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Il ne faut pas confondre l'art du sabre des samouraïs (ici l'école Katori Shinto Ryu qui remonte au XV° siècle) avec le kendo moderne. |
L'histoire du karaté - n° 5
Réflexion sur le budo : Etude à partir du kendo
La forme du budo dont nous héritons aujourd'hui est le fruit d'une très longue évolution, des samouraïs à Maître Kano. Jigoro Kano a constitué le judo à partir de son étude du jujutsu, qui est le prolongement et le complément de l'art du sabre des samouraïs. C'est en s'appuyant sur le modèle du judo que la définition de l'art du sabre a été renouvelée avec le terme kendo.
A partir de ce numéro, nous allons porter notre regard sur la première période de la formation du budo moderne au Japon. On parle souvent du budo mais qu'est-il précisément ? Cette question va s'éclairer par l'étude de la formation du kendo moderne. .
L'art du sabre, le kendo, puis le budo.
Précisons d'abord qu'il ne faut pas confondre le kendo avec l'art de sabre des samouraïs. Le nom donné à l'art de sabre des samouraïs varie selon les périodes et les écoles : kenjutsu, gékiken, heiho, hyôho, bugeï, tôjutsu, etc. Le terme kendo commence à se généraliser au début du XXe siècle avec l'idée moderne du budo. Budo est aussi un terme moderne qui désigne la pratique des arts martiaux japonais dans son ensemble. On le confond souvent, à tort, avec le terme « bushido » qui désigne la morale des samouraïs (bushi) dans sa globalité, y compris, bien entendu, la pratique des arts martiaux. Le fondement matériel du « bushido » disparaît avec l'abolition des ordres féodaux au début de l'ère Meiji (1868-1912). Mais la manière de penser et d'agir propre à l'ordre des samouraïs ne s'efface pas tout de suite, même si le statut de samouraï n'est plus admis dans la nouvelle société. Le bushido va imprégner, petit à petit, en profondeur, la conscience des Japonais bien qu'il semble parfois, en surface, qu'il ait disparu. C'est au cours de cette transformation culturelle du Japon que le budo a été constitué. Le budo n'est donc pas une reprise directe de la pratique des samouraïs. C'est ainsi que le terme budo a été utilisé en premier à propos du judo et chacun sait que le judo a été formé par Jigoro Kano au cours des années 1880.
Ce qui confère sa qualité au budo, c'est d'abord l'esprit avec lequel on le pratique en recherchant la profondeur, puis la forme technique d'une discipline. Le karaté devient budo à partir du moment où il acquiert ces deux qualités déterminantes. Et on peut dire que l'état d'esprit du budo est en partie dans la continuité du bushido.
J. Kano a constitué le judo à partir de son étude du jujutsu qui est le prolongement et le complément de l'art de sabre des samouraïs. Dans le jujutsu des samouraïs, le sabre est présent tant en esprit qu'en technique comme un centre nodal. C'est en ce sens qu'il convient de voir une relation entre le judo de J. Kano et la tradition de l'art du sabre. Dans les années 1880, tandis que les adeptes du sabre continuent leur art sans pouvoir lui donner une définition moderne, principalement à cause de la richesse de la tradition du sabre, J. Kano avance une conception moderne avec son judo. C'est en s'appuyant sur le modèle du judo que le sabre se redéfinit avec le terme kendo. Mais il faut noter que le fondement du judo provient de la tradition du sabre. Pourquoi la tradition du sabre a été si importante ? Cela pourra se comprendre par les exemples que je vais donner. Il convient de saisir avec quelle intensité les adeptes s'investissaient dans le sabre pour atteindre un niveau élevé.
Seïgan-tachigiri-géiko de Shunpu-kan
L'ensemble des adeptes de tout le Japon constituait une conscience globale du niveau de sabre qui faisait partie en même temps de la conscience générale du budo, même si ce terme ne s'appliquait pas à l'époque. Parmi les disciples de Yamaoka Tesshu (1836-88), ceux qui sont allés loin dans la voie ont effectué le « Seïgan-tachigirigéïko ». Le terme « seïgan » signifie qu'un disciple prête le serment de mener l'entraînement en se déterminant à mourir. Au dojo de Tesshu, « Shumpukan », il existe trois degrés dans l'application de « seïgan ».
Lorsqu'un élève prête le serment, Tesshu l'instruit de l'état d'esprit nécessaire à cette entreprise. Puis les cadres du dojo affichent son nom sur une plaque de bois blanc dans le dojo et il doit persévérer durant trois années sans manquer un seul jour d'entraînement. Cette épreuve se termine par ce qu'on appelle « tachigiri-géïko ». Il s'agit d'affronter, seul, en combat, des adversaires qui se succèdent à deux cents reprises, sans répit. On devient ensuite disciple de degré ordinaire.
Après avoir passé le premier degré du « seïgan », si un disciple persévère plusieurs années de suite, il peut tenter le deuxième degré. Il s'agit de mener deux cents combats par jour durant trois jours consécutifs, au total six cents combats. Lorsqu'il achève cette épreuve, il devient disciple de deuxième degré. Après encore plusieurs années d'entraînement assidu et différentes expériences, un disciple peut demander le troisième degré du « seïgan ». Il s'agit de faire deux cents combats par jour durant sept jours consécutifs, au total mille quatre cents combats. Celui qui achève ces épreuves reçoit le titre de « menkyo-kaîden » qui signifie dépositaire du savoir de l'école et maître autorisé à le transmettre.