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L'histoire du karaté 18 : L'évolution du karaté
[3/4] Le « tsumé » dans le combat de « ki »

Ce qu'est le budo et ce qu'il n'est pas.

Qualifier une discipline du budo ou d'autre que budo peut sembler à beaucoup de personnes une simple question de nomination. Mais pour ceux qui cherchent la qualité du budo dans leur pratique, il est indispensable d'établir une distinction. Nous ne pouvons pas aller loin avec la pensée simpliste d'intégrer toutes les disciplines des arts martiaux orientaux au budo. Car si le point de départ est le combat, le budo vise une direction particulière qui déborde de l'idée du sport ou de l'art du combat. Je pense qu'il est utile de s'arrêter, dans une revue spécialisée comme celle-ci, sur certains détails culturels pour capter un peu plus profondément le sens des phénomènes des arts martiaux.

Par exemple, le ninjutsu est un art martial japonais mais ce n'est pas un budo. Il ne s'agit ni de le déprécier, ni d'ouvrir une polémique, mais d'une réalité culturelle dont la connaissance est indispensable si nous voulons nous approcher de la culture japonaise avec un tant soit peu de précision. Si je dis très simplement, le ninjutsu est un art de l'ombre (inn), tandis que le budo est un art qui se compose du versant à l'ombre l'ubac (inn) et du versant ensoleillé l'adret (yang). Le ninjutsu se situait à l'ubac, dissimulé de l'art des samouraïs, c'est pourquoi aussi il échappait au code et à la morale des samouraïs (bushido). L'homme de ninjutsu (ninja) devait être détaché du bushido dans son acte stratégique. Tandis que le samouraï est avant tout celui qui se comporte selon le code et la morale.

Le point de bifurcation.

Après la disparition du pouvoir et des privilèges des samouraïs, le bushido a été intériorisé dans l'esprit du budo, à partir de la fin de XIX° siècle. On n'y cherche pas seulement à vaincre par un geste d'attaque, mais à vaincre surtout lors du combat de ki qui se déroule avant le combat en mouvement. On y rejette de plus en plus la victoire accidentelle, pour chercher la construction perceptive des conditions d'une victoire sûre. Cette recherche particulière au budo conduit naturellement à s'interroger sur la signification intrinsèque de l'acte du combat, qui touche à la question du sens de la vie au travers d'un acte de combat, ce qui nécessite une introspection. En ninjutsu, la situation n'est pas la même, j'y reviendrai dans un autre numéro.

En regardant l'histoire du karaté, nous comprenons pourquoi celui-ci ne s'est pas constitué en qualité du budo, ni en France, ni au Japon. Certains adeptes explorent la direction du budo qui a été amorcée par les premiers maîtres et interrompue par la guerre et d'autres vont vers le sport ou l'art du combat avec un système de compétition. Le point de bifurcation repose sur le fait que la pratique du combat s'appuie ou non sur la notion pratique du « sémé » ou « kisémé » qui dévalorise une victoire au hasard. Il ne repose ni sur la violence, ni sur le sérieux, ni sur les risques avec lesquels on pratique. Cela n'a pas de sens de proclamer qu'on pratique le budo si on ne capte pas cette notion dans la pratique, puisque c'est elle qui est l'élément constitutif du budo et que, sans elle, le budo n'est qu'un mot vide que certaines institutions se croient habilitées à monopoliser à leur usage.

Le « tsumé » dans le combat de « ki ».

Pour aborder le combat de ki, je dois introduire une autre notion venue de l'art du sabre classique. Le mot « tsumé » est une forme nominale de verbe « tsuméru » qui signifie « comprimer », « abréger », « entasser ». Ils s'agit d'un acte de contrôle qui intervient au moment de vaincre l'adversaire, en lui portant un coup du sabre que l'on arrête à la distance la plus raccourcie de son corps, avec la puissance la plus comprimée. Il ne faut pas le confondre avec l'acte d'arrêter simplement un coup du sabre. Il s'agit de construire une victoire en combat de ki, le « kisémé », et le « tsumé » est l'acte ultime par lequel on « comprime » l'attaque pour construire la victoire.

L'usage du terme « kisémé » est historiquement récent ; il s'est répandu avec le kendo qui a été formé à partir de « kenjutsu » ou « gékiken » qui était la pratique du sabre des samouraïs. Tandis que la notion de « tsumé » est celle par laquelle on jugeait depuis les débuts de l'art du sabre, lors des entraînements et des tournois, la qualité du combat sans armure avec un véritable sabre ou un sabre en bois. Ces deux notions recouvrent un même phénomène car le « kisémé » est un processus de combat avec le ki, tandis que le « tsumé » est le résultat de ce processus. Celui qui a été vaincu en « kisémé » reçoit une attaque réalisée avec le « tsumé », il ne s'agit pas d'un coup de sabre fortuit, habilement arrêté juste avant de toucher l'adversaire. Le « tsumé » est l'acte par lequel on assure la victoire en « kisémé ». Il n'y a donc pas de « tsumé » sans « kisémé » et l'issue du combat est sans ambiguïté.


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