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Réflexion historique sur le karaté 6
[1/4] Le rapprochement avec le kendo


Nous avons vu que plusieurs adeptes de karaté des années 30 ont cherché un développement qualitatif de leur art en se rapprochant du Budo japonais. Ils ne concevaient donc pas le karaté comme parfaitement achevé et, de fait, pour certains d'entre eux qui l'avaient appris à Hondo, une partie de la tradition d'Okinawa, restée vivante sur place, leur échappait. Ceux qui étaient originaires de Hondo ont fait porter l'essentiel de leur effort sur l'intégration du karaté au Budo japonais.

Texte de Kenji Tokitsu

Le développement qualitatif du karaté contemporain peut à mon sens suivre deux voies qui, à terme, se rejoignent. L'une est celle que nous venons de définir, le rapprochement avec le Budo, principalement avec sa forme la plus développée: l'art du sabre (kendo). L'autre est un retour à la matrice du karaté : l'art du combat chinois ; il s'agit alors de compléter le karaté par la réflexion sur la conception du corps et les méthodes de progression que véhicule l'art chinois. C'est du moins à partir de recherches sur ces deux filiations traditionnelles que je développe mon travail qualitatif.

Le rapprochement avec le kendo

Les formes et l'intensité de l'entraînement de certains adeptes de sabre à l'époque Edo (1603-1867) dépassent souvent notre imagination. Ils sont cependant attestés par de nombreux documents et l'étude de l'histoire de la voie du sabre apportera un enseignement précieux à tous ceux qui pratiquent aujourd'hui la discipline des arts martiaux.

Il est regrettable que si peu de documents soient accessibles aux Européens car, en plus de leur intérêt sur le plan de la connaissance, ceux-ci leur permettraient de trouver des critères de travail et ouvriraient des perspectives sur la voie des arts martiaux. C'est pourquoi, je souhaite contribuer à les communiquer aux lecteurs dans les pages de cette revue. J. Yamada (1863-1930), un des plus grands adeptes du kendo d'avant-guerre, a écrit un ouvrage intitulé « L'histoire du kendo japonais » (Nihon kendo shi). La chronologie du kendo qu'il avait établie dans cet ouvrage se termine le 11 septembre 1894, le jour où son maître Kenichi Sakakibara meurt. Il écrit : « Après la mort de mon maître, la voie du sabre semble avoir perdu l'essentiel car, bien que les pratiquants soient nombreux, l'art d'aujourd'hui est décalé de son principe et n'est pas digne du véritable kendo. C'est pourquoi je pense qu'il est juste de considérer qu'un siècle de kendo s'est terminé cette année-ci. J'invoque cependant les dieux pour que le kendo japonais renaisse et que son essence trouve un prolongement ».

Pour J. Yamada, le kendo n'existait plus après K. Sakakibara (1829-1894) et l'adversaire qui l'avait égalé, T. Yamaoka (1836-1888). Connaître la vie de ces deux maîtres et y réfléchir me paraît indispensable, tant pour ceux qui se dédient au kendo que pour l'ensemble des adeptes du Budo, car nous pouvons y entrevoir l'envergure et la profondeur qu'ils ont pu atteindre par le kendo. Et nous comprenons aisément pourquoi J. Yamada, qui était lui-même considéré comme un kendoka de niveau ultime, avait affirmé que leur mort marquait la fin d'un siècle de kendo. La dimension du Budo qu'ils représentent contient implicitement la base d'une autocritique pour ceux qui cherchent la voie des arts martiaux.


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