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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du karaté 16 : vers le combat de ki en karaté
        personnalité du maître karaté exemple d'exercices projeté phénomène du ki

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Le rebondissement devint de plus en plus explosif au fur et à mesure que les élèves accumulaient le « ki ». Et un jour, lorsqu'un élève a fait avec le maître l'exercice de pousser, il est tombé en poussant un cri, sans que le maître le touche. Le maître et l'élève ont été tout les deux surpris et ont immédiatement interprété ce phénomène comme un effet du « ki » du maître. L'interprétation est pour les élèves réelle, irréfutable. Quelque temps après, les autres commencèrent à faire de même. Puis, un jour, le maître a fait mettre une dizaine de ses élèves l'un derrière l'autre. Lorsqu'il lance son « ki » au premier, les dix tombent un même temps. Cette démonstration est même passée à plusieurs reprises à la télévision japonaise et différents journaux ont parlé de cette école.

Mais certains élèves nouveaux ne sont pas projetés à distance, ni d'une façon explosive. On explique alors : « Vous n'avez pas assez de « ki » ou n'avez pas encore accumulé suffisamment de « ki », si vous exercez plusieurs mois sous ma direction, vous pourrez commencer à ressentir une manifestation irrésistible du « ki ».».

Personnellement, j'ai fait nombreuses fois les exercices avec ce maître et ai constaté sa grande puissance mais je n'ai jamais réussi à être projeté comme le faisaient la plupart des autres élèves, ni d'une façon éclatante, ni à distance. Je manquais peut-être de « ki ».

Un autre exemple n'est pas moins spectaculaire, mais n'a pas eu un développement similaire. Mon ami T. a fondé son école d'étude de l'énergie corporelle à partir de ses expériences de différents arts martiaux. Il arrive au cours de l'exercice où ses élèves soint projetés sans qu'il ne les touche. Les phénomènes sont quasiment les mêmes que dans l'exemple précédent. Mais T. ne prétend nullement qu'il s'agisse d'un art martial, ni d'un aboutissement de son art, ni avoir acquis un « ki » extraordinaire. Il dit simplement que c'est là une des manifestations de l'énergie universelle qui est présente en chacun de nous. Il poursuit ses recherches sur le corps et l'enseignement dans un cadre moins spectaculaire. Et, lors de nos rencontres, j'apprends de lui différentes choses et je constate sa grande sensibilité et sa maîtrise du corps. Nous avons essayé de voir si je serai projeté sans qu'il me touche mais rien ne s'est produit.

Le maître gourou ou le maître formateur.

Comparativement au premier exemple où une affaire mercantile très développée s'est constituée parce que le phénomène du « ki », interprété comme la possession d'un pouvoir surhumain, a causé une forme d'engouement chez les élèves, dans le second exemple, la démarche est plus sobre et progressive.

Dans ces différences, la personnalité du maître et son goût pour le vedettariat jouent un rôle décisif. S'il est doté d'une personnalité qui se plait à élargir son image et son charisme, en association avec la rentabilité économique, il ira vers une expansion sans frein. L'idée de « ki » lui sert alors de support et tend à être placée comme une lumière divine. Dans le premier exemple, Me N. va jusqu'à dire : « Probablement la sensation du « ki » que j'ai obtenue ressemble à l'intuition qu'a eue Jésus-Christ. »

Par contre, si la personnalité du maître le porte à ressentir une gêne lorsque l'image charismatique créée s'écarte de ce qu'il est, il ne pourra pas accepter que l'idée du « ki » dépasse la réalité. Il ne pourra pas faire autrement que s'imposer de remettre les choses en place pour avoir avec ses élèves un rapport moins illusoire.

Dans certains arts martiaux, lorsque l'élève anticipe les mouvements du maître et que cette réaction est valorisée comme un avancement dans la pratique, le phénomène de concordance s'intensifie. Dans certains exercices, avant même que son adversaire n'ait esquissé une parade, celui qui attaque commence non seulement à se laisser prendre le poignet, mais déjà à se préparer à être projeté. Plus la synchronisation est valorisée, plus ce type d'anticipation se renforce. C'est pourquoi plus on progresse, plus le déroulement des exercices devient aisé et sans heurt, plus la démonstration appréciée des amateurs d'arts martiaux « spirituels » devient spectaculaire et magnifique.

Document d'archive écrit en 05/01/90
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

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