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Réflexion historique sur le karaté 7
[1/4] La progression en budo autrefois et aujourd'hui


L'exemple de T. Shirai, présenté dans le numéro précédent, nous fait entrevoir une efficacité que certains qualifient de surnaturelle. A l'époque où, au Japon, le budo coïncidait avec les valeurs dominantes de la société, certains adeptes sont allés au tréfonds de la recherche de leurs capacités existentielles dans le combat. Dans cette recherche, ils s'appuyaient sur l'ensemble des éléments de leur culture, il n'est donc pas étonnant que les méthodes explorées dans le budo aient fusionné avec la pensée mystique ou religieuse pour ceux qui vivaient dans un temps où la société globale elle-même était imprégnée d'une pensée mystico-religieuse.

Si les exploits de ces adeptes nous intéressent aujourd'hui, ce n'est pas pour reprendre telles quelles leurs méthodes. Car cela signifierait inévitablement accepter l'impossibilité d'accéder au niveau qu'ils nous indiquent tant pour ceux qui vivent dans des cultures différentes que pour les Japonais contemporains qui vivent dans une société dont la structure a changé.

La progression en budo autrefois et aujourd'hui

L'exemple des adeptes du passé nous intéresse si nous cherchons à y trouver la trace de l'essentiel du budo afin de constituer une théorie sur laquelle nous appuyer pour combler les manques effectifs de notre pratique. Notre première question sera : comment pouvons-nous atteindre à ce niveau en bénéficiant des acquis de nos prédécesseurs ? Aujourd'hui nous avons une forte tendance à intellectualiser le budo en cherchant la facilité.

De même, le zen « grande pratique sans parole » n'est-il pas devenu en Europe aujourd'hui « beaucoup de paroles et peu de pratique » ? Ce que nous devons comprendre dès le départ, c'est qu'il n'y a pas de chemin facile pour le budo. Mais, en même temps, il est impossible d'atteindre le niveau attesté par des adeptes d'antan si nous travaillons aujourd'hui sans nouvelles réflexions, et sans rechercher une méthode de progression.

La théorie de la progression en budo doit être conçue différemment de celle du sport. Car, ainsi que nous l'avons entrevu dans les articles précédents, il s'agit à partir d'un certain point de dépasser l'acception habituelle des capacités physiques. Toutefois, cela ne signifie ni un mépris du travail du corps, ni l'adoption d'une pensée mystique. Au contraire, tout commence et se termine avec le corps car le corps est porteur d'efficacité mais le mode d'engagement physique y est particulier. Celui-ci comporte un changement qualitatif de la notion d'efficacité, visant à aller au-delà de l'apparence primaire de l'efficacité qui est si bien cernée dans la science du sport. C'est cette tension vers le dépassement dimensionnel qui nous conduit à confondre le budo avec la vie. C'est cette attitude qui nécessite et engendre une philosophie du budo - la vie et la mort - aussi bien dans l'instant de la pratique technique qu'à l'échelle du temps de notre vie. Autrement dit, toute philosophie du budo portera à faux si nous ne la situons pas de cette manière dans notre existence.

Toutefois il ne s'agit nullement de mépriser l'effort de compréhension intellectuelle, sans lequel nous ne pourrions trouver une voie correcte où nous investir à fond. L'intérêt de l'étude de la vie des adeptes du passé est de fournir des bases concrètes à notre réflexion. Je pense que l'exemple de T. Shirai, cité dans l'article précédent, indique les difficultés qui résident dans le passage qui mène de la compréhension à la pratique dans sa dureté.


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