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Le budo par-delà les barrières culturelles
[4/11] La réalisation du budo conçu d'une manière planétaire

Le problème du budo pour des adeptes étrangers

Maintenant nous allons voir quelques problèmes que risquent de rencontrer les adeptes étrangers, en particulier occidentaux.

La voie (do) pour les Japonais concerne toute la durée de la vie. La notion du budo comporte une tension vers l'amélioration de soi-même, c'est-à-dire de la personne dans sa totalité à travers la pratique martiale. Cette expression est compréhensible pour les Occidentaux mais ils ne lui donnent pas le même sens que les Japonais.

La manière de hausser la qualité humaine par la pratique du budo procède, nous l'avons vu, des conceptions bouddhiste et shintoïste. Les hommes peuvent atteindre l'état de Bouddha, état divin, et peuvent se confondre avec un dieu d'un sanctuaire. Nous pouvons citer, par exemple, le sanctuaire Hayashizaki-Jinja où le fondateur de l'école d'Iaï, Hayashizaki Jinsuke-Shigenobu, est vénéré comme dieu d'iaï. Il existe un grand nombre de sanctuaires qui vénèrent une personne comme dieu. Cette pensée présuppose qu'un homme peut, par ses efforts, parvenir à un état de perfection dans son existence.

Chaque être humain a la possibilité, en élevant sa valeur humaine, de changer la qualité de son être, d'atteindre une valeur qui se confond avec une forme de l'absolu. La différence est manifeste avec la culture chrétienne où la distance entre l'homme et Dieu est infranchissable.

Le discours philosophique et l'éthique des arts martiaux japonais ou du budo sont basés fondamentalement sur la conception bouddhique et shintoïste du monde et de l'univers dans laquelle il n'y a pas d'absolu puisque rien n'existe sans être relatif aux autres. L'univers n'est pas fondé sur le concept du Dieu-absolu. Je connais quelques maîtres japonais d'arts martiaux qui sont chrétiens. Si leur foi est chrétienne, cela ne les empêche pas d'être sensibles à l'énergie universelle à la manière shintoïste et bouddhiste.

Appuyée sur cette conception du monde et cette forme de sensibilité, l'idée de l'auto-formation est centrale dans le budo. La développer dans la perspective d'autres cultures serait d'une certaine façon prolonger la générosité de la logique du bouddhisme, donner naissance à une oeuvre en s'effaçant soi-même. Chaque homme y est présupposé capable d'aspirer à aller vers la perfection en marchant dans la voie.

Certains chercheurs occidentaux définissent le budo, en relevant des traits communs à des disciplines d'arts martiaux d'origines diverses. Mais la particularité fondamentale du budo consiste plutôt dans la conception d'une formation de l'homme que dans la particularité gestuelle des disciplines.

 

De cette manière, la pratique du budo conduit les adeptes occidentaux, comme les maîtres japonais, à une certaine forme de mise en cause de leur façon d'être. Il ne s'agit pas pour les Occidentaux de jouer le japonisme. Certains Européens semblent vivre d'une manière plus japonaise que les Japonais. Je pense qu'il ne faut pas ainsi perdre ou rendre ambiguë son identité mais, au contraire, il faut renforcer sa propre identité en vivant intensément, ici et maintenant, à chaque instant.

 

Accéder à la réalisation du budo conçu d'une manière planétaire soulève de ce point de vue une problématique de la différenciation.

Je pense que c'est là la difficulté fondamentale pour les adeptes du budo.


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