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Articles de K. Tokitsu
    Orientation du Shaolin-mon pour 1986
        Texte d'orientation du Shaolin-mon pour 1986

objectif du Budo efficacite et disponibilite

Orientations du Shaolin-mon karaté-do pour 1986

I- Texte d'orientation (Octobre 85)

La direction de recherche que j'avais définie l'année passée reste la même et, si certaines modifications apparaissent au fur et à mesure que nous avançons, elles ne résultent ni d'un changement de style ni d'une fluctuation de mon attitude.

J'ai défini en effet le Shaolin-mon karaté-do comme une attitude de recherche sur le riche héritage historique des arts martiaux et non comme un style, ni une institution. Le Shaolin-mon karaté-do est une école de karaté où l'on recherche une qualité de budo correspondant à ce que nous pouvons faire et comprendre aujourd'hui. Il s'agit d'une création contemporaine qui trouve son dynamisme dans une interrogation approfondie de l'histoire des arts martiaux. Aussi, pour avancer véritablement, devons-nous rejeter l'illusion de « l'école parfaite » et considérer que le karaté n'est pas un art achevé mais un art en pleine évolution.

On insiste actuellement sur la différence entre le karaté traditionnel et le karaté sportif, pour valoriser le premier et mépriser la seconde. Mais le karaté traditionnel dont on parle n'est souvent qu'une carapace formelle, un moment d'une évolution figée par l'institution, où l'on confond une forme transitoire avec la perfection en oubliant la dynamique qui donnait son sens à cette forme. Pour ma part, je préfère considérer tous les styles existants d'une manière relative, en les situant les uns par rapport aux autres, comme différentes facettes d'une même réalité.

Le Shaolin-mon s'exprime par la fidélité à une attitude de recherche et non à une forme figée. Il convient ici de préciser certains points, car le shaolin-mon a progressé, et nous ne sommes pas au même niveau que l'année précédente. Je pense que tous les élèves l'ont constaté soit au cours, soit à l'occasion de stages.

Notre étude continue à travers les kata, qui sont pour nous une pratique fondamentale.

La notion de kata est très complexe. J'ai tenté d'expliciter dans ma thèse la base socio-historique de la formation du kata et certains mécanismes psychiques du dynamisme de la transmission et je pense pouvoir la publier bientôt. En attendant, il me semble utile de rappeler ce que sont les kata. Or l'art martial étant une pratique concrète, les kata n'auraient jamais existés, s'ils n'avaient été efficaces. C'est pourquoi je pense pouvoir mieux faire comprendre les kata et juger de leur qualité à partir de la notion d'efficacité.

1) L'efficacité des techniques transmises par des kata.

Nous recevons, au travers d'un kata, un registre technique élaboré par nos prédécesseurs. Le kata sert à nous le transmettre et à nous l'enseigner. Le kata que vous apprenez doit donc, en premier lieu, vous transmettre un registre technique nécessaire. Autrement dit, vous devez être conscients de ce que vous recevez par un kata. Mais ce kata doit lui-même être efficace comme vecteur d'un bon registre technique. Aussi devez-vous examiner et juger vous-mêmes sur ce plan-là la qualité du kata que vous êtes en train d'apprendre ou de pratiquer. Mais la technique transmise doit aussi être efficace dans un combat. Or la critique la plus grave que l'on peut faire aux kata de certains styles, c'est que leur registre technique relève d'un entraînement gymnique et que ces techniques ne sont pas utilisables en combat. Dans le meilleur des cas, on s'efforce de justifier les mouvements par des exercices de combat élaborés dans ce but. Si vous avez connaissance de plusieurs styles, c'est à dire de plusieurs versions d'un même kata, vous devez donc pouvoir distinguer celles qui sont bonnes de celles qui sont mauvaises et ce, du point de vue de l'efficacité des techniques transmises.

2) L'efficacité par l'énergie.

Le travail du kata doit nous permettre d'augmenter et de mieux faire circuler notre énergie vitale. Tout exercice physique cause une dépense énergétique. Il s'agit ici au contraire d'apprendre à équilibrer et diriger l'énergie dont nous pouvons disposer. Il nous faut apprendre par le travail du kata une forme de recharge énergétique qui est à la base de l'efficacité de toute technique d'art martial.

