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Bushi et samouraï
Conformément aux usages du temps, Musashi utilise pour se désigner lui-même le terme « bushi » et non pas « samouraï ». Ce terme fait référence à la division de la société japonaise en quatre ordres sociaux hiérarchisés : guerrier, paysan, artisan et commerçant, que le gouvernement des Shoguns Tokugawa avait déjà institutionnalisés de façon stable à l'époque de Musashi. En utilisant le terme « bushi », les guerriers sous-entendent leur place dans cette hiérarchie.
C'est à partir du X° siècle que, dans les différentes provinces du Japon, les « bushi » commencent à s'organiser en clans. Plusieurs d'entre eux viennent dans la capitale pour assurer la sécurité des nobles, et c'est eux que le terme « samouraï » désignera tout d'abord. Samouraï provient du verbe « sabouraü » qui signifie « servir » ou « rester à côté de », lorsqu'il s'agit d'une personne importante. Le substantif du verbe « sabouraü » est « sabouraï » qui est devenu « samouraï ». Peu à peu ce terme va être utilisé par les personnes des autres ordres pour désigner les guerriers en général. Cependant qu'au sein de l'ordre des guerriers, il sert à désigner les bushi haut placés dans la hiérarchie. Par exemple, les citadins pouvaient appeler samouraï tous ceux qui portaient les deux sabres mais, entre « bushi », on n'appelait pas « samouraï » ceux qui occupaient le bas de la hiérarchie.
Le hyôhô
1) La démarche de Musashi
Continuons la lecture d'extraits du premier rouleau :
Je me suis entraîné dans la voie du hyôhô depuis ma jeunesse et, à l'âge de 13 ans, j'ai affronté pour la première fois un duel au sabre...
A l'âge de trente ans, j'ai réfléchi et je me suis aperçu que si j'avais vaincu, je l'avais fait sans être parvenu à l'ultime étape du hyôhô, peut être parce que mes dispositions natives m'avaient empêché de m'écarter des principes universels de la voie, peut-être parce que mes adversaires manquaient de capacité en hyôhô. Je me suis entraîné et ai cherché du matin au soir à parvenir à une plus profonde raison. Arrivé à cinquante ans, je me suis trouvé pleinement dans la voie du hyôho. Depuis ce jour je vis sans avoir besoin de rechercher la voie. Car, lorsque j'avance dans la voie d'un art en suivant la raison du hyôhô, je n'ai plus besoin de maître dans ce domaine. Ainsi, pour écrire ce livre, je n'emprunte pas aux anciens écrits bouddhistes ou confucianistes, je n'utilise ni les chroniques militaires, ni les exemples habituels de l'art de la stratégie.
Le terme « hyôhô » signifie méthode de stratégie, et c'est pour Musashi une voie (do ou michi) qui inclut une conception du monde. Tout au long du « Gorin no sho », il va aller en précisant le sens de ce terme, aussi je préfère conserver le terme hyôho en l'explicitant plutôt que de le traduire par une périphrase.
Musashi écrit que c'est après trente ans qu'il comprit que les victoires obtenues jusqu'alors en combat n'étaient pas dues à ce qu'il avait atteint l'ultime niveau de l'art, qu'elles n'étaient que des victoires relatives où intervenaient des éléments accidentels : la chance, l'insuffisance de ses adversaires, etc. Pendant vingt années encore, il rechercha l'état immuable de l'art et c'est seulement vers la cinquantaine qu'il considéra être parvenu à un état satisfaisant. Ce poème de Musashi me semble exprimer sous une forme condensée l'aboutissement de sa recherche :
« Pénétrant si profondément dans la forêt pour ma recherche,
Me voici sorti de cette forêt, si près des hommes »
Cependant, c'est dès sa jeunesse que Musashi avait commencé de chercher une synthèse de son art, il avait écrit à l'âge de 22 ans « Hyodo kyo » (Miroir de la voie des Arts Martiaux) qui est composé de 28 articles sur la stratégie. Plus tard, il écrivit le « Hyôhô sanju-go ka jo » (35 articles sur hyôhô) dont le contenu se rapproche de celui du « Gorin no sho ».
Document d'archive écrit en 1986
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui
