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Les écrits sont une source inestimable d'informations pour qui veut comprendre l'histoire et l'évolution d'un phénomène. Les Arts martiaux en tant que phénomène de société ont été racontés et expliqués dans de nombreux textes. Malheureusement, pour la majorité d'entre eux, en langues étrangères. Il est donc intéressant que les pratiquants puissent y avoir accès. C'est la raison pour laquelle nous nous efforcerons, autant que possible, de publier des traductions d'un certain nombre de textes afin de permettre à nos lecteurs d'aller directement à la source sans passer par des commentaires qui souvent dénaturent le sens des écrits. L'extrait que nous publions ce mois-ci provient d'un ouvrage « l'Encyclopédie des Arts Martiaux ». Il traite de l'apport d'une des très grandes figures du karaté, le maître Otsuka, aujourd'hui décédé. Texte de Kenji Tokitsu.
Dans les articles précédents j'ai commencé à montrer dans quelles conditions le karaté s'est développé au Japon au cours de la première moitié du XX° siècle et quelles influences l'ont traversé. Pour compléter les informations données dans l'article précédent, je résumerai et traduirai en partie le chapitre consacré à H. Otsuka dans l' « Encyclopédie du Budo japonais », col. III.
Karaté et budo
« Otsuka a reçu le diplôme de Shinto-Yoshin-ryu (jujutsu) en juin 1920, 15 ans après avoir débuté. Il avait alors 29 ans. Il n'avait cependant travaillé sérieusement avec son maître, Nakayama, que pendant 5 années... « Ayant commencé à travailler dans une banque en 1916, il la quitta en 1921 et prit la profession de rebouteux afin de consacrer le plus de temps possible à ses recherches en Arts Martiaux. De ce fait, il ne réussit pas très bien dans sa nouvelle profession. »
« Il entend parler du karaté-jutsu en 1922 par un de ses amis, Ito. ». « D'après Ito, maître Kaho de Kodokan avait invité un karatéka nommé Gichin Funakoshi pour une démonstration. Il pensa alors que celui-ci devait être un expert puisque maître Kano l'avait invité... Otsuka demanda immédiatement à lto de trouver l'adresse de Funakoshi ». « C'est ainsi que Otsuka a rendu sa première visite à Funakoshi en 1922 comme nous l'avons vu plus haut dans les souvenirs de Otsuka. Voici une relation plus détaillée de cette visite ». « Funakoshi expliqua avec passion à Otsuka ce qu'était le karaté. Selon Funakoshi, il était possible d'apprendre la plupart des kata en 5 ans, pour quelqu'un qui n'avait aucune expérience du Budo, et en 2 ans pour celui qui avait déjà pratiqué quelque Budo. La progression au-delà dépendrait de la qualité d'entraînement de chacun. Mais Funakoshi semblait avoir reçu un grand choc en assistant à l'entraînement de Kodokan (Dojo de judo fondé et dirigé par J. Kano) dont la dureté dépassait largement ce qu'il avait imaginé. Car il dit que l'entraînement de karaté-jutsu était dérisoire par rapport à l'entraînement des adeptes des arts martiaux de Hondo et qu'il semblait peu probable qu'ils se satisfassent de karaté-jutsu ».
« Funakoshi est monté à Tokyo pour diffuser le karaté à Hondo mais il semble être devenu très pessimiste après avoir assisté à l'entraînement de Kodokan. Toutefois Otsuka, qui - depuis déjà 17 ans - avait expérimenté la dureté de l'entraînement pratiqué à Hondo, trouvait normal l'entraînement du Kodokan. Le but était d'apprendre dans le karaté des éléments dont le Budo de Hondo manquait et de les absorber dans sa recherche de Budo... »
Dans cette longue citation, j'ai souligné les points qui me semblaient mériter réflexion. En effet, le karaté d'Okinawa n'a pas été présenté au début dans la partie centrale du Japon comme les Chinois ont présenté leur art aux habitants d'Okinawa.
La Chine était infiniment plus puissante, plus riche culturellement que l'île d'Okinawa, l'apprentissage et la transmission de l'art de combat s'inscrivaient dans l'acquisition d'une culture dominante, Or, au début du XX° siècle, le karaté d'Okinawa se présente par rapport au Budo comme l'art de la province la plus éloignée. Transmettre celui-ci présentait la même difficulté que de remonter de l'aval vers l'amont un fort courant. Car le niveau des arts martiaux japonais à la fin de l'époque féodale était tel que 50 ans après, au début du XX° siècle, il représentait encore une qualité impressionnante pour les nouveaux venus. Le judo avait été formé avec la modernisation du Japon au prix d'un énorme effort de J. Kano et de ses disciples. Ce n'est donc pas sans raison que G. Funakoshi rencontrant le mode d'entraînement du judo de l'époque a été impressionné, d'autant plus qu'il était un homme sincère et honnête. Seul représentant de l'art local de sa région, Funakoshi est certainement passé par une période pénible et a connu des doutes sur la valeur du karaté par rapport à ce Budo japonais édifié avec tant de concentration et d'énergie. Pourquoi et comment a-t-il pu dire qu'on peut apprendre tous les kata en deux à cinq années alors qu'il les avait lui-même appris en une quarantaine d'années ?
Document d'archive écrit en 1984
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui
