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[2/3] Les « solutions » de Kenkichiki Sakakibara

Sur ce plan, le karaté d'Okinawa très proche de la tradition chinoise par son origine technique, s'en est rapproché aussi cours des XVIII° et XIX° siècles par sa diffusion dans différentes couches sociales. Les formes auxquelles nous sommes habitués aujourd'hui ne sont entrées dans la tradition du karaté qu'au XXe siècle, inspirées par celles de l'art des samouraïs. Nous avons déjà vu comment le vêtement blanc est devenu l'uniforme du karaté. La pratique dans le dojo, espace clos, la pratique rituelle de saluts tels que «  shômen ni reï », « senseï ni reï », « otagaï ni reï » etc., de même que le salut à l'autel du dieu ou au centre du dojo lorsqu'on en franchit le seuil, différent des usages des adeptes du karaté d'avant le XX° siècle. Ces formes, tout comme le « kimono blanc » ont été introduites principalement à partir du kendo et du judo dans le karaté qui n'a pas la même origine que le kenjutsu.

Entre 1873 et 1875, la pratique du kenjutsu traverse une crise importante. Tous les arts traditionnels sont dépréciés par la tendance à la modernité de cette période et il devient extrêmement difficile pour les maîtres de kenjutsu de continuer à pratiquer leur art. En effet, ils étaient autrefois les vassaux des seigneurs féodaux et recevaient une pension qui leur permettait de vivre sans se soucier de la rentabilité de l'enseignement de leur art. Avec la modernisation du pays, et la fin de la redistribution économique féodale, les vassaux perdent leur pension. Le système de l'enseignement professionnel n'était pas pratiqué dans le domaine des arts martiaux et la plupart des maîtres du kenjutsu ne pouvaient plus continuer à vivre en pratiquant leur art. Certains d'entre eux n'étaient effectivement pas loin de mourir de faim.

Les expédients de Kenkichi Sakakibara.

Kenkichi Sakakibara et Yamaoka Tesshu, également renommés sont considérés comme les deux derniers maîtres qui marquent la fin de la tradition des samouraïs. K. Sakakibara est né en 1830, la même année que le maître de karaté Anko Itosu et est mort en 1894.

K. Sakakibara a eu l'idée d'organiser, pour sauver les adeptes du kenjutsu de leur situation de misère, des spectacles publics de combats du kenjutsu appelé « gekiken-kôgyô » en reprenant le modèle du sumo. Sa tentative est sévèrement critiquée par certains maîtres du kenjutsu car il transformait en spectacle l'art honorifique des samouraïs. Les spectacles du kenjutsu connaissent une réussite commerciale durant deux ou trois années. Puis ils se multiplient avec des objectifs commerciaux, de ce fait beaucoup d'entre eux sont de mauvaise qualité et ils finissent par disparaître. Un escrimeur français qui, vaincu par Sakakibara, et devenu son élève participe à ces spectacles suscitant la curiosité. Les appréciations sont partagées mais, grâce à cette tentative, le kenjutsu a pu survivre à la période la plus difficile. C'est grâce à la réputation de K. Sakakibara que les « gekiken-kôgyô » ont connu une certaine réussite, durant une courte période.

Après le « gekiken-kôgyô », K. Sakakibara organise sur les conseils de ses élèves commerçants un « bar des samouraïs » où ses disciples d'origine samouraï, vêtus de hakama font le service de table. Les serveurs étaient non seulement peu aimables, mais ne pouvaient faire autrement que d'être hautains et autoritaires vis-à-vis des clients. Ils servaient en regardant les clients avec les yeux perçants des adeptes du sabre, aussitôt les clients détournaient le regard, et, en guise de remerciement, s'excusaient de recevoir un service. Les clients entraient et sortaient en s'inclinant et en baissant les yeux lorsqu'ils passaient devant K. Sakakibara qui gardait l'entrée. Celui-ci au lieu de remercier les clients qui sortaient du bar leur ordonnait d'un ton autoritaire : « Reviens, encore demain ! » Les clients partaient en disant : « Oui, veuillez m'excuser. ». Ce bar a eu un grand succès car, pour les clients, un des plus grands charmes était que les samouraïs, les dominateurs d'hier, faisaient le service pour eux. Même si, un peu effrayées, ils ne pouvaient parler qu'à voix basse dans la salle, cela rajoutait un goût exquis au saké qu'ils consommaient. Cependant l'entreprise échoua bientôt car Sakakibara était un grand buveur et son exemple fut suivi par ses disciples.


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