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Articles de K. Tokitsu
    L'histoire du budo  : Réflexion sur l'exercice au makiwara
        makiwara l'efficacité du tsuki de karaté frappe efficace au poing

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Mais, du fait même d'augmenter la surface de contact, les cals diminuent partiellement l'efficacité de la frappe contre le corps vivant. Porté avec la même force, il est évident que le coup d'un petit poing osseux fait plus mal que celui d'un gros poing plat.

L'efficacité de l'exercice au makiwara tient au renforcement musculaire et à la coordination de la force au moment de la frappe. Ceux-ci s'acquièrent par la répétition. Le makiwara n'est pas le seul moyen de parvenir à ce résultat, mais avec les cals l'accumulation devient visible et ceux-ci représentent souvent une marque du karatéka.

Même si on peut casser les choses « comme » avec un marteau, la main humaine ne devient jamais aussi dure que le fer. Ici intervient une illusion. Par exemple, si vous lassez tomber un marteau de 30 cm au-dessus de la tête, la douleur et le choc ne seront pas négligeables, mais si vous laissez tomber simplement la main « comme un marteau », vous ne ferez jamais aussi mal. Une chute de 30 cm d'un marteau sera suffisante pour casser une bouteille mais aucune main dure « comme le fer » ne cassera une bouteille si on la laisse simplement chuter comme un objet inerte. De plus, nous l'avons vu avec l'exemple de la casse des bouteilles, l'efficacité de l'exercice de casse n'est pas directement transposable en combat.

  • Une expérience sur l'efficacité.

Je vais citer un exemple, la réflexion d'un adepte qui me semble être suffisamment importante pour notre propos. Partir des réflexions et des expériences de nos prédécesseurs n'est-il pas une condition du progrès ? Le défunt maître S. Egami écrit dans son ouvrage, « Karaté-do pour les spécialistes » (Ed. Rakuten-kaî, Tokyo, 1970) :

« Depuis que j'ai été initié au karaté, je me suis exercé au makiwara durant 25 années, plus que les autres adeptes. Je ne pouvais pas me passer de makiwara quelques soient mes conditions de vie car je considérais, à l'époque, que le makiwara était la compagne de ma vie... »

L'objectif de S. Egami était de trouver une véritable efficacité :

« Depuis longtemps, je suis tourmenté par une question : le tsuki du karaté est-il vraiment efficace ? Quelle est l'efficacité de tsuki (coup de poing) ? Comment peut-on y parvenir ? Je voulais savoir si mon tsuki était réellement efficace mais je ne pouvais pas l'essayer contre quelqu'un. J'ai fini par décider d'examiner l'efficacité du tsuki en me faisant frapper par des personnes qui venaient de différentes disciplines. Je me suis fait frapper au ventre et au plexus solaire par des karatékas et par des personnes qui venaient du judo, du kendo, de la boxe anglaise et d'ailleurs. Jusqu'à aujourd'hui le nombre de coups que j'ai reçu atteint plusieurs dizaines de milliers. »

« On nous avait inculqué que le makiwara est indispensable pour le karaté. Mais j'en doute. Je n'ai jamais encore entendu l'histoire du makiwara. Il y a une trentaine d'années, lorsque je suis allé à Okinawa, j'y ai vu les exercices au makiwara. Mais ce n'était pas le makiwara qu'on a l'habitude de voir. Ils étaient formés de planches très souples avec les pailles molles. Ils n'opposaient presque pas de résistance au poing. Il m'a semblé qu'on les utilisait principalement pour contrôler la direction de la frappe. Je pense que c'était aussi l'objectif du makiwara.

J'ai rencontré quelques fois des karatékas dont la peau des poings était devenue comme le dessous du pied avec des cals noirs. C'était impressionnant à voir mais, en recevant leurs coups sur mon ventre, je n'ai pas ressenti leur efficacité. »

Ainsi il mène sa recherche en recevant des coups sur le ventre et arrive à établir une certaine statistique et à conclure.

« La conclusion est catastrophique car il s'est avéré que la frappe des karatékas était la moins efficace. J'ai dû constater que plus la personne persévérait en karaté, moins efficace était son tsuki. La plus efficace était la frappe du boxeur. Et ce qui m'a étonné le plus était que la frappe d'une personne qui n'avait jamais pratiqué d'art martial était très percutante. Cette constatation m'a choqué. Qu'est-ce que cela veut dire ? Pourquoi ? J'ai dû repartir dans une nouvelle recherche pour trouver l'efficacité.

« J'ai compris qu'une illusion existe en karaté : on confond l'efficacité avec le durcissement du corps. Or durcir revient à stopper un mouvement. J'ai commencé alors à assouplir mon corps que j'avais persévéré à durcir jusqu'alors.... Après une recherche poussée jusqu'à la limite, je suis parvenu à former mon poing différemment de ce que je faisais auparavant. Il fallait changer la forme et avec la nouvelle forme du poing il devenait impossible de faire des exercices au makiwara. C'est ainsi que, vers 1957 ou 58, j'ai renoncé complètement au makiwara. »

Ne sont-elles pas étonnantes ces paroles de S. Egami. Certains karatékas seront même choqués, n'est-ce pas ? Mais l'exemple de S. Egami est instructif pour comprendre le paradoxe de l'efficacité du tsuki. Comme il l'affirme : « La frappe des karatékas était la moins efficace et plus la personne persévérait en karaté, moins efficace était son tsuki. ». Il l'explique parce qu'en durcissant le corps, on empêche le mouvement de quelque chose d'essentiel, mais il ne va pas plus loin dans son ouvrage. Il me semble nécessaire d'approfondir davantage ce point.

Document d'archive écrit en 07/08/90
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

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