sante et longevite, age formation developpement personnel et efficacite performance
découvrir     proche de chez vous


 
Articles de K. Tokitsu
    La formation du kendo 7 : Une école classique de sabre japonais - Kaïshin-ryu
        efficacite et inefficacite du iaï Musashi et un eleve du iaï

pratique classique du sabre japonais Kuroda dojole travail des kata

L'efficacité et l'inefficacité du « iaï ».

Il est connu dans la tradition du sabre que, face à un véritable adepte de « iaï », même un grand adepte du sabre ne peut pas prendre l'avantage dans une première frappe. Je reprends ici une anecdote sur l'efficacité du « iaï » que la tradition rapporte à propos de Miyamoto Musashi. Dans ce récit, Musashi, grand adepte du sabre, fait face un adepte de « iaï » dont il a sous-estimé la capacité ; en effet, il a évalué avec justesse la capacité en sabre de l'adversaire mais pas sa capacité en « iaï ». Face à lui, Musashi dégaine son sabre et l'adversaire prend une position de « iaï », sans dégainer le sabre, mais prêt à le dégainer à tout moment. Musashi comprend immédiatement que son adversaire a une très grande capacité en « iaï » et qu'il ne peut pas franchir la distance. Il ressent que, s'il entre pour le pourfendre, le sabre de son adversaire l'atteindra. Il n'est pas certain de sa victoire, s'il le touche, il sera touché lui aussi. Musashi dit alors en abaissant son sabre : « J'ai perdu, car vous m'avez vaincu sans dégainer le sabre (saya no uchi). ». Sur ce, l'adepte de « iaï » détache sa main droite de la poignée du sabre. C'est à ce moment que Musashi frappe en le pourfendant. L'adepte de « iaï » aurait dû reculer suffisamment pour casser la distance d'attaque de Musashi avant de détacher sa main.

Ne trouvez-vous pas cette anecdote curieuse ? Musashi n'est pas n'importe qui, c'est un très grand adepte et, comme il l'a estimé, une fois les deux adversaires face à face avec le sabre dégainé, c'est lui qui est supérieur. Mais pourquoi cette distinction entre la capacité en sabre et en « iaï » ? Pourquoi dit-on qu'on ne peut pas vaincre un grand adepte de « iaï » tant qu'il n'a pas fini de dégainer son sabre ? Musashi a déjà dégainé et il est prêt à frapper à tout moment, tandis que son adversaire n'a pas encore dégainé. Il tient la poignée du sabre dont la lame demeure entièrement dans le fourreau. Pourquoi dans cette situation un adepte comme Musashi ne peut-il pas dominer son adversaire ?

Vous avez sans doute déjà une image plus ou moins précise du « iaï ». A partir de l'expérience que vous avez pu acquérir en art martial, imaginez que vous êtes à distance d'attaque en face d'un adepte de « iaï » qui n'a pas dégainé son sabre, tandis que le vôtre est levé, prêt à frapper. Pensez-vous objectivement qu'avant même que votre sabre ne l'atteigne, vous recevrez la frappe de l'autre ? C'est une impression que je n'avais jamais ressentie jusqu'alors. Je connaissais en théorie la raison pour laquelle un adepte de « iaï » peut prendre avantage sur son adversaire, mais je n'en avais jamais constaté la réalité, bien que j'aie vu s'exercer de nombreux maîtres de « iaï ».

Lors de notre visite, T. Kuroda nous montre d'abord les kata de base qui s'effectuent lentement en plaçant l'attention sur la coordination des différentes parties du corps. Puis il effectue un « haya-nuki » : dégainer rapidement comme s'il faisait face à un adversaire. Lorsqu'il prend cette position assise, je ressens une impression qui m'empêche de m'approcher de lui au-delà d'une certaine distance. Dès que sa main droite touche la poignée, la lame du sabre jaillit comme un éclair. Je suis persuadé que si j'avais été dans la portée de la lame, avec un sabre dégainé et prêt à frapper, il m'aurait pourfendu avant que mon sabre ne l'atteigne. Je n'avais jamais éprouvé cette sensation face à un adepte de « iaï ». Je lui demande de commencer, le jour même, à suivre son enseignement.

On dit souvent que : « Le sabre en main, au cours de l'exercice du « iaï », on se fait face à soi-même et c'est en pourfendant sa propre insuffisance technique et spirituelle qu'on marche jour par jour dans la voie du sabre. Aussi la pratique du « iaï » représente la pratique le plus philosophique du sabre. ». Je n'ignore pas cet aspect du « iaï », mais il est parallèle à l'approfondissement technique, sinon cela revient à un beau discours sans contenu. Le « iaï » devient une cérémonie de sabre et sa philosophie porte à faux. C'est sans doute pour cela que mon ami critiquait la tendance générale du « iaï » et le kenjutsu.

Mais le « iaï » de T. Kuroda m'a convaincu en pratique de ce que la tradition du sabre transmettait : en « iaï » on peut vaincre un adversaire qui a déjà dégainé son sabre.

Document d'archive écrit en 1989
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido

pratique classique du sabre japonais Kuroda dojole travail des kata

audité par