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Diplôme de maître Guima délivré par le maître Funakoshi en 1923 |
La position de maître Funakoshi
La classification des kata
G. Funakoshi écrit dans son ouvrage, karaté-do Kyohan (modèle d'enseignement de karaté-do) : « ... Néanmoins, si les kata doivent être classés, on peut de manière très générale distinguer deux grands groupes : ceux appartenant à Shorei-ryu (l'école Shorei) et ceux appartenant à Shorin Ryu (l'école Shorin). La première met l'accent sur le développement de la force physique et de la puissance musculaire ; elle est frappante de par l'impression de force qu'elle dégage. Par contre, l'école Shorin est très légère et très rapide, avec des mouvements très prompts vers l'avant et vers l'arrière, qui ne sont pas sans rappeler le vol vif du faucon. Les kata de Tekki ainsi que Jitte, Hangetsu et Jion, entre autres, appartiennent à l'école Shorei, alors que les kata de Heian, Bassai, Kanku Empi, Gankaku et d'autres sont apparentés à l'école Shorin. En vérité, il est très impressionnant d'observer un homme puissamment bâti exécuter un kata de l'école Shorei, subjuguant l'observateur par l'expression de sa force absolue. Mais il faut reconnaître qu'il tend à manquer de vitesse. De même, on ne peut s'empêcher d'être très impressionné à la vue d'un homme svelte qui, dans des gestes aussi rapides que ceux d'un oiseau en vol, exécute un kata de l'école Shorin, avec des techniques à la vivacité étincelante, résultant d'un entraînement intensif. Les deux styles développent l'esprit et le corps et l'un n'est pas meilleur que l'autre. Ils ont tous deux leurs points faibles et leurs points forts et ceux qui veulent étudier le karaté doivent reconnaître ces points et les étudier en conséquence. » (D'après karaté-do Kyoha par Gichin Funakoshi, trad. Tsutomi Ohshima - Ed. France Shotokan, Paris, 1979).
Selon la classification ci-dessus, tous les kata de Shotokan contemporain ne sont-ils pas marqués par un aspect plutôt Shorei que Shorin ? Le dynamisme y est en effet caractérisé par l'extension puissante du corps et la stabilité de la position et non par la rapidité, ni par la légèreté.
Je pense qu'il n'est pas difficile de prendre conscience de ce fait à partir du texte de G. Funakoshi et, aussi, à partir de leur propre expérience pour ceux qui ont, plus ou moins longtemps, pratiqué ce style.
Toutefois, il faut reconnaître qu'il existe plusieurs courants au sein du Shotokan et, si l'un est assez proche du style de G. Funakoshi, l'autre en est bien éloigné. Chaque courant se proclame comme le continuateur authentique du maître fondateur, fait que l'on peut aussi observer dans les autres styles.
Il apparaît donc qu'une évolution importante s'est produite au sein même du Shotokan. Mais qu'est-ce qui a changé effectivement ? Pour avancer dans cette question, il faut nous interroger sur ce que G. Funakoshi lui-même avait proposé pour le premier Shotokan.
Dans la réédition complétée du Karaté Do Kyo-han, publiée en 1941, G. Funakoshi écrit :
« Autrefois, il fallait à peu près trois ans pour apprendre un kata. Même ceux qui étaient considérés comme de grands adeptes ne connaissaient que trois ou au plus cinq kata. La connaissance superficielle de nombreux kata ne sert à rien, il vaut mieux avoir une profondeur, même si la connaissance est étroite. J'ai mis dix ans pour apprendre les trois kata de Tekki. Toutefois, il est très important d'avoir une connaissance large des kata car chaque kata a sa particularité. Il n'est pas toujours bon de s'attacher à un seul kata... Pour apprendre des choses, il faut commencer par les faciles et avancer vers les difficiles. Pour le karaté également, il faut apprendre suivant les étapes. Autrefois, les maîtres avaient tendance à apprendre à partir de leur kata préféré. C'est parce qu'ils ne savaient eux-mêmes que trois ou quatre kata et que les matières d'enseignement manquaient. J'ai composé ce livre en attachant la plus grande importance à l'établissement des matières d'enseignement avec mon expérience de plusieurs dizaines d'années... ». Il précise ensuite : « Les kata ne sont pas fondamentalement un objet de savoir mais ce qu'on doit pratiquer après l'avoir connu. Il est donc inutile d'en apprendre trop. Il sera largement suffisant d'apprendre les quinze kata suivants pour l'entraînement. Ce sont les neuf de l'école Shorin : les cinq Heian, Bassai, Kanku, Empi, Gankaku, et les six de l'école Shorei : les trois Tekki, Jitte, Hangetsu, et Jion... ». Par ces textes, nous pouvons comprendre que G. Funakoshi concevait les kata comme matières d'enseignement. C'est pourquoi il a dû élargir le registre de la pratique à quinze kata, bien qu'il ne connaisse lui-même que quatre ou cinq kata. Guima Shinokin (1) témoigne ainsi :
« J'étais étudiant à l'université, je n'étais capable de faire publiquement que Naifanchi. Je connaissais les Pinan mais je ne les avais pas suffisamment élaborés. Maître Funakoshi n'avait confiance que dans son Kushanku. Alors, nous avons préalablement décidé que je ferai Naifanchi, et maître Funakoshi Kushanku. Il a plus tard nommé ce kata Kanku et, sans aucun doute, c'était son kata préféré et il le faisait en expert. Maître Funakoshi n'était pas issu de l'école normale, ni des lycées d'Okinawa qui étaient liés directement à l'enseignement de maître Itosu, c'est pourquoi il ne s'était pas suffisamment entraîné aux kata de Pinan... » (« Karaté-do » éd. Sono, 1977).
(1) : Guima Shinkin, âgé aujourd'hui de 88 ans, est originaire d'Okinawa. Il a servi de partenaire à G. Funakoshi, en 1921 au Kodokan, à la demande de J. Kano, qui avait été fortement intéressé par le karaté qui venait d'être présenté en public pour la première fois au Japon cette année-là. S.Guima a reçu le premier diplôme de 1er dan de karaté établi par G. Funakoshi. L'auteur de cet article a, au cours de ces dernières années, reçu de S. Guima des enseignements et des informations importantes.