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Articles de K. Tokitsu
    Etude sur les maîtres du sabre japonais - Musashi-3
        Musashi seigneur Hyôho, Bushido et Budo maîtres du sabre japonais

L'école de sabre Musashi et armes du Bushi voie hyôhoMusashi: adepte japonais de sabre, bushi maîtres de budo kendo


Hyôhô, Bushido et Budo.

Nous avons vu que Musashi définit les arts martiaux conçus globalement comme hyôhô et que cette conception de l'art recouvre une manière de vivre. Existe-il une différence entre le hyôhô, le budo et le bushido ? Le titre de cette revue, Bushido, n'est-il pas significatif d'une certaine confusion entre ces termes ? Nous allons y réfléchir à partir de deux anecdotes relatives à la vie de Musashi.

Vers 1635, Musashi fut reçu par le seigneur Hosokawa, dans son château de Kumamoto, à Kyushu, au Sud du Japon. Ce seigneur, adepte de zen, s'entendit très bien avec Musashi qui, en qualité d'invité, resta dans cette seigneurie jusqu'à la fin de sa vie.

La venue de Musashi eut un grand retentissement parmi les vassaux de la seigneurie car Musashi était célèbre. L'un de ces vassaux de rang inférieur, Yoko Tahei, considérait cette agitation d'un oeil froid, disant que c'était trop pour un simple rônin. Après la présentation officielle de Musashi, le seigneur Hosukawa Tadatosi le retint pour converser avec lui. Au cours de la conversation, Tadatoshi demanda : « As-tu rencontré un Bushi hautement estimable dans ma seigneurie ? ». Musashi lui répondit : « Je n'en ai vu qu'un seul. ». Tadatoshi fit alors venir les meilleurs adeptes d'arts martiaux, Musashi n'en distingua aucun digne de cette appellation mais, ayant aperçu Yoko Tahei, il alla le chercher. Celui-ci ne le connaissait pas car il n'était pas d'assez haut rang pour avoir assisté à la présentation. Musashi dit à Tadatoshi : « Seigneur, veuillez lui demander quelle est son attitude d'esprit dans la vie quotidienne. ». Alors Tahei, surpris de l'honneur que lui faisait son seigneur, et encore plus de cette question personnelle qui était un honneur exceptionnel, répondit respectueusement : « Je me suis trouvé couard et, pour vaincre ma nature, j'ai trouvé un état d'esprit que j'appelle l'état d'esprit de « suemono ». (Le « suemono » est un objet utilisé lors des entraînements de sabre. Il sert aux exercices de frappe et est destiné à être pourfendu.). Je pense que je suis un « suemono » qui est susceptible d'être pourfendu n'importe quand, de manière imprévisible. Pour parvenir à cet état d'esprit, j'ai fait des exercices de méditation, la nuit, dans la nature et, au moment où je dors, je suspends mon sabre au plafond, en plaçant la lame au-dessus de ma gorge. Au début la peur m'empêchait de dormir mais maintenant je dors facilement. Chaque jour, en franchissant à cheval la porte de la maison pour venir à mon service, je me dis que je ne reviendrai pas vivant. ». Musashi dit : « Seigneur, vous avez entendu, c'est cela l'esprit du budo. ».

Précisons tout d'abord qu'à l'époque de Musashi, les termes budo et bushido n'étaient pas distincts, c'est seulement à l'époque moderne que va s'établir une distinction entre les deux termes budo et bushido. Le budo désigne précisément la pratique des arts martiaux et le bushido l'ensemble de la manière de vivre des bushis (guerriers) qui, par définition, inclut la pratique des arts martiaux. Si nous utilisions ces termes au sens qu'ils ont aujourd'hui, c'est donc bushido, et non budo, qu'il conviendrait d'utiliser dans la dernière phrase.

La morale du bushido que j'ai illustrée par cette anecdote s'est formée à partir du XVIIe siècle et Toko Tahei se comporte précisément en adepte de bushido, en conformité avec ce qui sera écrit plus tard dans le « Hagakuré » (XVIII° siècle) : « Le bushido c'est savoir mourir ». Ce qui veut dire : « Savoir mourir pour son seigneur », ceci était alors tellement évident qu'il n'était pas utile de le préciser.

Notons bien qu'un bushi exemplaire en bushido pouvait avoir un faible niveau en pratique des arts martiaux. Toko Tahei était indéniablement un bushi digne de respect en bushido, ceci, quel qu'ait pu être son niveau dans la pratique du sabre. Ce qui est sûr c'est qu'il était capable de combattre pour son seigneur et de mourir dignement face à n'importe quel adversaire. Il faut comprendre que, même s'ils étaient le plus souvent confondus par les bushis, les deux aspects que recouvrent les notions modernes de bushido et budo étaient distincts. Le budo peut donc être une pratique contemporaine, le bushido ne le peut en aucun cas.

En ce qui concerne Musashi, il n'est jamais devenu vassal d'un seigneur et l'on peut donc considérer, qu'au sens moderne des termes, il a vécu dans le budo plutôt que le bushido. Il appelle hyôho l'art qu'il pratiquait et proposait en modèle aux bushis. Il existe cependant une différence fondamentale entre le budo contemporain et celui que pratiquait Musashi, c'est ce qu'illustre l'anecdote suivante.

Document d'archive écrit en 1986
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui

L'école de sabre Musashi et armes du Bushi voie hyôhoMusashi: adepte japonais de sabre, bushi maîtres de budo kendo

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