Les éléments de l'efficacité en « iaï ».
Si nous pouvons comprendre pourquoi la technique du « iaï » permet de prendre une avance d'un pas contre un sabre déjà dégainé, nous pourrons dire ce qui est bon et mauvais dans la technique.
En situation de « iaï », l'adversaire a déjà dégainé son sabre et, aussi longtemps que vous n'avez pas fini de dégainer, votre sabre ne fonctionne pas comme arme. Dans cette position apparemment désavantagée, l'art du « iaï » trouve une énergie supérieure à celle du sabre déjà dégainé. Le « iaï » est un renversement de situation : le sabre obtient une énergie parce qu'il est encore dans le fourreau (saya no uchi). Par l'exercice du kata, on apprend à rassembler l'énergie de frappe qui s'accumule déjà quand le sabre est au fourreau. Le travail principal du « iaï » consiste à apprendre comment accumuler cette énergie, prête à jaillir, par l'exercice rigoureux de techniques corporelles. En effet, le sabre de T. Kuroda semble avoir effectué tout le processus de l'accélération dans le fourreau et est prêt à pourfendre depuis la bouche du fourreau.
ÿcoutons T. Kuroda : « Généralement on effectue le « iaï » en dégainant lentement, puis on accélère et devient rapide au moment où le sabre quitte le fourreau. On désigne la finesse de cette cadence par l'expression « jo ha kyu ». Mais compris uniquement de cette façon, cet enseignement sert d'abri à une insuffisance technique. Si quelqu'un est adepte du « iaï », il est normal de penser qu'il a la capacité de dégainer comme un éclair. Ce n'est qu'un point de départ, l'important est de savoir quelle est sa capacité de maîtriser d'une situation de combat à partir de cette technique. L'essentiel du « iaï » ne consiste pas uniquement dans la rapidité mais c'est la base. Il est vrai qu'aujourd'hui bien peu de personnes maîtrisent cette base.
Dans mon école, nous étudions minutieusement chacun des kata grâce auxquels on apprend à dégainer le sabre de la façon qui convient à la situation, en suivant le « ma » qui est déterminé par le niveau de l'adversaire. Aussi, selon la situation, les techniques sont-elles diverses. Nous apprenons également à dégainer le sabre lentement avec une vitesse constante, cela a pour but de dominer l'adversaire en empêchant son attaque, tout en s'adaptant au changement du « ma ». L'exécution de ce kata semble une danse avec un sabre, mais le sabre est tout le temps prêt à réagir contre l'attaque de l'adversaire. Pour qualifier cet état on dit : « le sabre est vivant » ; tout cela nous l'apprenons par les kata. ».
En effet, tout le travail du budo classique (kobudô) s'appuie sur les kata. Quand on dit kobudo, beaucoup de Français pensent qu'il s'agit de l' Okinawa kobudo, mais ce nom n'est q'une reprise dans un sens particulier d'une expression plus ancienne qui désigne le budo classique. C'est par le travail des kata qu'on acquiert certains mouvements particuliers du corps. Les kata de cette école exigent des postures et des mouvements si difficiles qu'ils paraissent même impossibles au début.
Me Kuroda dit : « Le kata n'est pas une adaptation du combat. On apprend et on crée, à travers le kata, le corps et les mouvements nécessaires et efficaces pour le combat. Le kata n'est donc pas une simulation du combat. Dans un kata, on fait beaucoup de mouvements qui ne seraient pas nécessaires si c'était un vrai combat. Ce travail est valable seulement si le champ de l'application de ces gestes, apparemment décalés du combat, est clairement explicité et situé dans l'ensemble d'un travail plus large. Sur ce plan, il ne convient pas de confondre les kata dont je parle avec les kata de certaines écoles de karaté ou kenjutsu qui sont tout simplement décalés de la situation de combat. ».
Par ce travail des kata, on apprend à prendre la posture et la garde qui permettent de gagner une avance sur un adversaire qui a déjà dégainé son sabre. Il est impossible d'entrer dans les détails dans cet article. Selon T. Kuroda, la position assise, montrée sur la photo 1, limite le déplacement de son corps, tandis que l'adversaire attaque debout avec une possibilité de déplacement ; cette situation est apparemment un désavantage mais, par cette position assise, il réalise une condition du combat en sa faveur : être loin de l'attaque de l'adversaire et en même temps être proche pour sa propre attaque. Pour lui, s'il porte sa main droite à la poignée du sabre dans cette position, c'est comme s'il était prêt à appuyer sur la gâchette après avoir visé à travers la gaine, tandis que son adversaire croit avoir pris de l'avance puisqu'il a son pistolet en main même s'il ne l'a pas pointé.
Document d'archive écrit en 1989
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido