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Articles de K. Tokitsu
    Maitre Masahiko Narazaki (kendo, zazen)
        Le « men » de maître Narazaki

Bref itinéraire, La fin de la guerre au Japon

Bulletin de liaison Shaolin-mon n°1

Bulletin de liaison
Shaolin-mon n°1

Cet article a été écrit pour les kendokas français à l'occasion de la venue en France de Maître Masahiko Narazaki, maître de kendo de haut niveau, à l'occasion du stage qu'ils organisent chaque année. Mon amie Madame Keiko Deguitre, adepte de kendo, m'a communiqué plusieurs articles concernant ce maître de haute valeur. Je n'ai pu les lire sans être troublé par l'émotion. En effet, la vie de ce maître a été bouleversée par l'histoire du Japon à la fin de la deuxième guerre mondiale. Et, bien que je sois né après guerre, j'ai vécu en province dans une atmosphère fortement marquée par la guerre où, encore dans le jeu des enfants, on s'identifiait aux soldats et où l'âge de 20 ans était pour nous l'âge de la mort à la guerre. A l'école nous avions une peur particulière des professeurs d'éducation physique qu'on disait « tokko gaéri », ce qui veut dire « les survivants du tokko », c'est-à-dire des kamikazes. Pendant mon enfance l'association entre le « Kamikazé tokkotaï » et l'âge de la mort à 20 ans restait encore vivante. Dans ma famille, plusieurs personnes sont mortes jeunes à la guerre ou des suites de la guerre. Mon attirance pour les arts martiaux s'enracine dans cette enfance où ils représentaient une forme d'identité compatible avec la mort. Je ne suis pas capable de me détacher d'un sentiment personnel concernant la Guerre du Pacifique du Japon, aussi est-ce une période à la quelle je suis particulièrement intéressé dans le cadre de mes études. C'est pourquoi j'aimerais l'évoquer pour mes élèves du Shaolin-mon à travers l'histoire de ce maître de kendo.

Le « men » de maître Narazaki
« Les adeptes de kendo japonais prennent modèle sur le « men » de Narazaki. Il s'agit d'une frappe au « men » (tête) qui explose après qu'il ait poussé par le « ki » l'adversaire jusqu'à l'extrémité... Beaucoup de kendokas désirent apprendre le secret de ce « men ». II est déplacé de désirer trouver entre les pages d'une revue l'exposé d'un secret de l'art qu'un grand adepte a pu constituer pour lui-même en y investissant sa vie entière. Mais, devant notre insistance, maître Narazaki nous a permis d'exposer une partie de son art sur cette revue. ».
Telle est l'introduction d'une suite de 4 articles publiés à partir de mars 1986 dans la revue « kendo jidaï ». Je m'appuierai sur ces articles pour vous présenter ce maître du kendo, réputé pour ses hautes capacités qui semblent jaillir de la profondeur de sa personnalité.
Masahiko Narazaki était kyoshi, 8ème dan lorsqu'il a remporté la première place au premier tournoi de Meiji-mura en 1977. Ce tournoi est un des plus importants entre adeptes de haut niveau au Japon. C. Ogawa, 9ème dan de kendo, et aussi maître de zen, en a donné l'appréciation suivante :
« Les combats de M. Narazaki que nous avons pu voir aujourd'hui sont exactement le zen vivant ».
Ce jour là, Me Narazaki a gagné la plupart de ses combats avec la seule technique de « men ». Comme lors de son entraînement quotidien, il a effectué « kisémé » après « kisémé », puis a terminé le combat avec une frappe au « men ». Quant à ses adversaires, ils ont tous été repoussés par le « ki » et après avoir subi le « sémé » de Me Narazaki, ils ont fini par recevoir une frappe au « men ». Ils disent tous qu'ils savaient que M. Narazaki allait frapper au « men », mais qu'ils ont quand même reçu le coup. Marquer au « men » ou en « tsuki » après avoir mené un « kisémé » jusqu'à la limite est la façon de vaincre la plus difficile à réaliser en kendo.
L'expression suivante souligne, a contrario, la hiérarchie des techniques : « Il n'y a pas de grand adepte qui soit expert en frappe au dô (flanc) ».
La réputation du « men » de Me Narazaki n'est pas récente. Déjà à l'époque où la caméra de 8mm venait d'être commercialisée, le défunt maître Nakano, hanshi 9ème dan, a pris la technique de Me Narazaki comme modèle dans un document destiné à ses étudiants de l'université. Le défunt maître M. Takada, hanshi 8ème dan, disait lui aussi à ses élèves: « Si vous voulez devenir 8ème dan, allez voler le secret de « men » de Narazaki ». Un maître 9ème dan qui assistait à l'examen que M. Narazaki a passé avec son magnifique « men » l'a surnommé « le 8ème dan du men ».
M. Narazaki, hanshi, a aujourd'hui 68 ans, mais il reste très jeune. Cela tient sans doute à l'assiduité de son entraînement : chaque jour il commence par un  jogging tôt le matin pendant une ½ heure ou ¾ d'heure, puis il fait, là où il se trouve, en métro ou en voiture, son exercice des muscles abdominaux ; une respiration abdominale destinée à augmenter la puissance de la vitalité fondamentale (tan-ryoku). Il attache une importance particulière au renforcement du bas du corps, le ventre et les jambes. Cet entraînement repose sur l'idée que la baisse de la condition physique que l'on peut interpréter aussi comme une baisse de l'énergie vitale (ki-ryoku) signifie la fin du kendo.

Document d'archive écrit en septembre 1990
par Kenji Tokitsu - publié dans Bulletin de liaison Shaolin-mon n°10

Bref itinéraire, La fin de la guerre au Japon

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