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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du karaté 16 : vers le combat de ki en karaté
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Entre des personnes proches, une communication est possible avec des signes subtils que les autres ne remarquent guère. Si l'entraînement consiste à renforcer l'acuité réciproque d'une communication sous forme d'attaque et de riposte, en anticipant les mouvements de l'un et de l'autre, le combat se déroulera sans heurts et l'effet deviendra spectaculaire, puisque les forces y collaborent pour produire une harmonie en s'additionnant. L'effet sera d'autant plus spectaculaire que les participants seront nombreux, surtout si le maître occupe la place centrale. Il est tout à fait possible que les élèves se fassent projeter dès que le maître les effleure, ou même sans qu'il ne les touche. Et chacun sera persuadé qu'il est projeté par le « ki » du maître. Cette conviction demeurera aussi longtemps que le groupe ne sera pas confronté à des personnes venues de l'extérieur, en particulier d'autres disciplines sur lesquelles le « ki » n'aura pas le même impact. Il faut encore comprendre que l'effet de « ki » est le résultat de la synchronisation des efforts du groupe, au lieu de penser que les nouveaux venus manquent de « ki ». Dans l'acception japonaise du mot « ki », dont l'usage déborde largement le domaine du budo, on peut dire que les « ki » ne concordent pas.

L'action réciproque peut aussi se manifester à distance. Un maître et ses élèves se trouvent dans un espace où ils créent une synchronisation physique et psychique, par des cadences gestuelles et respiratoires où interviennent parfois le son, chaque personne devient alors extrêmement sensible à la présence de l'autre. Cette intensité va augmenter jusqu'au doublement de l'autre sur soi-même, lorsque la conscience de la distance de séparation disparaît. Il n'y a plus ni moi, ni l'autre. Dans cette situation de fusion intense, la communication s'effectue parfois à distance en répondant avec acuité à l'action de la personne qui prend l'initiative. Pour créer une telle situation, sont généralement employées des gestuelles associés au son qui mènent jusqu'à l'oubli de soi, voire à une forme d'extase. Des phénomènes similaires se rencontrent dans les rites religieux où les symptômes de ces réactions particulières sont vécus par les croyants comme une manifestation et une preuve de la valeur de leur croyance. La réaction physique convulsive, dramatique permet de canaliser une énergie psychophysiologique considérable et aide souvent à retrouver un meilleur équilibre psychique et physique, ou même à améliorer la santé ou guérir une maladie. Et tout ceci est considéré comme un effet du pouvoir du maître ou du gourou.

Dans certaines disciplines des arts martiaux, des phénomènes similaires sont vécus sous forme technique et même supra technique. La conviction d'efficacité et de valeur se renforce et devient inébranlable chez les adeptes. L'unité et la fusion internes sont maintenues et protégées par l'homogénéité du groupe qui gravite autour d'un maître gourou. Une personne qui introduit un autre point de vue sera rapidement évacuée comme élément perturbateur ou s'évacuera d'elle-même.

Deux exemples.

Un phénomène a récemment fait l'objet de discussions au Japon. Il s'agit d'un maître capable de projeter une personne sans la toucher. Je connais bien cette école car j'y ai participé pendant ses quatre premières années, en retournant au Japon, à plusieurs reprises. Voici ce qui s'est passé et mon analyse. Le maître N., ancien disciple de K. Sawaï, âgé de 63 ans, a une puissance physique manifeste. Dans les débuts de l'école, lorsqu'on le poussait dans l'exercice de « tui-shu » ou de « sui-shu » où les deux adversaires exercent une pression au niveau de l'avant-bras et du poignet, tous les élèves étaient repoussés et personne n'était capable de le faire bouger. Puis, petit à petit, lorsque le maître poussait les élèves, certains commencèrent à tomber, non pas à tomber comme lorsqu'on est poussé, mais à tomber d'une façon éclatante, tout d'un coup. Le maître nous dit alors : « C'est une manifestation du « ki ». Puisque tu as accumulé le « ki », tu tombes avec un éclatement de « ki ». Plus vous accumulez de « ki », plus la façon de tomber devient explosive lorsque je vous repousse avec mon « ki ». S'il n'y a pas de « ki », on ne s'envole pas de cette façon. ». A partir de ce moment, lorsque maître poussait, d'autres élèves commencèrent aussi à rebondir. Le maître disait alors : « Ton « ki » a augmenté. ».

Document d'archive écrit en 05/01/90
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

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