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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du karaté 15 : Critique du Kendo
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L'histoire du karaté n° 15 : Critique du Kendo

Jusqu'ici, j'ai largement traité des aspects positifs du kendo mais, en réalité, ce ne sont pas les seuls aspects. Pour être objectif, je vais amorcer quelques critiques sur le kendo.

Il faut préciser que, si je me réfère au kendo pour réfléchir au problème du karaté, ce n'est pas pour autant que j'idéalise le kendo en dévalorisant le karaté. Il me semble important de constater précisément ce qui nous manque, si nous voulons l'acquérir. Si nous voulons vraiment chercher la qualité et la valeur du budo, il ne s'agit pas d'être sectaire en disant : je suis un karatéka ou je suis un kendoka et il me suffit de faire ce qui est dans mon domaine. Si le karatéka peut apprendre beaucoup du kendo, le kendoka aussi peut apprendre du karaté ou d'autres disciplines. Personnellement, c'est dans ce sens que je pratique, autour de mon karaté, les autres disciplines du budo. Avant d'aborder la suite de cette réflexion, il faut être conscient de ce qui fait problème dans le kendo « contemporain ».

 

Un bref regard critique sur les techniques du kendo.

L'utilisation des armures de protection et du shinaï facilite la pratique du kendo à long terme. Il faut souligner aussi que la limitation stricte des techniques facilite la pratique jusqu'à un âge avancé. En kendo, on n'attaque que la tête (men), la gorge (tsuki), le flanc (dô) et le poignet (koté). On approfondit la qualité du combat, comme nous avons vu précédemment, dans ce cadre limité. Autrement dit, ce cadre technique et matériel a été instauré originellement pour faciliter l'approfondissement et l'acuité des techniques essentielles. Par exemple, au lieu de vaincre l'adversaire en l'affaiblissant avec différentes techniques afin de lui porter un coup décisif à un moment donné, on cherche directement un seul coup qui soit décisif. Cette attitude ira, comme nous l'avons vu, jusqu'à rechercher à donner un coup qui fasse s'effondrer l'esprit de l'adversaire et même à faire s'effondrer son esprit sans avoir à porter le coup.

L'aspect négatif du kendo est que ce cadre pratique, formé originellement pour favoriser l'approfondissement, a fini par dévier le sens originel du budo.

Par exemple :

- vous évitez un coup porté sur la tête en penchant la tête, le shinaï de l'adversaire frappe alors le cou ou l'épaule, mais vous pouvez frapper presque simultanément le poignet (koté) droit de l'adversaire. Ainsi vous marquez un point. Cette technique est très souvent utilisée.

- Les attaques visant à transpercer le corps sont limités à la gorge (tsuki) et l'attaque à la poitrine n'est admise que lorsque l'adversaire prend une garde jôdan en brandissant son shinaï au-dessus de sa tête. Originellement, la technique de tsuki a été limitée à la gorge, avec l'idée que si on est capable de l'atteindre, on pourra facilement atteindre toute autre partie du corps. Mais cette attitude a engendré une négligence quasi totale de la part de celui qui se défend contre les tsuki à d'autres parties du corps, puisque l'adversaire ne portera jamais un tsuki ailleurs qu'à la gorge.

- En kendo la posture est importante. Mais avec la position recommandée, il est difficile de parer une attaque au tibia ; or, celles-ci étaient effectives lors des combats à l'époque des samouraïs. Aujourd'hui, comme on ne risque pas qu'un adversaire vise le tibia, la conscience de parade ou défense est absente, sauf contre le naginata. La même attitude peut être constatée en karaté où l'attaque et la défense des tibias, des genoux, des parties sexuelles qui étaient importants dans le karaté classique sont laissées de côté dans le karaté sportif et la plupart des karatékas d'aujourd'hui ignorent ces techniques.

- En kendo moderne, on ne pratique pas beaucoup les techniques de collision (taîatari) et de projection qui étaient des techniques importantes du kendo d'avant-guerre. Pour pouvoir continuer les entraînements, un adepte devait donc maîtriser ces techniques, ce qui préparait une base pour le combat à main nue.

- A force de valoriser une touche rapide, on a tendance à frapper en allongeant le bras de façon à percer et non pas à pourfendre, ce qui creuse un fossé entre la pratique classique du sabre (kobudô) et le kendo moderne.

- Les kendokas s'exercent avec le sabre en bois (bokken) aux kata de kendo par lesquels ils apprennent les techniques classiques du sabre. Mais les techniques et la manière enseignées dans les kata n'ont rien à voir avec la façon dont ils pratiquent le kendo avec le shinaï. La part qu'occupe la pratique des kata est minime par rapport à la pratique avec le shinaï. Parfois on a l'impression que le kata n'existe que pour assurer au kendo une liaison avec la tradition du sabre, tandis que le kendo s'en écarte de plus en plus.

Document d'archive écrit en 06/12/1989
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

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