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L'histoire du karaté 7 - La formation du kendo :
Sazaburo Takano, une enfance dédiée à l'art du sabre.
Sazaburo Takano, qui étudiait le sabre auprès de Tesshu Yamaoka à Tokyo, a dû rentrer dans la province de Chichibu pour prendre la direction du dojo familial à la mort de son grand-père. Peu après son retour, en janvier 1885, il se marie. Il a alors 23 ans et, avec ce jeune maître qui enseigne aussi dans d'autres dojos de la région, le Takano Dojo reprend une nouvelle vitalité.
S. Takano, suivant l'habitude de son grand-père, dirige un entraînement chaque matin de 4h00 à 6h00. Après l'entraînement, il se sèche auprès d'un puit du temple et se rince la bouche. La lumière matinale commence à percer entre les grands arbres et lorsque le soleil monte au-dessus de l'horizon, il ouvre la bouche la plus grande possible pour « avaler » le soleil. Depuis qu'il a trois ans, son grand-père lui a appris à « avaler le Dieu Soleil ». Il s'agit de respirer profondément avec la sensation d'avaler d'une seule gorgée la lumière circulaire du soleil du matin. S. Takano reste fidèle à cet enseignement qui constitue un excellent exercice de respiration.
La naissance de l'héritier d'un dojo de kenjutsu.
Sakichiro-Mitsumasa Takano, adepte de l'école Ono-ha Itto-ryu, avait, disait-on, un caractère « brûlant ». Son fils Yoshisaburo étudie le sabre sous sa direction et atteint la capacité technique d'un maître du sabre correct. Cependant, au contraire de son père, il manque de force du caractère, c'est un bushi incliné plus à la réflexion qu'au combat.
Mitsumasa lui dit un jour : « Jusqu'à présent, je m'inquiétais lorsque je t'entraînais au sabre, en me demandant si tu serais capable de me succéder, si tu pourrais accomplir mes fonctions auprès du Seigneur. Mais mon esprit est tranquille, je sais que tu peux assumer ton rôle de vassal. ».
Yoshisaburo fait montre de talent dans les affaires économiques de la seigneurie et durant la période de troubles de la fin de l'ère Edo (Bakumatsu), il sait assurer la sécurité matérielle de sa famille.
Yoshisaburo épouse une jeune femme nommée « Keî ». Celle-ci a, pendant son adolescence, été choisie pour servir au palais du Shogun où elle a reçue une éducation très soignée la préparant à devenir une parfaite épouse de bushi. Il ne s'agit pas seulement d'une façon de se comporter, de parler, mais plus profondément d'une attitude vis-à-vis de la vie et la mort. Par exemple, une femme de bushi doit garder, prêts à servir, au fond de son armoire, des vêtements blancs pour son mari et pour elle-même. Ces vêtements sont ceux de la mort car un bushi doit être prêt à tout moment à mourir dignement, conformément à son rang.
Lorsque sa belle-fille Keî attend un enfant, Mitsumasa se réjouit. Chaque jour, au moment de son entraînement de kenjutsu, il la fait assoir à la place du maître, surélevée, afin qu'elle puisse regarder le déroulement de l'entraînement des adeptes. A cette époque, des adeptes de différentes écoles, attirés par la réputation du dojo de Takano Mitsumasa, venaient y séjourner pour plusieurs semaines. M. Takano pensait que si sa belle fille se familiarisait avec le kenjutsu pendant sa grossesse, cela aurait une influence sur l'art de son petit-fils, car il était certain que ce serait un fils. Mais pour Keî, élevée avec la morale et le sens de la pudeur d'une femme de bushi, à une époque où une femme enceinte ne se montrait pas en public, c'était une épreuve pénible de s'exposer devant des hommes avec son ventre de plus en plus gros. Elle disait plus tard :
« Je n'ai jamais éprouvé un sentiment du honte aussi fort que ces jours-là. »
Et le soir venu, Keî devait écouter les récits de Mitsumasa sur l'histoire des héros et des grandes adeptes du sabre. Il disait qu'il s'agissait de l'éducation du foetus.
L'enfant tant attendu naît le 13 juin 1862. C'est un garçon que l'on nomme Sazaburo. Pour célébrer la naissance de son petit fils, en qui il espère former son successeur, Mitsumasa fait venir un célèbre maître forgeron expert dans la fabrication des sabres et fait construire un atelier et un four pour forger une paire de sabres. Plus tard, quand S. Takano est devenu un des plus grand adeptes du kendo, quelqu'un lui demande à quel âge il a commencé la pratique du sabre, il répond : « J'ai commencé dans le ventre de ma mère. ». La réponse était fondée.
Document d'archive écrit en 1989
par Kenji Tokitsu - publié dans Karaté-Bushido
