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Ce fut une année après qu'arriva, au dojo de Konishi, Motobu qui était renommé comme adepte du combat. Bien que Motobu fût fort en combat, il n'était pas extraordinaire en kata. Sur ce point, la critique de Funakoshi « Motobu ne connaît pas le karaté » serait justifiée. Quant à Motobu, qui semblait être vexé d'une telle critique, il amena un élève 4° Dan de judo au dojo de Konishi. Suivant ses consignes, cet élève prit Funakoshi par son col et sa manche. Motobu dit alors à Funakoshi « montre moi maintenant si ton kata de base dont tu es fier est valable ou non. Tu pourras faire tout ce que voudras, donner des coups de poing ou de pied. » Funakoshi avait alors 60 ans, de plus il était petit et peu puissant. Il était donc ridicule de se battre contre un jeune judoka puissant en se laissant prendre dès le début. Or, Funakoshi était sérieux et sincère, au lieu de refuser ce combat, il essaya avec toutes ses forces de se dégager en Soto-uke et en Uchi-uke. Mais cela n'eût aucune efficacité contre son adversaire, il fut soulevé et plaqué contre le mur de bois. Après un moment de scène comique, Motobu demanda à Otsuka qui était présent : « Qu'est-ce que tu ferais ? Essaie un peu sans réserve. » Otsuka accepta volontiers. Si dans les arts martiaux, la force physique détermine l'issue du combat, l'entraînement n'a pas de sens. L'essentiel est de dominer l'adversaire en détournant sa force.
Motobu tenait pour primordial le combat et il insistait sur le fait qu'il n'appréciait les kata de base que s'il y avait efficacité pour le combat. Même si les gestes et les formes sont beaux, ce type d'entraînement n'a aucune valeur s'il ne permet pas de gagner au combat... »
L'auteur explique ensuite qu'Otsuka ayant longtemps travaillé le Ju jutsu, il lui avait été facile de projeter son adversaire et que Motobu, devant cette efficacité, décida d'apprendre le Ju jutsu sous sa direction. H. Otsuka fonda en 1934 son dojo personnel et nomma plus tard son école Wado-ryu. Cette école est habituellement considérée comme une branche du Shoto-kan. Un examen attentif des kata que l'on y pratique permet de les situer entre ceux du style Shotokan « classique » et ceux du Shito-ryu. Il ressort des textes que nous avons cités que cette situation provient des rectifications qu'Otsuka a apportées, après sa rencontre avec Mabuni, aux kata qu'il avait appris de Funakoshi. Bien que j'ai cité ci-dessus des passages de l'Encyclopédie du Budo, celle-ci me semble trop partiale dans les descriptions concernant Funakoshi et Otsuka. Cependant, cette encyclopédie est l'ouvrage d'ensemble le plus récent publié au Japon sur les arts martiaux et repose sur un travail de documentation intéressant.
En dévoilant ainsi peu à peu l'arrière plan de la transmission du karaté, l'image de G. Funakoshi des autres maîtres de cette époque, se détache du sacré et devient plus proche. En même temps se dessinent les déterminations qui ont pesé sur la transformation des techniques et des modes d'entraînement du karaté juste avant la grande période de diffusion de celui-ci.
La pratique actuelle des kata
Bien que le sens étymologique du terme kata soit souvent traduit par moule ou forme, un kata n'est viable que si, sous son apparente rigidité, il véhicule un contenu dynamique applicable en combat. C'est justement sur cet aspect qu'a porté la première critique faite par Otsuka aux kata qu'il avait appris de G. Funakoshi et c'est en cherchant à en approfondir le contenu qu'il a été amené à en modifier la forme. Toutefois qu'il s'agisse de Wado-Ryu, de Shito-ryu, de Shotokan, il existe aujourd'hui un point commun à la pratique des kata ; c'est une tendance à l'institutionnalisation de la forme qui tend à rendre les gestes plus rigides, à les conformer précisément au même modèle. Nous retrouvons, dans l'organisation de chacun des styles ou écoles de karaté, la même tendance unificatrice, celle-ci au-delà de la mise en oeuvre des kata s'étend à l'ensemble de l'entraînement. Cette tendance tient à deux raisons principales : la recherche de critères de jugements aisément appréciables pour l'arbitre ou le spectateur et la facilité d'un enseignement en groupes nombreux. Si les kata sont enseignés et pratiqués ainsi, l'amélioration apportée aux gestes d'un kata n'a pas d'importance car la différence ne porte que sur la carapace.