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Sport : dictionnaire de la civilisation japonaise
[2/4] Le sumo : les lutteurs de sumo (sumotori)

Le « sumo », les sumotori

Le sumo est l'un des sports les plus anciens et les plus populaires au Japon. Cette forme de lutte très répandue et qui comporte une part de jeu est très enracinée dans la vie de toutes les couches sociales. Jusqu'aux années soixante, il était à la base de l'éducation physique des garçons et la quasi-totalité des établissements scolaires disposaient d'une installation de terre battue pour l'organisation des combats. Les fêtes, nombreuses dans ce pays, constituent aussi autant d'occasions pour des tournois d'amateurs qui se déroulent à travers tout le Japon. Le grand nombre des amateurs constitue le support du sumo professionnel (ozumo) où des lutteurs (sumotori) exceptionnellement grands et forts - qui peuvent peser entre 100 et 200 kilos - se livrent des luttes spectaculaires. Si, à la fin des années soixante, sa popularité s'est quelque peu effritée en raison de la diversification des activités sportives et de l'évolution des critères esthétiques, elle s'est depuis stabilisée.

 

La pratique du sumo remonte loin dans l'histoire du Japon : les écrits les plus anciens, le Kojiki (712) et le Nihon shoki (720) le décrivent comme un combat à main nue comportant des frappes de la main et des coups de pied. Le sumo est alors conçu comme une offrande aux divinités et s'inscrit dans les rites destinés à assurer la fécondité de la terre et le bon renouvellement du cycle annuel. De la fin du VIIe siècle au début du XIIe est organisé un tournoi annuel, sumo no sechi, à la cour impériale. Quand le pouvoir des guerriers s'institutionnalise à la fin du XIIe siècle, ceux-ci développent le buke-zumo (« sumo des guerriers »), qui est à la fois une formation physique, une technique de combat à main nue et une distraction. Nombre de techniques élaborées alors dans le cadre du sumo vont être progressivement empruntées par les différentes formes de jujutsu, les arts de la lutte à main nue.

 

Lorsqu'en 1603 la famille Tokugawa établit le gouvernement shogunal à Edo, certains guerriers des clans adverses, alors en difficulté, s'associent avec des lutteurs pour organiser le sumo en spectacles payants. Des professionnels (sumotori) apparaissent. Les meilleurs sont engagés par des seigneurs féodaux pour se battre en leur honneur. Vers la fin de l'époque d'Edo (1603-1868), le pouvoir économique des seigneurs décline et le patronage du sumo passe alors entre les mains de riches commerçants. Différents groupes fixent les grades, les cérémonies et l'organisation des tournois. Les techniques s'inscrivent dès lors dans un cadre bien circonscrit : coups de pied ou poing ; étranglements et combat au sol sont interdits. La tenue de combat prend sa forme actuelle avec une ceinture large et épaisse qui permet les prises et forme un cache-sexe. Le combat se déroule dans un cercle sur un carré de terre battue, celui qui touche terre à partir des genoux ou sort du cercle étant déclaré perdant. Pour gagner, on peut pousser, tirer, saisir ou projeter l'adversaire. Quarante-huit techniques formalisées sont habituellement dénombrées mais, si l'on compte les variantes, leur nombre atteint plusieurs centaines. Les mêmes règles sont encore en vigueur aujourd'hui, mis à part le fait qu'en 1936 le diamètre du cercle est passé de 3,9 à 4,5 mètres.

 

A partir de l'ère Meiji, le sumo se voit menacé, comme l'ensemble des arts martiaux traditionnels, par la vague déferlante de la modernisation, certains voulant abolir cette forme de lutte perçue comme sauvage, archaïque et vulgaire. Il se maintient pourtant vaille que vaille et, lorsqu'en 1871 un interdit frappe le port du chignon pour les hommes, seuls les lutteurs de sumo obtiennent une dérogation. Le tournoi qui est organisé en 1884 devant l'Empereur marque un tournant car il est interprété comme un ordre impérial de protéger cette tradition que les industriels et les commerçants continuent de patronner.

 

Avec l'émergence du nationalisme que suscite la victoire sur la Russie en 1905, le sumo est élevé au rang d' « art national » (kokugi), et sa pratique recommandée à toute la population. Quatre ans plus tard, un institut, le Kokugi-kan, est fondé à Tokyo pour la promotion de cette discipline. Il fusionne en 1924 avec le centre de sumo d'Osaka pour constituer l'unique organisation de professionnels, l'Association du sumo japonais, dotée d'une personnalité juridique. Placée sous le contrôle du Ministère de l'Education, elle se propose de cultiver un idéal de force et de santé au sein de la population, et de développer l'éducation physique à l'abri des intérêts économiques. Conformément à l'esprit du bushido (la « voie des guerriers »), elle cherche à promouvoir une « voie du sumo » (sumo-do), le sport national par excellence. En 1927 est instituée la Coupe de l'Empereur, qui continue d'être attribuée de nos jours. Jusqu'à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le sumo est utilisé par l'idéologie militariste, car il jouit d'une grande popularité, et les combats des champions sont assimilés à ceux de l'armée japonaise. Lors de l'occupation du pays, les Alliés interdisent les arts martiaux mais autorisent le sumo : un tournoi est organisé dès 1945. Sa popularité augmente avec l'essor économique de la fin des années cinquante et, à partir de 1957, les sumotori sont rétribués par un salaire, quelques étrangers devenant professionnels. Tous les ans sont organisés six tournois de même durée, soit quinze jours pour chacun d'eux. Les meilleurs lutteurs ont des grades dont le plus élevé est celui de yokozuna. Enfin, à côté du sumo professionnel, il faut mentionner celui des amateurs (shiroto-sumo), des étudiants (gakusei-zumo), des lycéens et des écoliers.


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