sante et longevite, age formation developpement personnel et efficacite performance
découvrir     proche de chez vous


 
Articles de K. Tokitsu
    La tradition des arts martiaux et la productivité japonaise
        judo jiu jitsu maître Kano technique formation voie pratique Japon

productivité japonaise société féodale arts martiaux vie travail tradition capitalismevoie guerrier arts tradition famille Kano mort l'ordre vie

Le judo, produit de la période de transition vers le capitalisme

 

Le judo apparaît au début de l'industrialisation du Japon. Reprenant à son compte certains éléments de la tradition, cette pratique se présente comme une méthode de formation globale de l'homme. Mais loin de la contrecarrer, elle encourage au contraire l'affirmation de l'homme nouveau dont a besoin le capitalisme naissant. En cela, indéniablement moderne, le judo connaît d'ailleurs d'emblée un succès notable qui ne s'est pas démenti depuis et qui montre qu'il répondait à un besoin profond de la société.

 

Conçu comme une pédagogie, le judo exprime ses objectifs sous une forme codifiée qui fait clairement ressortir en quoi il prolonge la période précédente et ce par quoi il s'en démarque. C'est donc un abrégé de tendances diffuses dans la société de l'époque qui nous renseigne à la fois sur l'idéologie et les rapports sociaux au moment de la formation du capitalisme au Japon.

 

Nous allons voir dans la suite du texte comment, en créant avec le judo « la voie de la souplesse », Jigoro Kano s'inspire en la transformant de la notion de voie (do) issue de la culture des bushi pour proposer une formation qui corresponde au nouvelles conditions sociales du Japon, cependant que le judo perpétue la pratique et la conception de la technique et de l'action constituées pendant la période féodale où la technique et la personne qui la met en oeuvre ne font qu'un. Ces modèles pré-capitalistes de la technique et de l'action se sont également perpétués jusqu'à aujourd'hui dans les gestes de la vie quotidienne. De nos jours, ils continuent d'être transmis à travers les arts martiaux et l'ensemble des arts traditionnels mais, de plus, ils ont imprégné la pratique des activités nouvellement introduite au Japon.

 

Cependant, il existe incontestablement un décalage entre ces modèles et les conditions actuelles de la production. Comment celui-ci se manifeste-t-il ?

 

La création du judo

 

Le judo a été créé par Jigoro Kano à partir de sa pratique du jiu-iitsu. La création du judo est associée à la fondation de son école privée Kodokan (littéralement, maison où la voie est enseignée) en 1882, 15 ans après la fin de l'ère Edo et les débuts de la modernisation du Japon. J. Kano n'était pas fils de bushi mais de commerçant ; de petite taille (à peine 1,60 m), c'est à la suite d'affrontements avec ses condisciples à l'école, qu'il décida d'apprendre le jiu-jitsu pour se défendre car cet art martial avait la réputation de permettre de vaincre plus grand et plus fort que soi. Le jiu-jitsu était un des arts martiaux traditionnellement enseignés dans la classe des guerriers, l'art du combat à main nue.

 

A l'époque, à la suite de l'abolition des ordres féodaux et des privilèges des guerriers, les arts martiaux étaient déconsidérés et J. Kano eut beaucoup de peine à trouver un maître. Il commença enfin à travailler le jiu-jitsu à 17 ans, à son entrée à l'université.

 

Pour donner une idée des méthodes de formation traditionnelles et de l'intensité de l'entraînement, nous reprendrons le récit que J. Kano fait de cette période de sa vie. Ainsi, il raconte qu'au cours de l'entraînement, il avait été projeté par son maître et, qu'en se relevant, il lui avait demandé : « Quelle est cette technique ? ». « Viens encore » dit le maître en le projetant une nouvelle fois, alors Kano lui demanda : « Dans cette technique, quelles sont les mouvements des mains et des pieds ? ». Le maître répondit : « Viens » et le projeta à nouveau. Il demanda alors : « Comment faites-vous cela ? ». « De toute façon, tu ne peux pas comprendre mes explications. Seule la répétition t'apprendra. Viens donc ». Et son maître continua à le projeter. On le surnommait alors à l'université « Kano les bandages » car il avait les bras et les genoux couverts de pansements.

 

Il suivit pendant deux ans l'enseignement de maître Fukuda jusqu'à la mort de celui-ci et c'est à lui que les héritiers remirent les écrits sur le jiu-jitsu conservés dans la famille. J. Kano continua à pratiquer le jiu-jitsu, étudiant par la suite avec un maître d'une école diffèrente.

 

En 1882, ayant achevé ses études, il devient professeur de sciences politiques et économiques à l'université et ouvre à son domicile une école privée qui est, en même temps, la première école de judo (kodokan). Prenant ses distances par rapport au jiu-jitsu, il élabore le judo qu'il définit comme une méthode de formation de la personne qui vie la période moderne à partir de la pratique corporelle.

 

Le jiu-jitsu (littérellement : jitsu - méthode, jiu - souplesse) désignait les méthodes de combat à main nue pratiqué par les bushi pour dominer la force et la détournant par les techniques basées sur le dynamisme et la souplesse. Mais le terme jitsu faisait référence à un champ d'application limité au domaine de l'art martial, alors J. Kano pense à une application universelle de la méthode de la domination par la voie de la souplesse.

 

« J'étais auparavant très coléreux et grâce au jiu-jitsu, au fur et à mesure que mon corps se fortifiait, mon esprit se calma et j'arrivai à me contrôler. Je suis convaincu que nous pouvons appliquer à d'autres aspects de la vie sociale la logique du combat de jiu-jitsu. De plus l'entraînement mental qui accompagne l'entraînement au combat est particulièrement précieux car il peut être appliqué à tous les phénomènes... Le judo que je fonde consiste à découvrir le principe qui fait que l'on perd ou l'on gagne, ce principe comprenant la technique. En suivant la voie (do) de ce principe, on forme une méthode d'entraînement de l'esprit. C'est pourquoi je l'appelle judo, jiu (souplesse) signifiant ne pas résister à la force de l'adversaire et éviter l'impact en se servant de la force de l'adversaire. ». J. Kano ne précise pas le sens du mot « do » qui allait de soi dans la société japonaise de cette époque.

Document d'archive écrit en janvier 1983
par Kenji Tokitsu - publié dans Critique n°428-429 - Revue générale des publications françaises et étrangères. Publié avec le coucours du Centre National des Lettres

productivité japonaise société féodale arts martiaux vie travail tradition capitalismevoie guerrier arts tradition famille Kano mort l'ordre vie

audité par