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Articles de K. Tokitsu
    Réflexion historique sur le karaté 2
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Les deux écoles Shorin et Shorei

Shorin et Shorei sont clairement désignées comme deux écoles dans le manuscrit de A. Itosu. Pour l'école Shorin, nous distinguons aujourd'hui huit courants principaux qui se nomment chacun Shorin-Ryu mais avec des idéogrammes et des qualificatifs différents. L'école Shorei est représentée par Goju-ryu.

Chôjun Miyagi (1888-1953), fondateur de Goju-ryu écrit dans un manuscrit de 1936 :

« L'appellation de karaté (to-de) est particulière à Ryukyu (Okinawa). Sa provenance lointaine est l'art de combat chinois... Il existe plusieurs explications sur l'origine des écoles de karaté de Ryukyu mais toutes sont sans fondement et souvent basées sur de vagues présuppositions. Cela donne l'impression de tâtonner dans les ténèbres. Il existe, entre autres, une distinction entre Shorei-Ryu et Shorin-Ryu ; la première conviendrait à une personne forte et grande dans sa constitution physique et la seconde à une personne petite ou très mince. Mais à l'examen des différents aspects, il apparaît à l'évidence que ceci est erroné... ». Ainsi, l'analyse de C. Miyagi diffère de celle de G. Funakoshi que nous avons citée dans l'article précédent. Ce que nous pouvons comprendre est qu'il existait deux écoles appelées Shorin et Shorei mais les caractéristiques de ces deux écoles ne sont pas conçues de la même manière par tous les adeptes et la provenance de ces deux appellations est obscure.

Celle-ci deviendra plus claire en étudiant d'un peu plus près la formation de l'école Goju-ryu dont l'on considère qu'elle est la continuatrice de l'école Shorei.

Le Shorei : la formation de Goju-ryu

Selon E. Miyasato (1921- ), maître de karaté de Goju-ryu, dans son ouvrage « Goju-ryu-karaté-do » (1978, Tokyo), la fondation de cette école remonte à Morio Higaonna (1853-1915) qui étudiera l'art du combat au sud de la Chine (Fujian) de 1873 à 1888. A son retour à Okinawa, il commença à enseigner son art qui fut appelé Naha-té, le distinguant de Shuri-té et de Tomari-té. Parmi tous ses disciples, ce fut C. Miyagi qui fut le meilleur continuateur de son art. C. Miyagi lui-même alla en Chine avec la permission de son maître, en 1915, il y étudia pendant plus d'une année. A son retour à Okinawa, il apprit la mort de son maître auquel il succéda et plus tard fonda son école Goju-ryu. Ainsi la provenance de Goju-ryu est bien claire. « Ce qui est certain c'est que le Goju-ryu est issu du Chao Lin Kiuan du sud de la Chine », écrit Miyasato. Par ailleurs, dans des documents plus anciens, transmis à l'intérieur de l'école Goju-ryu, apparaît le terme Shorei-ji kempo (littéralement : art de combat à main nue (Kempo) du temple (Ji) Shorei). Ici, je dois soulever le problème de l'idéogramme car, dans la transmission de l'art du combat, la langue écrite ne joue qu'un rôle mineur. Dans l'enseignement pratique de l'art, le langage est surtout gestuel et secondairement parlé. Comme le remarque C. Miyagi, l'histoire du karaté est très difficile à établir parce qu'il n'y a que très peu de documents écrits, de plus, à cause des bombardements qu' Okinawa a subis à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, beaucoup de ceux-ci ont été perdus. Selon toute vraisemblance les termes japonais Shorin et Shorei sont l'un et l'autre une transposition du son chinois Chao lin, ceci se comprend d'autant mieux que la distinction entre les sons « l » et « r » est très faible en japonais. La distinction entre les idéogrammes est venue se surajouter à celle-ci. Ces différences ont dû se stabiliser car les cercles de karaté ne communiquaient presque jamais entre eux avant le XXe siècle. Entre Shorin et Shorei, la pratique du karaté comporte des différences effectives, celles-ci à mon sens ne tiennent pas à des différences d'origine mais à des courants diversifiés à l'intérieur du Chao lin K'iuan qui comporte de multiples courants ainsi qu'un registre technique très vaste.

Nous devons alors déplacer notre centre de réflexion vers le Chao lin K'iuan.

Le Chao lin k'iuan art de combat chinois d'où est issu : le karaté

Le Chao lin K'iuan est l'art de combat issu du célèbre temple Chao lin. Il faut prendre garde de ne pas confondre le Chao lin K'iuan avec le Shorin ji Kempo. Ce dernier, bien qu'il soit posé comme un successeur authentique de l'art pratiqué dans ce temple, est une création récente datant d'après la Seconde Guerre Mondiale, élaborée par un Japonais inspiré de l'art de combat chinois sur la base du jujutsu japonais.

Avant d'aborder l'histoire d'un art d'aussi grande envergure que le Chao lin K'iuan, quelques réflexions me paraissent utiles.

  • Comment étudier l'histoire d'un art de combat ?

Il serait non seulement audacieux, mais vain de vouloir dégager une filiation unique, certaine, dans l'histoire d'un art de combat. Car un affrontement entre adeptes de différentes écoles est déjà une influence réciproque et une certaine transmission involontaire. Or, sans cesse, l'art s'est élaboré au cours de l'histoire à partir de l'accumulation du vécu des différents adeptes. C'est pourquoi, il serait erroné de concevoir qu'il existait un art de combat très élaboré à un moment de l'histoire et que celui-ci a été transmis avec plusieurs filiations. Une telle pensée rigide et schématique ne permet pas de concevoir le dynamisme de la transmission. C'est le vécu de l'art dans l'histoire qui crée la qualité, et celle-ci est mobile bien qu'elle se maintienne dans la structure particulière d'un art déterminé.

Document d'archive écrit en 1984
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui

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