Se sentir bien après avoir fait du karaté peut avoir deux causes qu'il ne faut pas confondre. Certains se sentent bien parce qu'ils se sont défoulés, et ont déchargé les tensions qu'ils avaient accumulées. D'autres se sentent bien parce que, par l'entraînement, ils ont établi une meilleure coordination à l'intérieur de leur corps, et, grâce à la respiration et aux mouvements, ont réussi à « recharger leurs batteries ». Dans un cas c'est agréable parce qu'on a éliminé une cause de malaise, dans l'autre parce que l´énergie disponible circule mieux et s'est accumulée. Je schématise ici deux phénomènes qui, dans des proportions différentes, se produisent en même temps chez la même personne. Mais lorsque je parle de progression, il va sans dire que je fais référence au deuxième.

La qualité d'un kata dépend de la régulation et de l'accumulation énergétiques qu'il stimule.

3) L e choix des kata du Shaolin-mon.

J´ai étudié jusqu'ici plus d'une soixantaine de kata de karaté. Et si je compte les variantes d'un même kata pratiquées dans différents styles, le nombre de kata dont j'ai eu connaissance dépasse 250. Cette étude m'a été nécessaire pour effectuer les comparaisons qui permettent de comprendre le fil de transmission qui a existé dans l'histoire.

Il m´est devenu indispensable d'effectuer un choix parmi ces kata, à partir du moment où j'ai pris conscience de la relativité des styles et des relations qui existent entre eux. Bien entendu cette question ne se serait pas posée si je n'avais pas mis en cause mon premier style, le Shotokan.

C'est à partir des deux critères exposés ci-dessus que j'ai choisi les kata de karaté qui sont enseignés dans le Shaolin-mon. Mes recherches sur le karaté d'Okinawa m'ont conduit à l'art du combat chinois d'où il est issu. Celui-ci m'est apparu complémentaire du karaté et de nature à en compenser certains manques évidents, notamment en ce qui concerne la régulation de l'énergie

Dans les kata de karaté, on recherche la vitesse et la précision, les gestes sont directement applicables en combat. C'est pourquoi j'ai choisi ces kata, environ une vingtaine, issus pour la plupart du Shorin-ryu d'Okinawa. Mais ils comportent un manque. En effet, bien que l'on insiste dans les arts martiaux sur la respiration, quand on fait des mouvements rapides et puissants, on ne peut se concentrer efficacement sur les techniques respiratoires.

- L'art du combat chinois comporte des mouvements très lents dans lesquels la respiration s'incorpore à la technique du mouvement et permet de suivre le fil de la sensation interne du corps. Notre corps doit être développé non seulement dans sa force et sa rapidité, mais dans la finesse de liaisons plus subtiles et difficiles à percevoir qui sous-tendent son efficacité. Le fil conducteur de cette pratique est la respiration par laquelle nous pouvons développer la sensibilité interne du corps et l'intériorisation. C'est ce que je vous demande de faire pendant les cours.

- Si nous exécutons certains kata issus des taiji quan, xing yi-quan, baqua-zhang et taiki-ken, c'est pour les raisons que je viens d'exposer. La lenteur du travail doit permettre de développer, d'une part, une perception plus subtile du corps et, d'autre part, d'établir des enchaînements fins qui lient, à plusieurs degrés,l es gestes aux réactions et incitations internes du corps. La base de ces exercices est la détente et la souplesse des mouvements qui débouche sur une amélioration de la circulation de l'énergie dans le corps. La critique fondamentale que je fais au karaté habituel est qu'il apprend à mobiliser et à bloquer l'énergie, sans apprendre en complément à l'équilibrer et à la faire circuler.

Les deux types de kata que nous travaillons sont nécessaires. Il faut bien comprendre l'orientation que représente chacun de ces deux types de kata et s'y investir en privilégiant les qualités que chacun d'eux demande. Vous avez pu constater à quel point cette nouvelle pratique difficile. Mais vous en constatez peut-être déjà toute la richesse.

Document d'archive écrit en fin Janvier 1986
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin de l'école Shaolin-mon

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