Plus d'informations sur www.tokitsu.com

Réflexion historique sur le karaté 7
[2/4] S. Terada : une manière de vivre le sabre


Nous avons vu que les indications données à Shirai par son maître, Soyu Terada, pour franchir la dernière étape, avaient été pour lui à la fois indication de la direction à chercher et source de difficultés. Elles peuvent nous paraître étranges mais pour S. Terada, elles procédaient de sa pratique même.

S. Terada : une manière de vivre le sabre

En effet, S. Terada (1745-1825) a obtenu le diplôme de C. Nakanishi à l'âge de 50 ans, il a alors ouvert son école. A cette époque dans le courant de Nakanishi-Itto-ryu existaient deux tendances, l'entraînement avec un shinaï (sabre en bambou) et une armure de protection « shinaï geiko » et l'entraînement avec un sabre en bois « kata-geiko ou kumi-tachi ». Terada s'adonnait au second. Un jour, des adeptes du courant « shinaï-geiko » lui demandèrent de participer à un entraînement au combat avec shinaï. Il répondit : « Je ne me suis jamais entraîné avec le shinaï. Si vous voulez, j'accepte mais je combattrai avec le bokken (sabre en bois) et sans armure de protection et vous utiliserez l'armure et le shinaï. Vous pourrez attaquer comme vous voudrez. »

Les premiers y virent une occasion de constater l'efficacité et la supériorité de leur mode d'entraînement. Ainsi Terada dut affronter devant son maître C. Nakanishi, plusieurs adeptes du courant « shinaï » qui l'attaqueraient l'un après l'autre.

Au moment où son adversaire voulut l'attaquer à la tête (men), Terada cria : « Si tu viens au « men », je pare et frappe ton flanc (do). » Son adversaire perdit le moment d'attaque tandis que Terada s'avançait avec son bokken dégageant un « ki » percutant. L'adversaire repoussé voulut aussitôt attaquer le poignet (koté) de Terada, ce dernier cria : « Si tu viens à mon poignet, je pare par le bas et t'attaque à la gorge (tsuki). » Il réagit ainsi comme on éteint le feu avec l'eau, chaque fois que la volonté d'attaque surgissait chez son adversaire. Celui-ci fut complètement dominé, incapable de rien faire, le corps couvert de transpiration. Terada domina tous ses adversaires de cette manière et, tous ceux qui ont assisté à ce combat furent profondément convaincus de la capacité de Terada, et l'importance de « kumi-tachi (kata) » fut réappréciée.

L'entraînement au sabre, le zazen, une forme traditionnelle de purification du corps (s'asperger avec deux à trois cents seaux d'eau froide) tous les matins et des jeûnes réguliers de quelques jours, tel était le mode d'entraînement de Terada. Il continua celui-ci jusqu'à l'âge de 81 ans où sa vie s'acheva.

Cet exemple, rapproché de celui de Shirai, montre combien une aussi haute capacité en combat est liée à la manière de vivre dans sa totalité. La méthode de Terada et celle de Shirai étaient le résultat de leurs recherches personnelles à partir d'un acquis culturel commun. Mais cette méthode n'était pas directement transposable de l'un à l'autre parce qu'elle était prise dans une démarche totale d'existence. La tentative de Shirai pour dégager une méthode de travail plus explicite est remarquable parce qu'elle se détachait de la forme dominante de transmission pour rendre plus explicite la notion de niveau ultime et l'intense période de tension par laquelle passent ceux qui cherchent à accéder à ce niveau. Je citerai l'exemple d'un illustre adepte du kendo du XIXe siècle, Tesshu Yamaoka.


Copyright © 2002-2007 Tokitsu-Ryu. Tous droits réservés.