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A. Itosu a modifié ou a créé plusieurs autres kata, tels que Naifanchi et Kushanku.
H. Ikeda (2) écrit dans un ouvrage Karaté-do-shugui, (Ed. Joshin-mon 1975, Tokyo) :
« Un des disciples de maître K. Mabuni, fondateur de Shito-Ryu, avait dit : « J'ai appris d'un des employés de ma maison, Morihiro Matayoshi, le kata Kibadachi (Naifanchi) comme base de karaté. Ce kata était différent de ce que j'ai appris plus tard de maître Itosu. Un jour, j'ai montré ce kata à mon maître. Il m'a dit alors clairement que ce kata était la forme originelle et que le kata qu'il nous avait enseigné était le résultat de modifications apportées au cours de sa recherche. ». En effet, il semble que A. Itosu ait modifié le kata de Naifanchi en composant à partir de celui-ci trois kata systématisés sous le nom des Naifanchi. Selon maître Chibana, fondateur de Shorin-Ryu, Naifanchi est un kata qui avait été enseigné par un Chinois résidant à Tomari (un village d'Okinawa) et que A. Itosu a modifié. ».
Après avoir expliqué que plusieurs points demeurent obscurs dans la liaison entre le Naifanchi du courant Matsumura et le Naifanchi transmis par A. Itosu, H. Ikeda continue :
« Je pense que l'ouvrage principal de A. Itosu consiste en cinq Pinan, Kushanku et trois Naifanchi... A. Itosu, lui-même avait pratiqué le karaté en visant surtout l'efficacité dans cet art. Il était calme et gentil mais, en ce qui concerne son art, son maître B.S. Matsumura lui avait dit un jour : « Il n'y aura personne qui pourra te vaincre ici à Ryukyu ». »
A. Itosu avait apporté une réforme importante au karaté classique en en estompant parfois l'aspect combatif avec l'idée de constituer cet art en moyen d'éducation physique et morale. Il a un peu freiné le caractère combatif du karaté car il avait lui-même bien connu ce qu'implique le véritable combat. Il a ainsi remplacé, à dessein, certains passages techniques des katas par des gestes plus « éducatifs » sur le plan physique.
Selon les informations que j'ai recueillies auprès des maîtres âgés, dans le style de karaté classique, l'utilisation des mains ouvertes était plus fréquente, et dans les kata, celle-ci est aujourd'hui souvent remplacée par des gestes effectués avec les poings fermés. Ainsi, dans de nombreux katas que nous pratiquons avec les poings fermés, l'on s'exerçait autrefois, soit en nukite, soit en mains ouvertes pour des saisies ou des projections. Donc, si l'on veut décoder précisément le sens des kata, il faut savoir à quel moment, et pourquoi ils ont été abrégés ou modifiés. Ce type de transformation a été réalisé, d'une part, pour faciliter l'exécution et l'apprentissage pour des élèves en groupe, car l'utilisation des mains ouvertes nécessite la transmission de finesse et de subtilité, et le renforcement des doigts pour le nukite, ce qui était difficile pour des élèves nombreux. D'autre part, A. Itosu a voulu freiner le caractère trop combatif de techniques visant à descendre l'adversaire à tout prix. Ainsi, de nombreux passages où l'on utilise aujourd'hui le seiken (le poing serré) s'exécutaient-ils avec plusieurs formes de tsuki qui visaient à donner un impact le plus profond possible compte tenu de la situation. D'autre part, serrer fort le poing évite aux débutants de se tordre les doigts.
A ce propos, maître S. Guima m'a raconté au cours d'un entretien à Tokyo, en 1982 :
« Quand j'étais élève à Okinawa, mon professeur de karaté était maître Yabé Kentsu (un des disciples les plus renommés de A. Itosu dont il recevait des directives pour ses cours). Maître Yabé nous a montré des techniques de nukite dont il était un expert exceptionnel. Mais il a dit : « pour vous, il est trop difficile et dangereux de faire comme moi, donc à la place de nukite, vous serrez bien les mains en seiken. ». »
Comme nous l'avons vu, A. Itosu a apporté une modification importante au karaté classique avec son idée de développer le karaté et de l'intégrer dans le système d'éducation. Ses efforts tendaient principalement à établir l'identité culturelle d'Okinawa vis-à-vis du Japon nouveau qui lui-même était en train de s'affirmer en tant qu'Etat moderne. Okinawa, se situant entre les deux cultures et les deux pouvoirs de la Chine et du Japon, avait vécu longtemps une situation d'oppression. Elle commençait alors à s'intégrer officiellement et pratiquement au Japon moderne. Nous ne pouvons bien comprendre le mouvement du karaté qu'en le situant dans cette vision socio-historique.
Il faut reconnaître toutefois que la réforme du karaté de cette époque a produit pour nous certains obstacles sur le plan de la signification technique transmise dans certains kata de Shorin-Ryu, car A. Itosu était le maître principal de cette école. Les soins apportés à faciliter la pratique pour les élèves, dont les conditions d'apprentissage n'étaient plus celles de la transmission ésotérique de l'art, ont eu pour effet d'opacifier et de rendre ambiguës les techniques de certains kata.
C'est pourquoi, le kata Naifanchi reçut de cette réforme plus d'éléments éducatifs que d'éléments applicables en combat. Les katas Pinan, composés dans ce but, comportent quelques éléments qu'il serait erroné de vouloir interpréter au terme de combat. Toutefois, les Pinan composés tout au début semblent contenir beaucoup plus d'ouvertures vers l'application en combat que ceux qui sont pratiqués aujourd'hui.
Comme rénovateur du karaté, A. Itosu se situe au point d'inflexion de l'histoire du karaté au moment du passage du classique au moderne. Parmi ses disciples, nous connaissons K. Yabé qui, sous la direction de A. Itosu, dirigea les cours à l'école normale d'Okinawa où S. Guima était élève, Hanashiro et Gusukuma qui dirigèrent les cours au lycée, Chibana fondateur de Shorin-Ryu, Mabuni fondateur de Shito-Ryu, et bien sûr G. Funakoshi.
A. Itosu écrit dans un manuscrit :
« Le karaté n'est un produit ni du confucianisme, ni du bouddhisme, il provient de la Chine. Il existe depuis longtemps ici deux écoles : Shorin-Ryu et Shoreï-Ryu. Il faut les garder sans apporter de modification car chacune a son mérite particulier... »
Qu'est-ce qui fait alors la distinction entre ces deux écoles ?