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Daisho, sabre long et sabre court, Japon, |
L'école de Musashi et les armes du Bushi
A propos des armes, il est en général préférable qu'elles soient de grande taille, il en va de même des chevaux, il faut les choisir de grand taille et résistants. Il est préférable de choisir une paire de sabres tranchants et de grande taille, une lance et un naginata tranchants, avec des pointes effilées, un arc et un fusil puissant. Il faut bien prendre soin de ses armes. Il ne faut pas avoir une prédilection pour des armes particulières. Trop pour une arme, cela peut vouloir dire pas assez pour les autres. Sans imiter les autres, il faut s'efforcer d'adapter ses armes à ses qualités personnelles. La prédilection est négative aussi bien pour un général que pour un soldat. Il faut bien élaborer ses armes.
Pour Musashi, le hyôho comprend la pratique de toutes les armes et, au cours des vingt dernières années de sa vie, l'enseignement qu'il se propose de donner ne se limite pas à la pratique du sabre, c'est une formation au combat avec différentes armes et à la stratégie. Mais il n'a pas rencontré de Seigneur qui lui propose des fonctions de cette envergure, les temps n'étaient plus à la guerre.
La voie du sabre ne se réduit pas à la rapidité de la frappe. J'écrirai de nouveau sur ce sujet dans le deuxième rouleau, celui de l'eau. Il est fondamental dans cette voie de savoir qu'on manie le grand sabre dans un espace dégagé et le petit sabre dans un espace étroit.
Dans mon école, on doit gagner aussi bien avec une arme longue qu'avec une courte. C'est pourquoi je ne détermine pas la longueur du sabre. Etre prêt à vaincre avec toutes les armes, c'est cela la voie de mon école. L'avantage de prendre deux sabres au lieu d'un est manifeste lorsqu'on se bat seul contre nombreux adversaires et lorsqu'on est entouré d'ennemis. Il n'est pas nécessaire d'en dire d'avantage. Il faut parvenir à connaître dix mille en connaissant bien un seul. Si vous arrivez à pratiquer la voie de hyôho, rien ne doit vous échapper. Il faut bien y réfléchir.
Ce dernier paragraphe explicite bien ce qu'est la voie du hyôho pour Musashi. Elle va bien au-delà du maniement du sabre et est une stratégie qui repose sur la connaissance des hommes. Approfondir la voie c'est rechercher en profondeur une pratique fondée sur la perspicacité et l'appréciation à la fois profonde et spontanée d'autrui. Cette attitude deviendra une des dominantes de la recherche de la voie (do) au cours de la période Edo (1603-1867). Dés le début de celle-ci, le Japon se refermera sur lui-même du fait de la politique adoptée par les shoguns. Ceux-ci vont notamment interdire la fabrication et la possession des armes à feu. L'art de cette période se caractérise par un investissement de l'énergie retournée en profondeur dans un mouvement d'introspection. Au contraire, les sociétés occidentales s'orientent à la même époque vers une diversification du savoir qui multiplie les domaines spécifiques et les méthodes de combat y évoluent vers la primauté des armes à feu.
Pour la pratique du sabre, ce qui était important au temps des guerres féodales était le nombre d'adversaires que l'on avait tués. Au cours de la longue paix féodale de l'époque Edo, l'objectif du sabre devient progressivement d'atteindre le niveau le plus élevé, si possible sans tuer personne. Musashi a vécu à la charnière entre ces deux périodes.
Le passage suivant indique bien l'importance de la notion de voie pour Musashi :
L'arc, le fusil, la lance et le naginata sont tous des armes de bushi, chacune d'elle fait partie de la voie de hyôho. C'est pourtant avec raison que l'on appelle hyôho uniquement le sabre.
Le sabre est à l'origine de hyôho, puisque c'est par la voie de sabre qu'on gouverne le pays et la personne. Par le principe du sabre, une personne peut en vaincre dix. Si un peut vaincre dix, cent peuvent vaincre mille et mille vaincre dix mille. C'est pourquoi dans mon école les principes sont les mêmes pour un et dix mille et j'appelle hyôho toutes les pratiques des bushi.
On peut parler de la voie pour les confucianistes, pour les bouddhistes, pour les maîtres du thé, pour les maîtres de courtoisie, pour les danseurs mais ces voies sont distinctes de la voie de bushi. Toutefois, celui qui progresse dans une voie rencontrera les autres voies. Il est important que chaque personne persévère dans sa propre voie.
Document d'archive écrit en 1986
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui
