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RESTRUCTURATION DES RELATIONS FAMILIALES ET SEXUALITE AU JAPON PENDANT LA PERIODE DE L'INDUSTRIALISATION
1) La morale familiale
Le point essentiel de la morale familiale japonaise est la primauté de la famille : est bien tout ce qui va dans le sens de la continuité et du maintien de la famille, est mal ce qui va contre. La suprématie de la famille se manifestait dans la société japonaise par l'immersion des individus dans la communauté familiale. Dans la noblesse, l'influence du confucianisme avait contribué à la codification sous forme de morale de ce système familial qui traditionnellement reposait sur le culte des ancêtres. « Le Japon est un pays de religion des ancêtres... Le but de la religion japonaise est de faire plaisir aux ancêtres et les dieux sont des ancêtres », écrit le folkloriste K. Yanagida (Yanagida, 1966). Ce culte n'est pas basé sur la peur mais sur le respect et l'amour des ancêtres qui sont vécus quotidiennement comme la garantie de l'union de la maisonnée. Le chef de famille est celui qui représente l'ancêtre, source de da famille. Il a le devoir vis-à-vis des ancêtres de protéger le bien familial et de prendre l'initiative au nom de la famille. Traditionnellement, il gérait les biens indivis de la famille. Par une série de mesures partielles (Isono, 1958), visant notamment à faciliter les transactions économiques et des recensements de population, va se dessiner, après 1868, la nouvelle forme légale de la famille qui en renforce le côté patriarcal : des biens familiaux deviennent la propriété du chef de famille, l'identité légale est attachée au cadre de la famille, l'autorisation du chef de famille est requise notamment pour le mariage et le choix d'une résidence. Dans la morale de l'époque, le chef de famille, responsable de l'unité de production que celle-ci constitue, prend le pouvoir pour assumer le devoir qui lui est confié par l'Etat. Nous retrouvons donc transposée la double responsabilité qu'assumait le chef de da famille féodale, responsable de celle-ci vis-à-vis des ancêtres et vis-à-vis du suzerain. Le résultat de la politique de la famille de l'époque Meiji va donc être d'unifier et de rigidifier un système familial déjà constitué qui va perdre la souplesse que lui laissaient les coutumes locales.
Si nous insistons sur ce point, c'est pour souligner qu'au Japon l'essor rapide du capitalisme industriel a été réalisé dans le cadre d'un renforcement des structures familiales traditionnelles. Celles-ci ont servi de ciment social et sont restées l'élément le plus stable dans le processus de transformation de la société, en même temps qu'un des éléments moteurs de la dynamique sociale pour laquelle les Japonais se sont investis dans da modernisation de leur pays.
Comment ce système familial encadre-t-il la sexualité ?
2) Primauté des relations parents-enfants sur les relations conjugales
a) Le choix du conjoint.
Dans ce type de famille patriarcale, il va de soi que le choix du conjoint est plus affaire de famille qu'affaire personnelle, que le mariage concerne surtout les aînés, le célibat étant parfois le lot des cadets en raison de la primauté du destin familial sur celui des individus. C'est le fils aîné qui a la charge d'assurer la succession familiale ; s'il n'y a personne pour assumer cette responsabilité, le culte des ancêtres ne peut plus être perpétué. C'est pourquoi avoir un garçon est un devoir envers la famille, c'est pourquoi aussi il existait une coutume d'adoption, la continuité de la maisonnée (place de chef de famille) étant plus importante que celle du sang. Dans la loi civile de Meiji (Isono, 1958), les maîtresses du mari n'étaient pas considérées comme épouses légales mais leur existence était implicitement admise et, si l'épouse n'avait que des filles, le fils d'une maîtresse pouvait reprendre la maison. Tout au début de l'ère Meiji, la maîtresse pouvait être considérée comme une deuxième épouse légale, vivant hors de da maison mais, plus tard, la loi a officialisé la monogamie, sans changer grand-chose aux pratiques.
Dans ce système, le plus important est la relation parents-enfants, la relation conjugale vient au second rang. De plus, la division entre les sexes est fortement marquée dans le travail à l'intérieur de la sphère familiale et dans les relations sociales avec les personnes venues de l'extérieur. Les relations mère-fils et belle-mère-belle-fille représentent donc deux aspects du mariage japonais et, lorsqu'une jeune épouse entre dans la maison, les parents sont directement concernés par le mariage. Vouloir se marier avec quelqu'un pour soi-même (par amour) était immoral et l'amour était immoral (faire passer son désir avant la famille) ; cela était admis mais un mariage contracté dans ces conditions était considéré comme tout à fait inférieur hiérarchiquement au mariage arrangé par des intermédiaires officiels. Aussi les parents qui comprenaient leurs enfants faisaient-ils discrètement intervenir des intermédiaires pour réaliser le désir de leurs enfants en lui donnant une forme officielle (F. et S. Isono, 1958). En fait, dans la paysannerie de plusieurs régions, le choix des jeunes gens était pris en considération pour leur mariage. Les sociétés de jeunes avaient souvent un rôle important dans le choix des conjoints. Il existait également différentes modalités de mariage par rapt (Nihon, 1979), le jeune homme emportant sur son dos la jeune fille ; en cas de refus ultérieur de celle-ci, il devait la rendre à ses parents ; si elle consentait, des médiateurs intervenaient pour mettre en forme le mariage. Malgré l'influence unificatrice de la législation de Meiji, ces coutumes ont survécu jusqu'après la guerre.