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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du budo
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L'histoire du karaté n° 21 : L'histoire du budo

Jusqu'ici, j'ai développé ma pensée sur le karaté avec lequel je parcours la voie du budo. Je présente ici deux brèves remarques qui seront à la fois la conclusion d'une phase et une perspective pour continuer notre voyage dans l'histoire du budo.

Tout d'abord à propos de la pratique du combat : si l'on approfondit le karaté dans la direction du budo, la pratique du combat doit être réexaminée du point de vue du « sémé » et du « kisémé ». Ceux-ci sont en dernière analyse le fondement du travail du kata, car le kata est un moyen efficace et nécessaire pour réaliser un combat qui se déroule au niveau du ki. C'est en ce sens qu'a été formulé l'idéal d'un karaté « sans coup de poing et sans coup de pied », qui est le même que l'idéal de « l'art du sabre sans sabre ». Parallèlement, dans certaines écoles de boxe chinoise existe aussi une tendance vers « la boxe sans poing ». Dans cette image idéale, le combat central se déroule au niveau du ki et l'issue peut être déterminée sans utiliser d'attaque gestuelle, c'est cela précisément le « kisémé ». C'est un idéal très éloigné, bien entendu, mais il faut savoir que le travail du kata vise ce type d'idéal du budo. Si le kata est important, c'est parce qu'en plus des moyens de formation qu'on lui reconnaît habituellement, il contient les éléments essentiels qui nous permettent d'avancer et de parvenir à cet objectif. Faire un kata n'est donc pas un objectif en soi. Le kata nous fournît les éléments techniques permettant de se défendre et, plus que cela, de combattre avec efficacité ce qui revient au combat avec le « kisémé ».

Le kisémé et le kata

De ce point de vue, on peut discerner les bons et les mauvais kata et savoir quel kata est susceptible de répondre à la préparation du combat en « kisémé ». Mais, en réalité, un grand nombre de kata ne permettent même pas d'application au combat et si l'on n'invente pas des gestes auxiliaires qui permettent de justifier la logique du kata en combat, leur « bunkai » est difficile, voire impossible. Car il s'agit souvent de kata déformés par les processus de transmission. Cependant les élèves n'ont ni choix, ni qualité, car l'apprentissage consiste généralement à accepter « la forme » comme une donnée à priori.

Je comprends mal pourquoi, alors que l'esprit français est connu pour sa rationalité, un si grand nombre de personnes continuent à pratiquer sans avoir l'air de se poser tellement de questions sur les kata qui ont perdu leur sens. Quand il s'agissait du karaté d'il y a 20 ans, c'était normal car il n'y avait que peu d'éléments de connaissance, mais aujourd'hui, si nous ouvrons les yeux et l'esprit, il y a tant d'éléments d'étude et de comparaisons. Toutefois ce travail demande des études et une recherche systématique qui sont une charge très lourde pour une personne. Une institution qui prend en charge un art doit avoir une fonction de recherche qualitative et une fonction administrative. Mais, en France, y a-t-il un équilibre entre les deux, pour le karaté ?

En tout cas, nous savons tous que relier les kata et le combat fait difficulté pour les karatékas. C'est la notion de « kisémé » qui permet d'intégrer le kata et le combat en karaté. Même si elle n'était pas formulée de façon claire dans la pratique ancienne du karaté, il apparaît clairement que c'est elle qui était recherchée lorsqu'on étudie les textes et les documents sur la pratique des anciens maîtres. Cette préoccupation dominante a été perdue au cours de la diffusion très rapide et de l'institutionnalisation du karaté qui ont renforcé la carapace au détriment du contenu.

Document d'archive écrit en 09/05/90
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

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