L'histoire du karaté n° 9 - La formation du kendo :
La jeunesse de Sazaburo Takano (suite).
Reprenons l'histoire du maître de kendo S. Takano que nous avons quitté alors qu'il venait de prendre la direction du dojo familial dans sa province natale.
En mars 1886, S. Takano reçoit une lettre de Tesshu Yamaoka lui demandant de venir à Tokyo lui rendre visite, s'il en a l'occasion. Aussitôt S. Takano fait le voyage pour rencontrer son maître qu'il n'a pas vu depuis deux ans.
Après lui avoir demandé des nouvelles de son dojo de Chichibu, Tesshu continue :
- « A propos, ne voulez-vous pas entrer à la Préfecture de Police comme professeur du kenjutsu ? »
- « Pardon ? »
- « Je pense que cette proposition vous semble brutale. Mais Monsieur Mishima, le Préfet de Police, m'a demandé de lui présenter une personne capable, en kenjutsu. Alors j'ai pensé à vous. Vous pouvez ne pas me répondre immédiatement, car vous avez une famille et la responsabilité de votre propre dojo, mais réfléchissez bien ; un grand nombre d'adeptes de kenjutsu se trouvent aujourd'hui à la Préfecture de Police. Si vous voulez vous établir comme adepte de kenjutsu, c'est une opportunité intéressante. »
Tesshu continue :
- « Le professeur de kenjutsu a le même grade qu'un simple policier mais son salaire est double. Si vous acceptez, je vous recommande à la Préfecture. ».
Sans donner de réponse immédiate, S. Takano quitte Tesshu. Il revient bientôt à Tokyo pour accepter la proposition de Tesshu, en laissant seuls sa femme et ses parents à Chichibu.
Même si le grade d'un professeur était celui d'un simple policier, entrer à la Préfecture en étant recommandé par le célèbre Tesshu Yamaoka offrait l'occasion de se confronter avec les plus grands adeptes de sabre qui enseignaient alors à la Préfecture de Police.
Le kenjutsu et la police.
En 1879, la pratique du sabre est devenue une discipline obligatoire à la Préfecture de Police. Cette mesure a été adoptée après l'insurrection, en 1877, des samouraïs réunis autour de Saïgo, un des héros de restauration de Meiji. Ces samouraïs du Sud avaient lutté et vaincu pour mettre en place le nouveau régime et espéraient y tenir un rôle important, l'orientation vers une économie industrielle et la formation d'une armée de conscrits qui les privait de leur fonction traditionnelle, ne leur avaient pas permis de trouver leur place. Cette insurrection fut comme un feu d'artifice où se consuma l'énergie des féodaux qui ne pouvaient pas s'insérer dans les cadences et les formes qu'offrait la société moderne. Dans ces combats, les armes modernes furent utilisées, mais il y eût aussi beaucoup d'affrontements corps à corps où les sabres jouèrent un rôle important. Les insurgés formèrent des « kirikomi-taï » (groupes d'assaut avec le sabre) qui attaquaient principalement de nuit.
Document d'archive écrit en 1989
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido