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Le budo par-delà les barrières culturelles
[2/11] Le budo : la voie martiale

Qu'est-ce que le budo ?

J'ai parlé du budo mais qu'est le budo ? Contrairement à son image vulgarisée, le budo n'est pas une reprise directe de la pratique guerrière des arts martiaux. C'est une conception moderne qui vise une formation globale de l'homme, intellectuelle et physique, à travers les disciplines traditionnelles de combat. Le budo est un terme général qui recouvre l'ensemble de ces disciplines.

Au Japon, lorsqu'on discute de l'esprit de la pratique du kendo, du judo ou du karaté, on utilise souvent l'expression « en tant que ». Par exemple, le kendo « en tant que » sport de compétition ou le kendo « en tant que » budo.

Le budo évoque des images de sérieux, de sévérité, de rituel, de respect envers les anciens et le maître, de méditation silencieuse... Par ces images, le budo donne l'impression d'une pratique conservatrice et d'une attitude austère. Le dojo évoque l'image sereine d'un espace sombre, au parquet lisse, et elle s'oppose à celle du sport sous la lumière éclatante d'un gymnase ou du plein air. En effet, lorsqu'on dit sport, l'image est plus libre et en quelque sorte plus ensoleillée.

Au Japon, lorsqu'on parle de budo à propos du karaté, il s'agit tantôt d'une pratique dure dans laquelle on n'évite pas les combats au « K.O. », tantôt d'une pratique austère qui s'écarte de l'idée de compétition. Certains y associent un entraînement ascétique en montagne. L'affrontement à la violence y est caractéristique.

Dans d'autres disciplines comme le tir à l'arc, on insiste sur l'aspect spirituel et l'harmonie dans la pratique cérémonielle à tel point que l'idée du combat est exclue.

Il existe donc, au Japon, une tendance à définir le budo par son aspect d'austérité et de dureté. Mais c'est une définition plus émotionnelle que théorique qui ne peut pas nous mener loin. En ce qui concerne la sévérité et la dureté des risques dans la pratique, il existe dans le domaine sportif des disciplines où le risque est beaucoup plus grand, poussé à l'extrême dans l'alpinisme ou les courses en bateaux à voile.

Qu'est-ce alors que le budo ?

 

La notion de do

Il est donc déplacé de définir le budo par ses traits d'austérité et de sévérité, ou par la spiritualité de l'ascétisme. Budo signifie littéralement la voie martiale. Il est nécessaire de réfléchir à la pratique technique d'arts martiaux (bu) en rapport avec la notion de voie (do).

Au Japon, aujourd'hui, la modernité est fortement valorisée et certaines personnes jeunes ont une réaction quasi allergique dès qu'on parle de do. Je pense que la voie n'est ni archaïsme, ni mysticisme. C'est le temps de la vie, depuis la naissance jusqu'à la mort, qui constitue la voie. Elle comporte des pentes ascendantes et descendantes. Chacun parcourt cette voie mais elle ne s'impose pas à la conscience et il est facile de se disperser dans le temps qui passe. A partir du moment où on parle de voie, il y a une direction ou un objectif.

Lorsque, dans ce laps de temps de la vie, on associe à la pratique des arts martiaux une tension vers l'amélioration de soi-même, c'est à dire de la personne dans sa totalité, l'idée de budo naît. L'idée d'amélioration de soi est présente dans toutes les cultures. Pourtant ce qu'entendent par là les Japonais me semble être très différent de ce qu'entendent les Européens. Mais, masquée par l'idée de progression, la différence n'apparaît pas au premier abord. Si un Occidental veut pratiquer le budo à part entière, un des problèmes les plus importants me semble être la mise en pratique de la conception de la voie (do).

 

Il va de soi que la question du budo ne se pose pas dans les mêmes termes pour les Japonais et pour les Occidentaux. La compréhension mutuelle doit surmonter un certain nombre de problèmes que je vais essayer de préciser.


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