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Depuis quelques années, Kenji Tokitsu, 5° dan, se livre à une réflexion sur la pratique actuelle du karaté. Cela l'a conduit à se lancer dans une recherche sur l'histoire du karaté et à procéder à une étude comparative et évolutive des techniques et des kata entre l'okinawa-té et le karaté tel que pratiqué aujourd'hui.
En exclusivité pour Bushido il livre dans le cadre d'une série d'articles le résultat de ses recherches, qui est, il faut le dire, susceptible de créer quelques remous dans la mesure où il va parfois à l'encontre des idées admises.
Texte de Kenji Tokitsu 5° dan.
Pourquoi pratiquons-nous aujourd'hui un art de combat tel que le karaté ? Qu'y cherchons-nous ? Qu'est-ce que cet art peut nous apporter ?
Ne ressemblons-nous pas, parfois, aux aveugles de la fameuse histoire qui se disputent car un éléphant est, pour le premier qui a touché sa queue, une ficelle, pour le second qui a touché son flanc, un mur et pour le troisième qui a touché sa trompe, un tuyau. Le karaté est vu comme un sport de combat brutal pour l'un, noble pour l'autre, comme un art de sagesse, etc.
Si le karaté est largement répandu aujourd'hui, son image est tellement morcelée que l'on peut se demander s'il a une figure globale. Je le pense et mes recherches ont pour but de capter la figure globale du karaté à partir de son histoire afin de comprendre ce qu'est cet art et, par la suite, de tracer un itinéraire à suivre.
Ma démarche provient d'abord de mon propre désir de comprendre le karaté auquel je m'adonne en visant à monter vers le plus haut sommet de cet art.
La progression en karaté
La progression en art martial est souvent expliquée par analogie avec l'alpinisme. Car, pour l'ascension, il ne suffit pas de faire l'effort de monter, il est indispensable de connaître objectivement la qualité de la montagne, la direction à suivre et, également, sa propre qualité. Dans l'art martial, l'importance de l'entraînement va de soi mais des efforts sérieux et prolongés ne suffisent pas à assurer la progression. Il faut suivre un chemin tracé dans cette montagne abrupte et difficile. Sinon, on risque de tourner en rond jusqu'à l'épuisement sans résultat et de devoir abandonner l'ascension en perdant son énergie et son objectif. L'équivalent de ce chemin est la tradition. Je pense qu'une personne, fut-elle géniale, ne peut pas dépasser l'accumulation culturelle réalisée dans l'art martial. Si nous voyons objectivement le phénomène du karaté contemporain, nous constatons d'abord que, par rapport au temps passé, la durée de la pratique s'est raccourcie. Elle est de quelques années seulement, le plus souvent entre vingt et trente ans rares sont ceux qui continuent avec quelque assiduité au-delà de quarante ans. La qualité du travail ne s'améliorant pas avec l'âge, une fois calmée l'effervescence de la jeunesse, il reste peu de chose. Après des années de pratique, se produit un relâchement, sinon un abandon.
Je considère que cette situation tient au fait que la pratique repose uniquement sur un déploiement d'énergie physique, à l'exclusion de toute autre signification. Il est vrai que des générations différentes pratiquent le karaté : des enfants jusqu'aux vieillards. Mais cela ne veut nullement dire que les enfants (qui reçoivent aujourd'hui les applaudissements du public lors de manifestations) continueront leur pratique jusqu'à un âge avancé tout en progressant.
Parallèlement, nous constatons différentes formes de malaise chez des personnes qui se sont entraînées sérieusement pendant dix à vingt années. Nombreux sont ceux qui, non seulement cessent de progresser, mais découvrent des traumatismes, soit aux genoux, soit au dos. La stagnation ou la baisse de niveau est ainsi justifiée par l'âge : « j'ai déjà 40 ans ou 50 ans donc il est normal que je sois moins bien qu'il y a dix ans ». Or, l'histoire de l'art martial montre que c'est après 50 ans que l'on pénètre dans le domaine de la maîtrise de l'art. Maître K. Sawai, aujourd'hui âgé de 81 ans, dit : « Ceux qui s'adonnent à l'art martial ne doivent pas se permettre de se vanter de leur passé. Cela n'a aucune valeur de dire « j'ai été très fort quand j'étais jeune ». L'adepte doit se former de telle façon qu'il puisse à un âge avancé entraîner de jeunes disciples avec l'aisance de la supériorité. Des finesses, des subtilités et la souplesse comme les branches d'un grand arbre doivent le rendre capable de montrer, à n'importe quel moment, un modèle de l'art martial ». Il est extrêmement rare aujourd'hui de trouver un vieil adepte qui en soit capable mais ce niveau existe et maître Sawai en est un exemple. Si nous sommes sincères, nous ne pouvons pas ignorer l'importance du décalage entre les propos que je viens de rapporter et ce qui est pratiqué aujourd'hui sous le nom de karaté.
Pourquoi et comment ce décalage est-il apparu ?
Il tient à plusieurs raisons. La première est la multiplication du nombre des adeptes qui a augmenté tellement rapidement, à partir des années trente, que ces derniers n'ont pas pu trouver suffisamment de maîtres de haut niveau.
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Waseda 1951. Assis, deuxième rangée, le maître Funakoshi. A sa gauche Obata sensei. Sur la même rangée à l'extrême droite les sensei Nyshyama et Kasé. Debout, troisième à partir de la droite Oshima sensei. |