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Les maitres Konishi et Mabuni en 1928 |
Les prédécesseurs du karaté jutsu de Ryukyu, par Y. Konishi
« Je pratiquais principalement le kendo à l'université (...) et, après mes études, j'y restai comme maître de kendo. Je pense que c'est au printemps 1923 que H. Otsuka est venu pour la première fois à mon Dojo avec maître Funakoshi. Et une année plus tard, un groupe d'étude du karaté a été formé dans mon université (Ko) (...) Otsuka, déjà cette époque, remplaçait parfois maître Funakoshi. Otsuka était originaire de la seigneurie de Mito et pratiquait le jujutsu depuis son enfance ; il avait la réputation de faire les kata mieux que maître Funakoshi.
Il semble que, dès cette époque, cette réputation déplaisait à maître Funakoshi. Comme l'on peut s'en apercevoir facilement, le Yakusoku-kumité (exercice de combat conventionnel) - que nous pratiquons aujourd'hui -provient du jujutsu de Yoshin-Ryu. C'est Otsuka qui l'a systématisé. Ce type d'exercice n'existait pas dans le karaté-jutsu d'Okinawa. Il est donc le produit de la collaboration entre Funakoshi et Otsuka.
Selon ma mémoire, c'est vers l'automne 1923 que je suis allé avec Otsuka à Meisei-juku. La salle d'entraînement était d'une vingtaine de tatamis (32,4m²). L'entraînement quotidien durait deux heures, il commençait à 15 heures. Nous étions généralement trois ou quatre et parfois sept à huit. L'entraînement n'était que la simple répétition de kata et, vue d'aujourd'hui, la méthode paraît tout à fait rudimentaire. Il était donc tout à fait naturel que Otsuka ait proposé d'essayer le combat libre pour tester l'efficacité des techniques. Il a insisté sur la nécessité de l'exercice de combat libre. Je pense que les difficultés des relations entre Funakoshi et Otsuka tiennent à plusieurs raisons mais ceci me paraît en être la cause directe. Maître Funakoshi reprochait à Otsuka devant nous d'avoir introduit arbitrairement certaines habitudes du jujutsu (...)
C'est vers l'année 1931 que Jutsu Motobu, un autre grand représentant du karaté jutsu d'Okinawa, est venu d'Osaka à Tokyo. Motobu ne parlait pas le japonais de Hondo et je l'accompagnais en tant qu'interprète (...)
Les maîtres Funakoshi et Motobu s'entendaient très mal. Le premier disait : « Motobu, il est mal élevé, on ne peut pas prévoir ce qu'il va faire. Il est semblable à un singe. » Et le second ricanait : « Le karaté de Funakoshi est de la camelote. Il fait du karaté comme un danseur. » J'ai entendu dire qu'il avait défié maître Funakoshi, qu'il l'avait fait tomber avec son Ashi-baraï et que lui portant un coup de poing au visage, il l'avait vaincu. Mais, puisque je ne l'ai pas vu moi-même, je ne peux pas affirmer l'authenticité de l'histoire.
Ces problèmes internes au milieu du karaté étaient largement répercutés par les grands journaux de l'époque (...) je pense que pas mal de gens sont au courant.
Après avoir appris le karaté-jutsu d'Okinawa par les maîtres Funakoshi et Motobu, j'ai frappé à la porte de maître Ueshiba (...) Maître Ueshiba ne tenait pas en haute estime le karaté jutsu d'Okinawa. Lorsque je lui ai montré le Pinan nidan que j'ai recomposé en fusionnant le jujutsu (Takenchi-ryu) et l'Aïkido avec le karaté-jutsu, maître Ueshiba l'a apprécié en disant qu'il était nettement mieux que ce que j'avais appris et il m'a vivement encouragé. Durant les 83 années de ma vie, je pense que maître Ueshiba est le seul adepte de niveau incomparable que j'ai rencontré. Avoir vu la qualité de mon travail appréciée par un homme tel que lui m'a donné une grande confiance en moi. »