de grands maîtres de différents Arts Martiaux. Le Jiseï budo, ou Tokitsu-Ryu, est une méthode fondée sur l'intégration de la respiration, de l'énergie et de l'action. Elle fait sien le concept profondément ancré dans la culture orientale selon lequel corps et esprit forment une unité indissoluble. Le Jiseïdo s'articule autour de quatre disciplines : le Jiseï-Kiko, le Jiseï-taïji, le Jiseï¬budo et la Danse de l'énergie. Les mouvements sont plus amples et arrondis que dans le Karaté Shotokan. Le combat occupe une part importante mais Kenji Tokitsu a créé plusieurs Katas, d'inspiration chinoise.

 

Kenji Tokitsu

Né le 1e, août 1947 à Yamagushi (Japon)
Grade : 7' dan FFKAMA, 7' dan Shotokan au Japon, 9' dan en Belgique et en Italie.
A pratiqué du Sumo, Karaté Shito Ryu et Shotokan, Kendo, Taïjiquan de styles Chen et Yang, laï Jutsu, Ken Jutsu.
Créateur de l'école Shaolin Môn Karaté Do (1983-2000) puis de l'école Tokitsu Ryu ou Jiseïdo depuis 2000.
En 2002, a créé l'Académie internationale des arts martiaux. En 1996, nommé meilleur théoricien actuel du Budo par la presse japonaise .
Titulaire d'un doctorat en sociologie à la Sorbonne (1982) puis en langues et civilisations orientales à Paris 7 (1993). Auteur de plusieurs ouvrages sur les arts martiaux chinois et japonais.
Habite en France depuis 1971.

 

 








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