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Etude sur les maîtres de sabre japonais - Article n° 3
Miyamoto Musashi (suite)
La pratique et l'enseignement de l'art martial
Continuons de suivre la démarche de Musashi dans le « Gorin no sho ». Nous avons vu dans le dernier numéro comment celui-ci définit son art le Hyôho. Après avoir défini son orientation, Musashi présente le plan de l'ouvrage. Je vais traduire cette présentation car elle reflète sa conception de l'enseignement de l'art martial.
Pourquoi j'écris mon hyôho en cinq rouleaux.
« J'écris mon ouvrage en cinq rouleaux : les rouleaux de la terre, de l'eau, du feu, du vent et du ciel, afin de bien indiquer ce qu'est le hyôho en le divisant en cinq voies.
Dans le rouleau de la terre, je donnerai une vision générale de la voie de hyôho et le point de vue de mon école. Il est difficile de comprendre la véritable voie du sabre en s'appuyant uniquement sur l'art du sabre (kenjutsu). Il convient de comprendre les détails à partir d'une vision large et d'atteindre à la profondeur en partant de la surface. Il faut d'abord tracer un chemin droit sur le terrain. C'est pourquoi je commence par le rouleau de la terre.
Le second est le rouleau de l'eau. Il faut apprendre à partir de la nature d'eau et rendre notre esprit comme l'eau. L'eau suivra la forme du récipient carré ou rond. Elle peut être une goutte et aussi un océan. La couleur du gouffre est vert pur et, en m'inspirant de cette pureté, je présente mon école dans le rouleau de l'eau.
Si nous pouvons discerner clairement le principe général de l'art du sabre et gagner ainsi librement contre une personne, nous pouvons vaincre n'importe quel adversaire. Le principe est le même qu'il s'agisse de vaincre une personne, mille ou dix mille ennemis...
Le troisième rouleau, c'est le feu. Dans ce rouleau, j'écrirai sur le combat et sur la guerre car le feu est flamboyant, qu'il soit petit ou grand. Dans la voie de la guerre un contre un et dix mille contre dix mille sont similaires. Il faut bien examiner cela en modifiant l'esprit tantôt grand et tantôt petit.
Il est facile de percevoir ce qui est grand et difficile de percevoir ce qui est petit, le changement des choses n'est pas immédiat quand on est nombreux, mais pour une seule personne le changement est rapide et suit son état d'esprit. C'est pourquoi il est difficile de prévoir les détails. Il faut bien examiner cela.
Ce que j'écris dans le rouleau du feu vaut pour les situations d'urgence. Il faut donc bien s'y habituer afin que les techniques jaillissent spontanément sans que l'esprit rompe avec l'habitude. C'est un point important du hyôho, c'est pourquoi j'écris sur le combat et la guerre dans le rouleau du feu.
Le quatrième est le rouleau du vent. Ce que j'écris sur le vent n'est pas le contenu de mon école. J'écrirai sur les autres hyôho, sur leurs différents styles. C'est cela le rouleau du vent.
Sans connaître des autres on ne peut pas se connaître vraiment soi-même. Même si on pratique quotidiennement la voie en pensant être dans une bonne direction, il peut arriver que l'on dévie de la véritable voie si l'état d'esprit n'est pas juste. Si on n'avance pas dans une véritable voie, une petite déformation d'esprit peut causer une grande déformation dans la voie. Il faut bien y réfléchir.
Il n'est pas étonnant que l'on considère dans les autres écoles que seul l'art du sabre est le hyôho. Mais ce que j'entends par hyôho est bien différent. J'écris le rouleau du vent pour informer des qualités des autres formes de hyôho qu'on pratique dans les différentes écoles.
Le cinquième est le rouleau du ciel. Pour ce que j'exprime dans le rouleau du ciel, il ne convient pas de distinguer entre profondeur et surface puisqu'il s'agit du ciel (vide). Après avoir assimilé les raisons profondes, il devient possible de s'en éloigner, et on arrivera naturellement à se libérer de la voie du hyôho et à obtenir la subtilité. On trouvera naturellement le hyoshi (cadence) qui convient à la situation et la frappe apparaîtra tout seule, alors elle touchera naturellement. Tout cela est dans la voie du vide (ciel). Ce qu'on trouve spontanément en suivant la voie véritable, je l'écris dans le rouleau du ciel (vide). ».
Ce plan peut sembler déroutant pour la logique occidentale car il ne correspond pas à une analyse des techniques. Il reflète, ce qui est beaucoup plus important pour Musashi, l'état d'esprit qui doit dominer chacune des phases de la progression dans la voie. En effet, pour Musashi, ce n'est pas d'abord technique mais, comme nous l'avons vu dans l'article précédent, c'est une démarche de vie. Cependant, au cours de l'ouvrage, les techniques sont exposées avec la plus grande précision. Pour lui, l'homme et la nature sont du même ordre, faisant partie de la même entité cosmique, c'est ce qu'exprime l'orientation du rouleau de l'eau. L'interprétation du sens du rouleau du ciel peut prêter à confusion. Celui-ci représente l'aboutissement de la démarche, c'est à dire le vide, qui, dans la pensée orientale, n'est pas le néant mais l'origine de l'existence.