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Etude sur les maîtres du sabre japonais - Musashi-1
[3/4] Qui était véritablement Miyamoto Musashi ?

Hyoho Niten Ichi Ryu une partie du style fameux de Miyamoto Musashi: Juji Uke, blocage en croix du sabre adverse.

Hyoho Niten Ichi Ryu une partie du style fameux de Miyamoto Musashi :
Juji Uke, blocage en croix du sabre adverse.

Un autre écrivain a contre attaqué en défendant les qualités de Musashi. Le débat s'est élargi, entraînant Eiji Yoshikawa dans la controverse. Ce débat a eu un retentissement important dans la société japonaise car celle-ci se préparait alors pour la Deuxième guerre mondiale et affirmait avec force son identité culturelle japonaise.

Il est toujours possible de développer la controverse à propos du sabre de Miyamoto Musashi puisque celui-ci appartient au passé. Par contre, ses calligraphies, ses peintures à l'encre de Chine et ses sculptures sont parvenues jusqu'à nous ; leur qualité artistique est indéniable et elles sont connues dans l'histoire de l'art japonais. Du point de vue littéraire, le style de son fameux « Gorin no sho » est remarquablement clair et simple en regard de celui des écrits des contemporains et, en ce qui concerne le contenu, seul un grand adepte de sabre a pu l'écrire. Comme l'a écrit Musashi : « En appliquant le principe du sabre aux autres arts, je n'ai plus besoin de maître dans les autres domaines. ». Je pense donc que d'après la qualité de l'ensemble de son oeuvre, il ne pouvait qu'exceller dans l'art du sabre.

Le roman de E. Yoshikawa se termine par le combat de Musashi contre Kojiro à Ganryu-jima, Musashi avait alors 29 ans. C'est le seul moment de la jeunesse de Musashi sur lequel nous possédions des documents précis. Et la popularité, pendant plusieurs générations de l'image de Musashi crée par E. Yoshikawa montre que le romancier a su condenser en lui une image idéale du samouraï à laquelle était attachée la population japonaise.

Mais qui, en fait, était véritablement Miyamoto Musashi ?

Depuis la parution du livre de E. Yoshikawa, plus d'une vingtaine d'ouvrages sur Musashi ont été publiés au Japon. Ma façon de présenter les maîtres de sabre part d'une recherche historique mais diffère du travail des historiens parce que j'interprète les documents à partir de mon expérience de l'art martial pour redonner vie aux grandes figures de l'histoire de mon art et essayer d'en retirer des enseignements pour notre pratique.

La première difficulté que rencontre l'historien en cherchant à identifier le véritable Miyamoto Musashi est que celui-ci a utilisé plusieurs noms au cours des différentes périodes de sa vie, ce qui était habituel dans le milieu des samouraïs de son époque. Comme nom de famille, il emploie selon des périodes et la situation : Hirata, Takemura, Shinmen, Hirao et Miyamoto. A son prénom Musashi, qui était alors un prénom usuel, il attache un suffixe guerrier : tantôt Masana, tantôt Masanobu.

Comment apprécier le sabre de Musashi ?

Pour apprécier justement son art de sabre, il faut bien comprendre qu'à cette époque les rencontres au sabre entre différentes écoles signifiaient, dans la plupart des cas, la mort. La décision de lancer ou d'accepter un défi demandait une extrême prudence. La simple bravoure ne suffisait pas pour survivre à un duel à mort, il fallait le niveau. Il est indéniable que Musashi ne s'est jamais trompé dans l'estimation juste de la force de son adversaire, ce qui lui a permis d'éviter de combattre contre un adversaire capable de le vaincre. Musashi appelle cette perception « mikiri », terme qui lui est particulier. La traduction littérale est « mi » : regarder ou voir, et « kiri » : coupe. Cela veut dire « voir avec une minutie tranchante » ou « aller jusqu'au bout d'un regard » et signifie « discerner l'état des situations ou des choses avec une rigueur tranchante ». Je pense que ce discernement rigoureux caractérise le sabre de Musashi aussi bien que son expression esthétique. S'il juge son adversaire susceptible de lui être supérieur, il évite de combattre. Un discernement d'une rigueur tranchante doit être pour Musashi à la base de la stratégie, individuelle ou collective. En situation de combat à deux, c'est le « mikiri » de trois centimètres qui détermine une prise de « ma », et décide de l'issue du combat. C'est de la justesse du « mikiri » que dépend pour un général le choix judicieux des personnels selon la situation, en temps de guerre ou paix. Le « mikiri » condense en un mot un des enseignements de Sun-Tseu : « Si tu te connais toi-même, et connais ton adversaire, le combat est sûr. »

Miyamoto Musashi avait en effet une conception large de l'art du sabre qui, pour lui, participait de la stratégie des arts martiaux, discipline qu'il nommait « hyôhô ». Pour Musashi être simplement fort individuellement n'avait pas tellement de valeur car il savait bien que la force d'une seule personne est limitée et est même sans importance au cours d'une grande bataille comme celles auxquelles il a participé à plusieurs reprises au cours de sa vie. Il aurait voulu déployer pleinement son talent à une plus grande échelle car il croyait avoir trouvé un principe applicable à tous les phénomènes de la vie humaine. C'est ainsi qu'après l'âge de 30 ans il continua de passer la plus grande partie de sa vie en voyages afin d'approfondir son art. En même temps, il cherchait un seigneur qui puisse le charger d'élaborer des stratégies à une grande échelle. Toutefois la rigueur de Musashi donne parfois une impression inquiétante comme le tranchant de son sabre, cela est encore perceptible dans ses oeuvres d'art. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles il n'a jamais pu obtenir auprès d'un des grands seigneurs féodaux la situation qu'il aurait souhaitée. Personnellement, je suis certain que Musashi était un très grand adepte de sabre. Mais je pense que dans l'histoire de sabre japonais bien d'autres adeptes ont atteint des sommets encore plus hauts.


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