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Réflexion historique sur le karaté 8
[1/4] L'apprentissage du budo, c'est la répétition


D'un séjour de travail et de recherche effectué cet été au Japon, j'ai retiré certains enseignements que je développerai ici car ils prolongent les thèmes abordés dans les deux articles précédents. Et, si nous nous éloignons un peu du point de départ - la réflexion historique sur le karaté - le fil conducteur reste le même. En effet, je voudrais préciser que la démarche de recherche que je poursuis n'a pas pour but la connaissance en elle-même mais que cette connaissance est un des moyens sur lesquels je m'appuie pour me perfectionner dans mon art : le karaté. En effet, la figure historique du karaté reste obscure et souvent légendaire, et cet art n'a jamais atteint le degré de perfection et de formalisation auquel est parvenu par exemple le kendo. C'est pourquoi aujourd'hui comparativement aux autres arts martiaux japonais le karaté présente tant de courants aux pratiques divergentes dont chacune contient virtuellement une critique des autres.

Texte et photos de Kenji Tokitsu

Quelle que soit la discipline, l'apprentissage du budo c'est la répétition. Sans répétition il n y a ni acquisition correcte des formes et des mouvements techniques, ni force. La répétition est donc la base de l'efficacité.

Nous pouvons aisément citer des exemples montrant l'importance quantitative des répétitions dans la tradition du budo. Tesshu Yamaoka, maître de sabre que nous avons déjà mentionné, répétait dès son enfance, chaque jour, dix mille tsuki avant de commencer l'entraînement avec son maître. En sabre le mouvement de tsuki consiste à avancer d'un pas en s'élançant de tout son corps, avec kiaï, le sabre tenu à deux mains. L'équivalent le plus proche pour un karatéka serait gyaku-zuki ou oï-zuki en faisant un bond vers l'avant. Cette répétition demandait au moins cinq à six heures.

La base et l'essentiel de l'entraînement de l'école de sabre Jigen-ryu sont formés par le « Tachi ki uchi » : exercice de frappes successives sur un poteau planté au sol.

En tenant son bâton, long d'un mètre quarante environ, fait d'un bois dur et souple, levé à l'oblique au-dessus de l'épaule droite dans la posture dite de la libellule - car la position de l'arme évoque celle du corps de cet insecte au repos - l'adepte se place à cinq ou six mètres du poteau. Avec un cri prolongé, il s'élance vers le poteau et frappe aussi longtemps que dure l'expiration. On se souvient encore d'un adepte qui parvint à frapper trente coups en une seule expiration. On dit que lorsqu'un grand pratiquant s'exerçait ainsi, le choc et le frottement des bois produisaient de la fumée.

A l'école Jigen-ryu, l'essentiel est « d'investir sa vie entière dans le premier coup de sabre. » La frappe et le « kiaï » y sont parmi les plus impressionnants de l'art du sabre et cette école se caractérise par une simplicité apparente. Au cours des affrontements de la fin de l'époque Edo (deuxième moitié du XIX° siècle), des écoles de sabre aux qualités techniques raffinées et diversifiées ont été mises en cause par la farouche simplicité du Jigen-ryu.

Pour un adepte de Jigen-ryu l'entraînement de base était de trois mille coups le matin, et huit mille le soir. Ainsi exprimé, ce chiffre demeure abstrait. Il suffit d'essayer au cours d'une promenade en forêt de frapper à fond, avec un bois solide, une dizaine de coups à la suite sur un tronc d'arbre pour nous rendre compte de ce que veut dire le simple chiffre de dix.

Qu'il s'agisse des écoles de sabre ou des autres disciplines de budo, nous pouvons chaque fois citer des exemples spécifiques de répétition.


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