![]() |
![]() |
3- La floraison de l'art du sabre.
Je considère que la troisième période de l'histoire de l'art du sabre va du premier tiers de XIXe jusqu'à la fin de XIX° siècle. L'art du sabre s'épanouit en mettant fin à la période féodale japonaise, celle de sa domination, par la propre force de sabre.
En effet, au cours de la seconde moitié du XIX° siècle, le Japon va connaître une période de troubles consécutifs à la menace d'invasion que font peser les puissances occidentales. C'est le moment où les Japonais commencent à prendre conscience de la force des Occidentaux et à chercher les moyens les plus efficaces de s'y opposer. L'attitude et la conscience de la société globale se reflètent dans la manière de pratiquer le sabre. Il va atteindre sa plénitude produisant des étincelles d'acier entre les deux forces des samouraïs, dont l'une défend le Shogunat, l'autre cherche à évincer ce système. Le règne des Shogun a pris fin en 1867 et le nouveau régime, dans sa volonté d'instaurer une puissance militaire et industrielle moderne, a aboli les privilèges des samouraïs. Mais, malgré les difficultés, une partie des samouraïs qui ont survécu aux durs affrontements de la période de transition ont continué la tradition et la pratique du sabre. Ils ont d'abord dû s'habituer à l'interdiction du port de sabre et affronter la tendance alors dominante à la dépréciation de la culture traditionnelle qui supportait leur identité. Le sabre des samouraïs disparaît à la fin de XIX° siècle avec la mort de ceux qui avaient vécu les derniers combats de sabre.
4- Le kendo du début XX° siècle jusqu'à la fin de deuxième guerre mondiale.
La conception et la pratique du kendo moderne ont été élaborées et déterminées vers la fin de l'ère Meiji (1868-1912). Ce que désigne le terme kendo aujourd'hui n'est donc pas exactement ce qu'avaient pratiqué les adeptes de sabre plus anciens. Le terme kendo date de l'ère Meiji, auparavant, divers termes avaient été utilisés pour désigner l'art de sabre, par exemple, Geki-ken, Ken-jutsu, Gei-jutsu, To-jutsu, Ken-po, etc.
Bien que cette période soit courte, son importance est de servir d'intermédiaire entre le kendo pratiqué dans la continuité de l'attitude des samouraïs et le kendo moderne.
5- De 1945 jusqu'à aujourd'hui.
En 1945, les destructions étaient très importantes au Japon et dans l'ébranlement de la défaite, c'est toute la société japonaise qui se trouvait remise en cause. Après la guerre, le Japon a été occupé, la pression des « alliés » était très forte et tous les arts martiaux traditionnels ont été interdits. Les adeptes de karaté ont été les premiers à obtenir l'autorisation de pratiquer leur discipline car ils l'ont alors présentée comme une forme de boxe, ce qui permettait de l'assimiler à un sport : la boxe anglaise. Il n'en allait pas de même pour le kendo, même pratiqué avec des sabres en bambou, il évoquait l'étrangeté barbare du Japon de la guerre. Lorsque le kendo a pu reprendre officiellement, c'est dans une société qui avait changé, et l'esprit de sa pratique a été modifié par l'intégration de l'idée moderne de sport de combat.
Miyamoto Musashi.
Je vais commencer l'étude de l'art des principaux maîtres de sabre en présentant Miyamoto Musashi car il est sans doute, parmi les grands adeptes de sabre, celui dont le nom est le plus familier aux Européens, grâce aux traductions de son traité de sabre « Gorin no sho » (Ecrits sur les cinq roues) et des romans de Eiji Yoshikawa : « La pierre et le sabre » et « La parfaite lumière ».
Miyamoto Musashi était depuis longtemps renommé au Japon mais le roman dans lequel E. Yoshikawa raconte sa vie l'a rendu encore plus célèbre dans le grand public. L'auteur a accentué le versant introspectif du personnage, c'est pourquoi on dit parfois « Yoshikawa Musashi » pour qualifier l'image que le public japonais se fait aujourd'hui de Miyamoto Musashi. Le roman a été publié en feuilletons de 1935 à 1939. Il est, d'une certaine façon, la prise de position de Yoshikawa dans le débat sur les qualités réelles de Miyamoto Musashi qui se développa entre les écrivains japonais au début des années trente.
C'est Naoki, célèbre auteur de romans sur les samouraïs, qui déclencha la polémique en écrivant que Musashi n'atteignit à l'excellence en sabre que quelques années avant sa mort. Il pense que Musashi dans sa jeunesse était seulement expert en auto publicité, et que sa force en sabre n'était pas extraordinaire. Il en prend comme preuve le combat contre Sasaki Kojiro où Musashi a utilisé un sabre de bois afin d'avoir un sabre plus long que celui de Kojiro et a, de plus, retardé volontairement le moment de combat pour énerver son adversaire. Il ajoute que Musashi écrit qu'il a combattu plus de 60 fois dans sa vie mais que la plupart de ses adversaires n'étaient que des samouraïs peu connus. Ce point de vue n'est pas dénué de véracité.