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Réflexion historique sur le karaté 1
[5/5] La transmission de maître Funakoshi

Les maîtres Funakoshi, Mabuni Kenwa et son fils Mabuni Kenei

Les maîtres Funakoshi, Mabuni Kenwa et son fils Mabuni Kenei.

La position de maître Funakoshi (suite)

Au cours d'un entretien à propos de l'histoire du karaté, maître T. Oshima, qui a traduit très fidèlement la première édition du karaté-do Kyohan, et dont le style me paraît être un des plus proches de celui de G. Funakoshi, m'a parlé de la transmission du kata Hangetsu. Celui-ci est son kata préféré et, après une longue pratique, peut-être à la 50.000ème répétition, il a eu le sentiment qu'il manquait quelque chose à ce kata. Il en a recherché l'origine et s'est rendu compte qu'il y avait, dès le départ, une lacune dans le kata transmis par maître Funakoshi.

Selon des témoignages convergents que j'ai recueillis moi-même auprès des adeptes qui connaissaient bien maître G. Funakoshi, les kata qu'il avait approfondis étaient les trois Naifanchi (Tekki) et Kushanku-daï (Kanku-daï). Et il n'avait pas suffisamment élaboré les onze autres kata. Il avait dû les apprendre superficiellement en moins d'une année afin de constituer les matières d'enseignement pour son entreprise de diffusion du karaté qui avait longtemps été pratiqué dans des milieux fermés. C'est pourquoi avec la connaissance qu'il avait de ces onze kata, G. Funakoshi présentait dès le départ certaines lacunes et insuffisances. Car, à cette époque, il était extrêmement difficile d'apprendre des kata. Comme l'écrit maître G. Funakoshi, « Ceux qui étaient considérés comme de grands adeptes ne connaissaient que trois ou au plus cinq kata ». Lui-même, se situant au tournant de l'histoire du karaté, a dû faire de grands efforts afin d'assembler un nombre de kata suffisant pour établir un nouveau système d'enseignement. Et il est évident qu'il n'avait pas pu les approfondir comme ses kata personnels, de plus, tous les maîtres ne lui avaient pas forcément confié les détails importants. Mais il a commencé son enseignement avec ces kata comme matières d'enseignement, tout en souhaitant que des lacunes soient comblées par ses élèves dans l'avenir, compte tenu des difficultés qu'il avait lui-même rencontrées pour apprendre ces kata. Il semble que ce souhait ne se soit pas réalisé car, non seulement les lacunes n'ont pas été comblées, mais les kata ont été pris comme ensembles gestuels fixés et amplifiés et rigidifiés, cependant que l'image de maître G. Funakoshi était sacralisée. Sur ce point, je citerai une remarque significative de maître T. Nango qui enseigne le karaté depuis une trentaine d'années et dont les travaux de recherche sur les arts martiaux sont renommés au Japon : « ... Chose curieuse, il n'y a personne qui aujourd'hui continue correctement le style de G. Funakoshi, strictement personne. Ce qui a été transmis est seulement le nom des kata que G. Funakoshi a rénové et non pas leur contenu... » « ... Me. Funakoshi a laissé le karaté de style Shotokan mais la chose curieuse est que personne dans ce style n'a pris correctement la succession de sa technique, véritablement personne... A la fin de sa vie, ses élèves avaient déjà transformé ses techniques. Son karaté a donc été déformé comme si son empreinte avait complètement disparu. Ce qui reste est seulement le nom de Shotokan et les noms qu'il a donnés aux anciens kata... J'imagine quelle était sa tristesse à la fin de sa vie en constatant que presque toutes ses techniques qu'il avait longtemps transmises étaient perdues » (T. Nango, La voie de l'approfondissement en Budo, éd. San-ichi Shoho, 1980, Tokyo).

En effet, si nous rapprochons les kata du Shotokan actuel de la classification en Shorin et Shoreï établie par G. Funakoshi, nous serons surpris car il semble que la finesse (légèreté, rapidité, souplesse) y soit remplacée par l'expression du dynamisme. Je me suis rendu compte que ce sont ces aspects de la finesse qui permettent aux techniques d'évoluer avec la personne au fur et à mesure que celle-ci change en prenant de l'âge. L'efficacité d'une personne dans l'art du combat n'est pas donnée une fois pour toutes par un acquis valable durant toute la vie. Lorsqu'un homme de 60 ou 70 ans se montre indéniablement efficace en combat, son efficacité n'a pas la même structure que celle d'un jeune de 20 à 30 ans. Si nous souhaitons avancer dans la voie de l'art de combat, il me paraît indispensable de réfléchir à ce phénomène et de critiquer chacun sa propre direction.

Cet article a peut-être choqué quelques karatékas. Mais je pense que les pratiquants du karaté ont le droit de connaître ce qu'est la figure historique de leur art et que tous ceux qui l'enseignent ont le devoir de s'informer avec sincérité. En matière d'arts martiaux, très peu d'études objectives sont faites et, dans les limites de mon savoir, j'essaye d'approfondir la connaissance de ce que j'aime et de diffuser en Europe ce qui me paraît le plus avancé dans les recherches menées au Japon. Dans les articles qui suivront, je citerai principalement ce qui a été publié en japonais, il est donc possible d'en vérifier l'authenticité.


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