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Maître Tetsuzan Kuroda travaillant au bokken |
L'histoire du karaté 12 - La formation du kendo :
Une école classique de sabre japonais - Kaïshin-ryu.
Je vais suspendre pour un moment l'histoire du kendo à l'époque de S. Takano et T. Naîto, afin de présenter les acquis d'un voyage de recherche que je viens d'effectuer dans le cadre de la « Villa Médicis hors les murs » du Ministère des Affaires Etrangères. Au mois de juin, je suis parti à Taiwan pour étudier le xing yi quan et le taiji quan et, au retour, je me suis arrêté au Japon durant trois semaines.
A la recherche de la pratique classique du sabre japonais.
J'ai, au Japon, un ami précieux non seulement pour ses qualités humaines, mais aussi pour ma recherche sur le budo. Il est, en effet, journaliste spécialisé dans les arts martiaux japonais et, de plus, écrivain, auteur d'ouvrages sur les activités corporelles traditionnelles japonaises. Il possède une connaissance à la fois ample et précise de sa spécialité. Il sait donc où habite tel maître de telle école et quelle est la situation actuelle de sa pratique. A chaque voyage, il me donne des indications sur les documents existants et, grâce à lui, j'ai fait la connaissance intéressante de maîtres de différentes écoles.
Comme d'habitude, sitôt arrivé au Japon, je le contacte et lui fais part de mon désir de pratiquer l'art classique du sabre : le « kenjutsu » et le « iaï ». Il me répond : « Vous savez, il n'y a que très peu de maîtres qui savent vraiment dégainer le sabre en « iaï ». Quant à l'école classique du kenjutsu le niveau général est bien bas. ».
Mon ami n'est pas un adepte du budo mais il poursuit, depuis plus de vingt ans, un travail de recherche sur ce qui fait l'essentiel du budo, c'est à dire sur la spécificité des techniques et de l'usage de l'énergie transmis dans chaque école. Il a aussi pratiqué différentes disciplines du budo, plutôt pour mieux comprendre qualitativement la pratique sur laquelle portent ses recherches que pour devenir un adepte. Ses remarques sont percutantes et ses critiques sévères.
Il continue : « C'est vrai qu'il y a des maîtres de grande réputation. Mais leur niveau n'est pas toujours aussi haut qu'on se l'imagine. ». Il cite les noms des maîtres et des écoles que je connais, puis me dit : « Ils sont tous de niveau moyen, sinon bas. Qui pourrait vraiment dégainer le sabre ? Ils s'abritent sous l'aspect cérémonieux du iaï et bien peu seraient capables de trancher réellement avec les techniques qu'ils effectuent lors des démonstrations. ».
Un peu sceptique, je ne peux que l'écouter sur ce que je ne connais pas ou mal, car je ne suis pas de près l'état actuel des choses en sabre. Et puis, jusqu'ici, la plupart des informations qu'il m'a fournies se sont avérées justes. Mais j'ai dû avoir l'air déçu car il ajoute en me regardant: « Près de Tokyo il y a une personne qui dégaine le sabre de façon authentique. Il est encore jeune, mais c'est le meilleur. Il vous serait utile de faire sa connaissance. Voulez-vous que je prenne contact avec lui ? ».
Comment aurais-je pu refuser après avoir entendu un discours aussi tranchant. C'est ainsi qu'au début juillet je suis allé, avec mon ami, à Omiya aux environs de Tokyo.
Kuroda dojo.
Dans cette Ecole, on pratique le Kaïshin-ryu kenjutsu et le Tamiya-ryu iaï jutsu. Le maître de cette école s'appelle Tetsuzan Kuroda, il est jeune et n'a que 39 ans. Il pratique et transmet l'art familial qui lui a été insufflé par son grand-père dont les hautes capacités étaient reconnues et redoutées de S. Takano et de ses contemporains. Le dojo est vieux et petit, à peine 35 m² et, au mur du dojo, on peut lire les noms des élèves qui l'ont fréquenté depuis plus d'un demi siècle. Parmi eux figure le défunt Hakudo Nakayama qui est considéré dans le monde du kendo contemporain comme le plus grand maître de « iaï » du XX° siècle.
C'est dans ce dojo que Me. T. Kuroda nous a montré les kata de base de l'école Tamiya-ryu. Il faut signaler qu'il existe plusieurs écoles de ce nom distinguées, en japonais, par des idéogrammes différents. L'école Tamiya-ryu qui est connue en France est différente de celle de T. Kuroda.
Document d'archive écrit en 1989
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido
