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Articles de K. Tokitsu
    Etude sur les maîtres du sabre japonais - Musashi-3
        Musashi: adepte japonais de sabre, bushi maîtres de budo kendo

Musashi seigneur Hyôho, Bushido et Budo maîtres du sabre japonais


Musashi rencontra un jour un adepte d'iaï dont nous ne connaissons pas le nom. Celui-ci cherchait, pour mesurer son niveau d'iaï, un adepte d'un haut niveau. Rencontrant Musashi qui était déjà célèbre, il lui demanda, « maître Miyamoto Musashi, veuillez me donner une leçon. ». Musashi accepta son défi avec légèreté en pensant qu'il s'agissait d'un adepte de deuxième rang.

Musashi dégaina son sabre et son adversaire prit la garde d'iaï, la main sur la poignée de son sabre sans le dégainer. Musashi fut surpris en constatant que son adversaire était un véritable adepte et comprit tout de suite que, dans cette situation, celui-ci était susceptible de le vaincre. Il se dit : « Il aurait fallut commencer en faisant plus d'attention contre l'iaï. ». Il jugea qu'il perdrait dans cette situation ou que, dans le meilleur des cas, ils se pourfendraient mutuellement. Musashi déclara immédiatement, « Vous m'avez vaincu sans dégainer le sabre (saya-uchi no kachi) ! ». L'adepte d'iaï, en entendant la déclaration de défaite de Musashi, se dit : « J'ai vaincu Miyamoto Musashi. ». Il relâcha un instant son esprit et détacha sa main de la poignée de son sabre. C'est à ce moment précis que le sabre de Musashi l'abattit en le pourfendant. Du point de vue de l'art de combat, cet adepte aurait dû faire un pas en arrière avant de lâcher la poignée de son sabre.

Je ne sais si cette anecdote est authentique mais elle évoque bien l'art de Musashi. Elle montre la différence fondamentale entre le budo de bushi (hyôho pour Musashi) et le budo moderne. Dans la pratique contemporaine du budo, celui qui agirait ainsi, en compétition ou lors de rencontres entre dojos, serait évincé de ce milieu pour le reste de sa vie. En tout cas cette situation est impossible pour le budo moderne car aucun adepte contemporain ne vit avec le sabre à la manière de bushi. Dans le budo des bushi la mort est directe, dans le budo contemporain la mort est souvent abstraite. Un bon exemple de cette différence est le geste de « chiburi » ou « chiburui » (secouer le sabre pour en faire partir le sang) dans la pratique d'iaï. La différence est évidente entre un bushi qui a connu l'expérience de faire ce geste après avoir tué un adversaire et nous qui pratiquons ce geste dans un kata. Une même technique gestuelle prend un sens différent selon l'époque où vit la personne. La pratique du kendo pour les bushi était basée sur l'évidence du port des sabres, ils savaient donc se servir d'un sabre. Et nous pouvons pratiquer le kendo aujourd'hui sans jamais faire l'expérience de prendre en main un sabre En effet, de nombreux kendoka manipulent aujourd'hui leur shinaï sans rapport avec la technique de maniement d'un véritable sabre. Les costumes et les armures ont la même forme traditionnelle mais certains adeptes contemporains font des choses qu'un bushi connaissant la qualité d'un sabre n'aurait jamais faites.

C'est une chose évidente mais qui mérite d'être précisée car une certaine confusion dans l'utilisation des terme budo et bushido existe, même au Japon, et, bien plus, dans les pays occidentaux ; en pratiquant le budo en tenue traditionnelle, on peut avoir tendance à se projeter sur une image du passé. Or le budo n'est pas la voie de Don Quichotte. Nous pouvons, comme Musashi en son temps, étudier une méthode de vie à partir de la pratique du budo en aiguisant la perspicacité du corps et de l'esprit.

(A suivre...)

Document d'archive écrit en 1986
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui

Musashi seigneur Hyôho, Bushido et Budo maîtres du sabre japonais

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