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Ces samouraïs, originaires de la province de Satsuma, avaient été formés dans l'école régionale Jigen-ryu. La technique principale de cette école était de pourfendre obliquement l'adversaire, avec un cri perçant qui devait être poussé comme s'il s'agissait du dernier de la vie. Ce cri d'attaque était devenu une hantise pour les soldats du gouvernement car les attaques étaient effrayantes et les cadavres retrouvés étaient pourfendus de l'épaule à la hauteur du nombril. Les attaques étaient tellement puissantes que, parfois, la garde du sabre (tsuba) dont le soldat avait essayé de se servir pour parer avait été enfoncée dans son crâne par la violence de la frappe. La formation de l'école Jigen-ryu repose sur la répétition : on frappe 3000 fois le matin et 8000 fois le soir avec un bâton contre un poteau, en s'élançant à partir d'une distance d'environ 5 mètres. Rappelons que Sôkon Matsumura, qui a marqué l'histoire du karaté, avait pratiqué dans sa jeunesse, au cours des années 1820, le sabre à l'école Jigen-ryu. Son élève, A. Asato, le maître de G. Funakoshi, était, lui aussi, un adepte de sabre de cette école. Dans quelle mesure le sabre de cette école a-t-il influencé le karaté d'Okinawa ?
L'état japonais avait besoin d'un groupe d'adeptes de sabre capables de faire face aux samouraïs révoltés, il l'a formé de policiers principalement originaires de familles de samouraïs. C'est ainsi que la pratique du sabre a été réintroduite dans les institutions japonaises, après plusieurs années de dépréciation et de rejet. De 1879 à 1883, la Préfecture de Police a constitué un corps de professeurs de kenjutsu où sont entrés les grands adeptes de la fin de époque Edo (Bakumatsu). Leur noms sont, par exemple, Umanosuké Ueda, Yoshimasa Kajikawa, Sôsuké Henmi, Shutaro Shimoé, Seikichi Kakimoto, Sekishiro Tokuno, Taîsaku Sakabé, Kanichiro Mihashi, Tadaatsu Shingaî, Naoaki Kanématsu.... C'est dans ce cadre que s'est développée une nouvelle phase de la pratique du sabre japonais qui n'était pas encore défini comme kendo. On l'appelait généralement kenjutsu ou géki-ken.
En 1885, le judo est intégré à l'enseignement dispensé à la Préfecture de Police. Il faudra attendre encore 20 ans pour que le karaté entre dans l'enseignement de l'éducation physique des écoliers de la province d'Okinawa, et encore 20 ans pour qu'il soit présenté dans l'île principale du Japon.
Les professeurs de kenjutsu à la Préfecture de Police
C'est en avril 1886 que S. Takano est venu à Tokyo pour devenir agent au commissariat de Honjo-Motomachi avec la fonction de professeur de kenjutsu rattaché à la Préfecture de Police. Il a laissé sa femme et ses parents à Chichibu, ce qui montre sa détermination à approfondir son art. La Préfecture de Police était alors devenue le plus grand centre de l'art du sabre et un grand nombre d'adeptes venus de tout le Japon la fréquentaient quotidiennement.
Le commissaire de Motomachi était aussi un adepte du kenjutsu. Il avait divisé ses 180 policiers en deux groupes et avait imposé que, chaque jour, un des deux groupes s'entraîne au « jigéiko » (entraînement au combat). Leurs entraînements étaient dirigés par trois ou quatre professeurs (kenjutsu-séwa-gakari) avec 7 à 8 assistants. Chacun des 90 policiers devait s'entraîner 5 fois avec un enseignant, soit environ 45 « jigéiko » par jour pour chaque enseignant.
A l'époque où S. Takano était au commissariat de Motomachi, il y a côtoyé plusieurs adeptes célèbres tels que Seikichi Kakimoto, Taménosuké Kikuchi et Juntaro Hiyama. Le plus âgé était S. Kakimoto, adepte de l'école Jiki-shin-kagé-ryu. Il était classé en 2ème kyu de la Préfecture de Police avec des adeptes tels que Tadatsu Shingaî, Shutaro Shimoé, Kanjuro Mihashi. Le grade de 2° kyu était le grade de « méijin », adepte supérieur, le grade le plus haut, ce qui est totalement différent du système auquel nous sommes habitués aujourd'hui. T. Kikuchi était 3° kyu, « menkyo » et S. Takano était classé supérieur en 4° kyu. Si l'on cherche une équivalence avec le système actuel, on peut dire que le 2° kyu correspondrait au 8° ou 9° dan.