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L'époque Edo (1603-1867).
Au début du XVII° siècle, pour stabiliser la paix que menacent les ambitions des féodaux, les nouveaux shoguns de la famille Tokugawa imposent le cloisonnement des classes sociales et des groupes locaux qui s'accompagnent d'une stricte limitation des armements. Cette politique de stabilisation se complète par la fermeture du Japon aux influences venues de l'étranger. La possession et la fabrication des armes à feu sont strictement limitées et celles qui seront fabriquées jusqu'à la fin de l'époque Edo resteront fidèles au modèle d'origine. La paix se maintient pendant cette longue période et l'art de la guerre n'a plus l'occasion de se déployer que dans des affrontements mineurs. La pratique du sabre se tourne progressivement vers l'intériorité et l'introspection. La notion de voie pénètre l'art du sabre qui se transforme lentement. C'est à l'époque suivante, Meiji, que le terme de kendo (la voie : « do » du sabre : « ken ») sera adopté pour désigner l'art du sabre.
Dans l'histoire du Japon, on désigne par Buke-jidaï (l'époque des guerriers), les époques Kamakura, Muromachi, Azuchi-Momoyama et Edo.
Kamiizumi Hidetsuna : un seigneur adepte du sabre.
Nous avons vu, dans le numéro précédent, un texte calligraphié de la main de Kamiizumi Hidetsuna. C'est sans doute la plus ancienne des calligraphies tracées par un maître du sabre japonais qui subsiste aujourd'hui. Hidetsuna est en effet le premier dont la pensée sur l'art du sabre nous soit parvenue au moyen des traces directement tangibles au-delà de temps, écriture et dessin. La peinture, celle de Van Gogh par exemple, nous fait sentir et imaginer sa personnalité et sa vie, il en est de même pour les oeuvres de Kamiizumi. Mais, pour un artiste, c'est l'oeuvre qui est sa principale production alors que pour un maître du sabre comme Kamiizumi c'est sa manière de vivre l'art du sabre qui est son oeuvre principale. Nous pouvons imaginer son oeuvre principale à travers les oeuvres annexes qui nous sont parvenues, ses calligraphies et ses réflexions sur l'art du sabre. Car son art constitue un ensemble où se mêlent techniques du sabre et manière de vivre. C'est de Kamiizumi que date l'aspiration vers la fusion du sabre et du zen. Il a transmis l'essentiel des techniques de son école dans quatre rouleaux. Il y emploie distinctement la pensée du zen pour expliciter les techniques. Par exemple, le troisième rouleau dont j'ai présenté des photos dans l'article précédent est composé de trois études inspirées du zen :
1 - observer les préceptes du hyôho (ensemble des arts martiaux),
2 - maintenir l'esprit calme,
3 - voir les phénomènes clairement.
Le texte - que j'ai pu consulter lors de mon voyage de recherche de cette année - est l'original tracé de sa main avec une calligraphie qui transmet encore le reflet de sa puissance.
Durant l'ère Edo (1603-1867), la pratique du sabre s'intériorise et, parmi les adeptes du sabre, l'expression : « ken zen itchi », qui veut dire le sabre et le zen forment un, devient habituelle. C'est de la genèse pratique de cette pensée que témoigne la méthode qu'avait conçue Kamiizumi. Ici, la notion de technique déborde d'un savoir faire et elle tend à signifier une manière de vivre. Kamiizumi est sans doute le premier à avoir exploré ce domaine au travers du sabre. La tendance se renforcera et se concrétisera dans les différentes écoles du sabre de la période Edo. L'importance historique de Kamiizumi est d'autant plus grande qu'en plus du renouvellement des techniques du sabre, il a formulé explicitement l'idée de l'introduction du zen dans la technique du sabre.
De nombreux lecteurs ont sans doute vu le film d'Akira Kurosawa « Les sept samouraï ». Kurosawa s'est inspiré du personnage de Kamiizumi. Reprenant un récit ancien, il montre comment celui-ci a sauvé un enfant pris en otage par un brigand. Mais la suite du récit est imaginée par Kurosawa.
Selon les documents, Kamiizumi, après cet épisode se dirige vers Kyoto en compagnie de deux disciples, Hitta Bungoro et Jingo Muneharu. Kamiizumi qui a renoncé à diriger son fief de seigneur féodal pour devenir simple adepte du sabre, rend visite, en chemin aux seigneurs de sa connaissance. Il est reçu favorablement, non seulement par ses anciens alliés, mais aussi par ses anciens adversaires. Car ses exploits de chef de clan sont célèbres et tous reconnaissaient la valeur de son art. Lorsqu'on lui en fait la demande, il présente son art, sans toutefois accepter de duel, et accepte de donner des cours.