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Réflexion historique sur le karaté 1
[3/5] Comment allier temps présent et tradition ?

Le maître Chibana Chosin

Le maître Chibana Chosin

Comment allier temps présent et tradition

Nous pouvons donc constater que les germes d'évolution et de dégradation étaient présents dès le moment où le karaté a commencé son expansion.

Si nous visons à monter aujourd'hui vers le plus haut sommet de la montagne de l'art martial avec un long souffle, il me paraît indispensable d'articuler tout le long du travail les deux éléments suivants :

  1. l'appréhension de la situation particulière du temps présent. Quelle importance et quelle signification trouvons-nous à l'art de combat ? C'est seulement si cet aspect est inclus dans l'entraînement quotidien que celui-ci prend un caractère introspectif, avec la conscience du « ici et maintenant » ;
  2. L'étude diachronique de l'art de combat qui donne, à partir de la tradition, un support concret au travail de cet art et le nourrit.

De cette combinaison procède la dynamique de l'art de combat pluridimensionnel.

A propos de la tradition, il est probable que certains lecteurs objecteront « Nous travaillons le karaté traditionnel avec les kata. Il est donc suffisant de travailler à fond ce qui nous est indiqué par cette tradition. Pourquoi alors une étude diachronique de l'art est-elle nécessaire ? »

Ce que nous montre le karaté dit traditionnel résulte d'une évolution et de modifications contemporaines. Par exemple, les significations du kata y sont souvent voilées et dissimulées, sinon détournées jusqu'à l'aberration. C'est pourquoi, pour étudier la richesse d'un kata, il est indispensable de faire des efforts pour remonter le temps, pour trouver comment un même passage technique s'exécutait autrefois, comment l'appliquer, dans quelle situation, etc.

Dans cet article, je me limiterai à la réflexion sur le karaté compris à partir de son histoire. Cette connaissance historique permettra de découvrir des racines qui serviront à orienter notre pratique de tous les jours.

Ma réflexion historique a commencé à partir d'une remise en cause qui portait à la fois sur ma propre pratique et sur ce que je pratiquais intensément : le style Shotokan. Car une réflexion un tant soit peu profonde ne peut pas se faire sans engager son propre vécu.

Toutefois, je voudrais préciser préalablement que lorsque je porte un regard et une réflexion critique sur quelques styles contemporains, ce n'est nullement dans l'intention de polémiquer, ni pour me défendre de quoi que ce soit. C'est essentiellement pour connaître objectivement ce qui s'était passé dans le temps et ce qu'est la figure globale du karaté.

Remise en cause de mon premier style : le Shotokan

En ce qui concerne le style Shotokan, je me suis d'abord interrogé sur les deux points suivants :

  1. Les significations des techniques transmises dans les kata sont considérablement décalées de la réalité du combat. En effet, non seulement aucun des experts de ce style n'a, à ma connaissance, proposé d'explication qui me paraisse satisfaisante mais, de plus, en avançant dans la recherche comparative, j'ai trouvé des éléments plus intéressants dans les anciens modes de travail.
  2. Dans le style contemporain Shotokan, les karatékas rencontrent souvent à partir de 40 ou 50 ans des problèmes physiques importants. Bien que ce style insiste beaucoup sur le côté dynamique et puissant, cette particularité ne débouche pas sur une amélioration de la qualité avec l'âge.

J'ai vu au Japon de nombreuses personnes dont l'efficacité était manifeste au temps de leur jeunesse, mais leur niveau s'étiolait comme une fleur qui se fane. Aucune d'elles ne m'est apparue comme l'image d'un niveau à rechercher. Et ici, en France, j'ai constaté qu'il existe des traumatismes divers chez des karatékas de 30 à 40 ans et que ceux-ci sont nombreux en Shotokan. Or, dans la représentation des arts martiaux qui m'a été transmise au Japon, en avançant en âge on va en se perfectionnant dans le domaine de l'art. Et l'on peut constater que les anciens karatékas avaient continué de pratiquer jusqu'à la fin de leur vie sans rencontrer ce genre de traumatisme physique.

Où est la différence ?

C'est alors que j'ai commencé ma recherche sur l'évolution des styles. J'ai d'abord remarqué une forte différence entre le Shotokan du maître G. Funakoshi et le Shotokan de ceux qui aujourd'hui se proclament ses disciples.


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