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Réflexion historique sur le karaté 2
[5/5] Le Chao lin K'iuan (formé dans le Nord, marqué par le Sud)

On présente souvent l'art de combat chinois d'une manière dichotomique, opposant le nord et le sud, l'intérieur et l'extérieur. Le temple de Chao lin a été fondé en 495, situé dans la province de Ho-Nan, au nord du Yang-tseu-Kiang, il fait, dans cette classification, partie du nord. Il est célèbre, entre autre, par l'histoire de Bodhidharma qui y aurait enseigné au VIe siècle. Mais les historiens nient aujourd'hui l'existence de celui-ci et le considèrent comme un maître fictif sur lequel les bouddhistes auraient projeté leurs idéaux. Toutefois, demeure l'importance de son nom et de l'image développée autour de lui. Celle-ci a effectivement influencé la pratique religieuse et la pratique de l'art du combat. En effet, en Chine, les écoles d'art de combat étaient souvent liées à des pratiques et croyances religieuses bouddhistes ou taoïstes.

D'après R. Matsuda, dans « chao lin Bu jutsu » (Des arts martiaux chinois, 1972, Tokyo), « La distinction entre les boxes (traduction utilisée habituellement pour désigner l'art de combat à main nue chinois) du nord et du sud se fait généralement par rapport au fleuve de Yang-Tseu-Kiang. Mais la boxe du sud se concentre surtout dans les régions de Guangdong et Fujian qui font partie du bassin du Zhu Jiang. On désigne par boxe du nord celle qui était pratiquée au nord de Yang-Tseu-Kiang et dans le bassin du fleuve Houang-ho, principalement dans les régions de Hebei et Shandong. »

« Le bateau au sud et le cheval au nord », cette formule caractérisait les moyens de transport dominants en Chine. La boxe du sud comporte de nombreuses positions liées à la position du rameur. La position du cavalier est la base de la boxe du nord, on l'appelle tantôt la position de cheval, tantôt la position de cavalier. En ce qui concerne les différences techniques, la boxe du sud utilise beaucoup de techniques des membres supérieurs d'une façon subtile et courte, avec peu de déplacements ; l'entraînement se fait avec puissance en mettant l'accent sur le renforcement des muscles et des os et l'on respire parfois en faisant du bruit par la bouche.

La boxe du nord utilise des pas larges et des techniques comportant de grands mouvements en avant et en arrière, et parfois des sauts. Aussi, par la phrase « le sud est de coups de poing, le nord est de jambes » exprime-t-on depuis longtemps que la boxe du sud a beaucoup de techniques des membres supérieurs et peu des jambes et que celle du nord est à l'inverse. Ceci pourrait être à peu près justifié en ce qui concerne les kata. Mais dans l'histoire de la boxe du sud, on rapporte des anecdotes relatives à des experts en techniques de jambes, tels que Huang Feihong renommé pour « ses jambes qui ne laissent pas d'ombre » et Cheng Hua connu pour « ses jambes de queue de tigre ». De plus, une des cinq grandes écoles du sud Mojia K'iuan était renommée pour ses techniques de coups de pied. D'autre part, il existe, au nord, des écoles où les coups de pied sont rares, telles que Goju-ryu et Xingyi K'iuan. C'est pourquoi nous ne pouvons pas caractériser si simplement la différence entre le nord et le sud. Durant la dynastie Ming (1368-1662), des classifications des arts martiaux ont été établies et présentées dans des ouvrages qui sont parvenus jusqu'à nous. Puis les Ming furent vaincus ; citons de nouveau R. Matsuda, « Lorsque les Mandchous eurent vaincu les Han (dynastie Ming) et la dynastie Ts'ing s'est établie, nombreux furent ceux qui menèrent alors une résistance acharnée. Pour se dissimuler à la force armée des Ts'ing, les résistants sont tantôt entrés dans les temples, tantôt descendus vers le sud où les persécutions étaient moins sévères. De nombreux résistants se sont abrités dans le temple Chao lin.... Dans la clandestinité, ils s'entraînèrent aux arts martiaux dans le but de rétablir la dynastie Ming. ».

Au cours du XVII° siècle, le temple de Chao lin fût brûlé par l'armée de l'Empereur Ts'ing (dynastie Ts'ing 1616-1912) et les adeptes du temple se dispersèrent pour éviter les persécutions. Nombre d'entre eux se réfugièrent dans le sud de la Chine.

Les caractéristiques de l'art de combat du nord sont : souplesse, rapidité, gestes amples, diversité des techniques de jambe - celles du sud : mouvements petits et puissants, diversité des techniques de main. Or, le Chao lin K'iuan, formé dans le nord a été dans son développement ultérieur marqué par le sud. Aussi dans le sud de la Chine distingue-t-on entre le Chao lin K'iuan du nord et celui du sud. Et c'est du sud de la Chine (Fujian) qu'est partie l'influence vers Okinawa. C'est pourquoi l'on peut penser que les différences entre les écoles de karaté d'Okinawa proviennent en grande partie de ces différences plus anciennes qui traversent le Chao lin K'iuan. Dans les deux premiers numéros, j'ai esquissé une ligne de réflexion historique sur le karaté en m'arrêtant à quelques problèmes qui me semblaient mériter un éclaircissement. Dans les numéros suivants, je reprendrai, plus en profondeur et avec plus de détails, l'étude et l'analyse du karaté d'Okinawa à partir des documents dont nous disposons sur les maîtres d'autrefois. Précisons que cette série d'articles est une première présentation d'un travail de recherche scientifique en cours à la Mission de Recherche de l'U.E.R.E.P.S. de Paris V (A.S.T. Homme et Société dépendant du Ministère de l'Industrie et de la Recherche).

Kenji Tokitsu

 

(1) Jigen-Ryu est une école du sabre pratiquée principalement dans la Seigneurie de Satsuma, où B.S. Matsumura a été envoyé en mission vers l'année 1832.

Durant plus de deux années, il a travaillé le sabre de Jigen-Ryu avec assiduité. On peut se demander dans quelle mesure l'influence de cette école de sabre se retrouve dans son karaté.

(2) maître de karaté formé dans le style Shorinji-Ryu par maître I. Tamotsu


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