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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du karaté 16 : vers le combat de ki en karaté
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L'histoire du karaté n° 16 : Vers le combat de « ki » en karaté

En karaté, lorsqu'on parle de la subtilité technique en combat, on pense qu'il s'agit de différentes techniques du corps avec des feintes et des déplacements qui causent chez l'adversaire des perturbations facilitant la réussite d'une attaque.

Cette attitude est qualitativement différente du « sémé » et encore plus du « kisémé » qui ont pour but de construire une base assurée pour porter un coup décisif qui résonne l'esprit de l'adversaire, ce qui tend à exclure les coups portés par hasard ou accident. L'objectif est d'atteindre et de saper ce qui fait tenir toutes les techniques et le corps même de l'adversaire : le ki.

La notion japonaise de ki.

En langue japonaise, la notion de « ki » recouvre un domaine vaste. En un premier sens, elle désigne certaines impressions et aussi la volonté. Une réaction ou une attitude intuitive ou volontaire envers le monde extérieur sont aussi souvent associées avec le terme « ki ». Dans cette acception, le terme est assez imprécis, mais n'a pas de connotation mystique. La notion « ki » s'étend aussi à l'énergie physique, à l'énergie interpersonnelle et cosmique et, par là, ouvre à des interprétations mystiques.

Il en est de même dans la pratique du budo. Le « ki » désigne le fait de ressentir notre propre force ou volonté et celles de l'autre. Toutes les sensations que l'on peut qualifier d' « impression » sont exprimées par le mot « ki ». On considère qu'une sensation imprécise, mais qui vous donne l'occasion d'un acte, relève du « ki ». En effet, en japonais, l'équivalent de l'expression : « j'ai l'impression de ... » se dit : « j'ai le ki de ... ». En ce sens, toutes les sensations que vous vivez au cours du combat sont des phénomènes de « ki ».

Dans certaines disciplines ou écoles d'arts martiaux, les phénomènes de « ki » s'étendent jusqu'à une pratique mystique. L'idée du « ki » y commence à avancer toute seule. En obtenant le « ki », tout semble devenir possible. Le « ki » devient l'acteur principal de la parapsychologie en art martial. Certains vont jusqu'à dire que si on capte le « ki », on peut projeter une personne sans la toucher, on peut la frapper à distance comme un pistolet. Le « ki » devient un diamant divin qu'on doit espérer avoir un jour sans jamais pouvoir le toucher. J'ai personnellement assisté à un certain nombre de phénomènes du type de ceux que l'on attribue au « ki ».

Les phénomènes d'empathie à distance.

Lorsqu'une personne, en face de vous, s'efforce d'anticiper votre acte et cherche à s'accorder avec vous, et que vous faites de même envers elle, un phénomène d'empathie à distance se manifeste d'une façon ou d'une autre. Ce phénomène peut devenir spectaculaire, lorsque l'un et l'autre s'y entraînent en renforçant la sensation de fusion. Si vous effectuez cela en art martial, votre adversaire n'est plus un adversaire mais un partenaire qui, au lieu de s'opposer à vous, concorde avec vous sous une forme technique. Cette pratique peut avoir un effet thérapeutique en dissolvant les tensions psychiques et physiques et aussi en sublimant une violence que les hommes modernes redoutent.

En s'appuyant sur l'empathie, on peut constituer un cercle où la fusion est importante par la qualité même de la pratique aux consonances un peu mystiques. Même si on emploie alors les mouvements et les techniques des arts martiaux, il faut bien faire la différence avec le budo pour ne pas perdre la vision et l'objectif de chacune des pratiques. Je considère que les disciplines qui s'appuient sur les phénomènes d'empathie sont une extension du budo et qu'elles proposent un nouveau domaine de pratique corporelle qui mérite une exploration particulière. Mais ces disciplines ne se situent pas dans l'objectif central du budo. Dans l'état actuel, les deux sont confondus, ce qui contribue à rendre encore plus ambiguë l'image du budo qui va du simple sport de combat à des pratiques mystiques.

Document d'archive écrit en 05/01/90
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

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