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LA CHRONIQUE DE KENJI TOKITSU - MIYAMOTO MUSASHI
La pratique et l'enseignement de l'Art Martial
Poursuivant la traduction du « Gorin no sho », nous allons examiner la façon de combattre de Musashi à travers les extraits que je présente dans cet article.
La compréhension des passages du « Gorin no sho » qui décrivent les techniques de combat est difficile car ils sont très concentrés et allusifs. Pour les rendre plus vivants, je les ai rapprochés de la pratique actuelle de l'Ecole de sabre de Musashi telle qu'elle s'est transmise au travers des générations
Lors de mon voyage de recherche au Japon, j'ai eu l'occasion d'assister à une démonstration de l'école de sabre de Musashi par un maître et son dixième successeur. L'école de Musashi s'appelle aujourd'hui l'Ecole « Hyoho Niten Ichi Ryu » et, à chaque génération, une seule personne hérite de l'essentiel du savoir et de la responsabilité de l'école. Cette école refuse depuis l'époque de Musashi la succession héréditaire. La transmission est attestée par la remise d'un rouleau sur lequel est écrite la liste de toutes les techniques à pratiquer par l'école et d'un sabre en bois que Musashi a façonné lui-même et qu'il a porté quotidiennement pendant les dernières années de sa vie. Aujourd'hui le dixième successeur de l'école de Musashi s'appelle Imaï Masa.
La conception du cri dans le « Gorin no sho »
Commençons par la lecture du texte de Musashi :
Les trois types de cris.
Les trois cris sont ceux qu'on pousse au début, pendant et après le combat. Il est important de pousser le cri qui convient à la situation. Le cri vient d'un élan. On pousse des cris lors d'un incendie, dans le vent ou dans des vagues. Le cri montre la force. En hyôhô de groupe, il faut pousser les cris le plus fort possible au début de la bataille ; Durant le combat il convient d'attaquer en poussant des cris bas, à partir du fond du ventre et, après avoir gagné, on pousse des cris hauts et forts. Ce sont les trois types de cris.
En hyôhô individuel, vous poussez un cri « éï ! » en faisant semblant attaquer pour faire bouger l'adversaire et vous frappez avec le sabre après ce cri. Vous poussez aussi un cri après avoir vaincu pour proclamer votre victoire. Ces deux cris sont appelés « cris d'avant et d'après » (« sen go » et « no koé »). Ne poussez pas un cri fort au moment où vous frappez avec le sabre. Si vous poussez des cris durant le combat, ils doivent être conformes à vos hyoshi et être bas et légers. Il faut bien examiner cela.
Après la vague du cinéma de karaté et de kung-fu reste l'expression : le « cri qui tue ». Et si vous assistez à une compétition ou à un entraînement de ces disciplines, vous entendrez des cris qui certes loins de tuer, sont plutôt proches des cris des animaux et s'accompagnent de grimaces. Beaucoup de karatékas s'imaginent que le cri est obligatoire et que plus il est fort, meilleur il est. Dans certaines compétitions, les arbitres n'attribuent le point que si la technique est soulignée par un cri et, parfois, même la force du cri compense l'insuffisance technique. En agissant ainsi, je me demande quelle signification ils donnent au cri. Les cris perçants de l'école de sabre « Jigen-ryu » sont bien connus mais on ne les pousse pas comme le font la plupart des karatékas modernes. Je reviendrai sur ce point dans un article traitant de l'école Jigen-ryu. En tout cas, il faut comprendre que le cri et le kiaï sont deux choses différentes mais que les deux peuvent coïncider.
Musashi dit ici clairement : « Ne poussez pas un cri fort au moment où vous frappez avec le sabre » ; les pratiquants des arts martiaux doivent bien réfléchir à ce que signifie cette phrase.
Lorsque j'ai assisté à la démonstration de sabre de Me Imaï, il a réalisé plus de la moitié des techniques presque sans kiaï apparent et j'entendais seulement un kiaï très bas presque imperceptible si on n'écoutait pas attentivement. C'était exactement comme l'a écrit Musashi : «... durant le combat, il convient d'attaquer poussant des cris bas à partir du fond du ventre... Si vous poussez des cris durant le combat, ils doivent être conformes à vos hyoshi et être bas et légers. »
Je pense qu'il nous faut bien réfléchir aussi à ce que signifient ces phrases.