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Réflexion historique sur le karaté 4
[1/3] Avant et après Meisei-juku

Après avoir esquissé dans les articles précédents la filiation historique du karaté, nous allons nous arrêter au témoignage de quelques maîtres qui ont vécu la période de « l'introduction du karaté à Hondo » (l'île principale du Japon).

Les textes que je cite ici ne visent pas à établir une théorie du karaté mais apportent des éléments indispensables à la compréhension de ce qu'a été l'évolution du karaté à cette époque et des problèmes auxquels ont été confrontés ses adeptes.

Texte de Kenji Tokitsu

Avant et après Meisei-juku

« Je me souviens que ce fut vers la fin du mois de juillet en 1922 que je rendis visite à maître Gichin Funakoshi à Meisei-Juku, la pension d'étudiants d'Okinawa à Tokyo (...) Il vivait dans une pièce de trois tatamis (à peine 5 m²) à côté du vestibule de la pension. C'était un homme honnête qui avait le coeur pur comme un enfant. Son travail quotidien était de distribuer des journaux dans chaque chambre le matin et de garder le courrier. Il aidait aussi à la cuisine quand il avait du temps. Il avait déjà 55 ans, ce qui était pour cette époque un âge avancé. Il vivait dans la plus grande pauvreté, ce que chacun savait. Il avait des difficultés à payer un loyer de 15 yens. C'est sans doute pour cela qu'il aidait au travail ménager de la pension. Il n'avait alors aucun élève (...) Lorsque j'ai rencontré Me Funakoshi, il m'a expliqué qu'il avait apporté 15 kata de Ryukyu karaté-justu, les 5 Pinan, 3 Naifanchi, Kushanku, Jitte, Jion, Chinto, Seishan, Wanshu et Passai. En l'écoutant j'ai été séduit par le karaté jutsu, moi qui pratiquais les arts martiaux depuis mon enfance. C'est ainsi que j'ai commencé à aller à Meisei-Juku et ai appris les 15 kata.

Son troisième fils Yoshitaka est monté à Tokyo à l'âge de 15 ans. Il est devenu apprenti charpentier à Senju grâce à l'introduction de M. Yamada. Mais, pensant que ce travail ne lui convenait pas, M. Himotsu, étudiant à l'époque à l'université de Tokyo, l'a invité à étudier dans le laboratoire de rayons X de l'université où il a pu obtenir le diplôme de technicien de rayons X. (...) Yoshitaka a commencé à pratiquer le karaté à l'initiative de son frère aîné Yoshihidé qui s'installa à Tokyo un peu plus tard. Celui-ci travaillait au kiosque du ministère des Finances. C'est lui qui a persuadé son père, qui prenait de l'âge, de la nécessité de former Yoshitaka pour en faire son successeur. Aussi Yoshitaka est-il rentré à Okinawa pour un séjour d'un mois. Puis il a quitté le laboratoire de rayons X pour enseigner le karaté jutsu.

Me Motobu est venu à Hondo, bien avant maître Funakoshi. Il travaillait dans une société à Osaka (...) Il avait le même âge que maître Funakoshi mais était bien plus grand que lui. Il ne parlait pas bien le japonais de l'île principale. Intelligent, avec une forte personnalité, il était incomparablement fort. Lors d'un combat avec « Piston Horiguchi » (le champion de boxe anglaise de l'époque), Motobu para toutes les attaques. Aucun des coups ne le toucha... En tout cas il était sans conteste très fort. Issu d'une famille de seigneurs d'Okinawa, il était généreux. Certains disent qu'il a été dur avec maître Funakoshi. Il n'avait pas une personnalité si mesquine. Maître Funakoshi a reçu une aide considérable de maître Kano, maître Motobu, lui, n'en reçut aucune, et sur ce point on pourrait dire qu'il était solitaire.

Maître Kenwa Mabuni était une personne calme et attachante. Il a confié pendant un certain temps son fils Kenei à M. Konishi. Maître Funakoshi rendait souvent visite à Konishi... C'était maître Mabuni qui connaissait le plus de katas de karaté, avec le plus d'exactitude. J'ai appris de lui beaucoup de choses utiles et nous avons fait des échanges d'entraînement... » H. Otsuka.

Je continue par la traduction d'un article de Yasuhiro Konishi, maître de karaté contemporain d'Otsuka « Les prédécesseurs du karaté jutsu de Ryukuy », paru dans le même ouvrage.

Nous savons que H. Otsuka a fondé l'école Wado-Ryu en se séparant du Shotokan de G. Funakoshi. Par le témoignage de Y. Konishi, nous comprenons mieux comment et pourquoi.




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