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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du karaté 17 : La valeur et le nombre des années
        contrôle pratique en combat de karaté coup protection corps Sawai

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Ces paroles m'ont surpris et j'ai constaté une différence fondamentale entre sa conception du budo et la mienne. Ces propos m'ont été confirmés par un de ses disciples sous la direction duquel j'ai pratiqué durant trois années non pas le taïki-ken, mais un art martial que celui-ci a fondé à partir de son expérience :

« Hier, maître Sawaï a amené ses disciples dans mon dojo où il les a fait combattre contre les meilleurs élèves de l'Ecole. A la même époque, l'année dernière, le champion du Japon de cette école a reçu un tsuki direct et a été mis K.O. avec la mâchoire cassée. Cette année, ils ont décidé de ne pas utiliser de tsuki avec le poing fermé, ils ont tous combattu avec les mains ouvertes mais le combat est littéralement sanglant. Quand l'un des deux tombe, maître Sawaï, excité, crie à celui qui a fait tomber l'autre : « Continue à frapper ! Casse les côtes ! Brise-les ! ». Cela m'a étonné. Regardez, ils ont nettoyé le sol après le combat, mais il y a encore du sang. ». Effectivement j'avais remarqué quelques taches de sang sur le parquet que nous devions nettoyer avant notre entraînement. Le professeur de ce dojo a filmé les combats en vidéocassette et me les a montrés ce soir-là. J'ai été frappé par la manière dont le combat se déroulait, effectivement sans contrôle, ce qui était loin de l'image que je m'en étais faite par mes lectures. Le professeur a dit : « N'est-ce pas comme les combats de coqs ? » D'autres peuvent avoir des appréciations différentes.

Ce qu'on peut rechercher en karaté.

Parmi les adeptes de budo japonais, survivants d'une guerre sanglante, K. Sawaï tenait une place un peu marginale par son art et sa conscience particulière des valeurs. Mais son attitude sincère et passionnée a contribué à redresser celle de certains budokas d'après-guerre au Japon.

Contrairement à K. Sawaï, je trouve que le contrôle en combat de karaté est indispensable dans la perspective d'une pratique de longue durée. D'après le témoignage de mon ami journaliste écrivain, les élèves de K. Sawaï souffrent aussi durant la semaine après avoir effectué des exercices de combat sans contrôle et cela semble freiner la pratique des élèves. Mais je dois dire que je n'ai pas recueilli cette information directement.

J'ai, moi-même, observé quelques autres écoles de karaté et de kempo où l'on pratique le combat sans contrôle, avec ou sans protections. Ce qui me semble concluant est que, lorsqu'on reçoit des coups et des chocs et qu'on pratique sans avoir un temps de récupération suffisant, cela freine et déforme la pratique du combat. On tend alors à créer des règles implicites et des réflexes de blocage automatisés qui donnent une sécurité relative, même si les combattants n'en sont pas conscients. Ainsi les coups donnés sur la protection ne sont-ils pas les mêmes que les coups directs au corps. Par exemple, lorsqu'on utilise des plastrons durs, parfois on se fait mal au pied en portant un keri sur la protection et l'anticipation à cette éventualité déforme la qualité technique. Même lorsque le plastron est relativement souple, on a tendance à valoriser l'efficacité du choc général au corps plutôt que la pénétration ponctuelle de force transmise par le pied, ce qui déforme aussi la technique. La tendance générale est l'invention de techniques de frappe adaptées à l'utilisation d'une protection et les techniques qu'on développe dans ces conditions ne sont pas toujours efficaces sur un corps sans protection. C'est pourquoi les résultats sont inégaux. Ce qui est certain est que ces simulations sont fatalement éloignées de la réalité. Qu'il s'agisse de contrôle ou de protections, il est indispensable d'évaluer avec justesse la distorsion d'avec la réalité du combat.

Lorsqu'on utilise des protections, il est nécessaire de mettre en cause régulièrement, en pratique, cette façon de faire pour éviter une déviation d'avec l'objectif initial. A cette condition seulement l'utilisation des protections me semble être utile et efficace.

Le contrôle et l'efficacité.

Le contrôle de la frappe est souvent mal compris. Arrêter un coup avant que celui-ci n'atteigne le corps de l'adversaire est la conception la plus répandue du contrôle. L'idée qui justifie cette façon de faire est de concentrer une force suffisante dans un coup de poing ou de pied et d'arrêter juste avant d'atteindre la cible. Mais en réalité, cette forme de contrôle n'est pas toujours réalisée. Il arrive très souvent qu'un coup insuffisant soit confondu avec un coup arrêté. Avec les parades qu'on utilise habituellement en karaté, on confond souvent avec le geste de parade efficace effectué avant l'arrêt par contrôle du coup, le geste effectué après cet arrêt au moment où l'autre commence à retirer le poing. C'est ainsi que, dans cette forme de karaté, les techniques et la conscience des parades sont insuffisamment développées.

Document d'archive écrit en 08/02/90
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

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