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Etude sur les maitres du sabre japonais - Kamiizumi-3
[2/4] D'où viennent les ninja ?

Le clan Hata et l'Empereur de Chine.

Pourquoi le clan Hata, voisin de Yagyu, était-il si versé dans les techniques subtiles de l'espionnage ? Il existe plusieurs versions de l'histoire de ce clan, je vais rapporter la plus glorieuse. Un document historique relate qu'au IV° siècle 120 personnes venues de Chine ont immigré avec la permission de l'Empereur. On dit qu'elles descendaient de l'Empereur de Chine qui a fait construire la fameuse muraille de Chine. En effet, ce groupe a pris le nom de clan Hata et l'idéogramme Hata est celui des empereurs de la dynastie des Qin. Certains historiens disent que, lors de la destruction de la dynastie des Qin en 206 A.C., un des héritiers de l'empereur s'est échappé avec son entourage proche en espérant reprendre le pouvoir un jour. Ce groupe a erré en Chine et en Corée et a acquis et développé au cours des siècles différents savoirs pratiques et scientifiques lui permettant de survivre et de se renforcer. Vers le IVe siècle, une partie d'entre eux immigre au Japon. Les membres de ce clan se nomment Hata, une partie du clan Hata s'installe à Iga et, sous le nom de Hattori, forme le clan central d'une école de ninja.

D'où viennent les ninja ?

Les lecteurs connaissent sans doute le théâtre no. L'aspect sobre et profond de cet art est représentatif des arts japonais. En effet il présente, par le geste, la musique, le chant et les décors, une esthétique caractéristique de la culture traditionnelle du Japon. Les lecteurs seront peut-être surpris si je dis que le théâtre no et la technique du ninja ou ninjutsu ont tous deux une même racine.

Au début de VIII° siècle, la fête du sumo (lutte japonaise) appelé « sumo no sechi » devint une des fêtes annuelles de la cour de l'Empereur. C'est l'origine de la forme cérémonieuse du sumo, telle qu'elle a été présentée l'année dernière à Bercy. Cette fête accompagnée de cérémonies religieuses avait lieu chaque année au mois de juillet. Elle était suivie de spectacles divertissants. A la joie de la fête se superposait celle de la bonne récolte, de manger bien et en paix. Pour le peuple ancien du Japon, l'amusement et les réjouissances à l'occasion d'une fête avaient aussi un sens sacré. Car, si on s'amusait bien à la fête en la dédiant aux dieux, ceux-ci se réjouiraient et accorderaient de bonnes récoltes et la paix dans le pays. L'amusement allait donc au-delà du plaisir personnel. Parmi les spectacles, prenait place le « sangaku » une sorte du théâtre comprenant du chant, de la musique, des marionnettes, des acrobaties, des mimes, de la magie, etc.

Le « sangaku » est pratiqué par les kugutsu qui sont un peu l'équivalent des gitans en Europe. Ils sont venus du continent en traversant la Corée et ont continué à former un peuple nomade. Ils vivent principalement des spectacles qu'ils donnent, sans autre occupation avouée. Leur situation dans la hiérarchie sociale est des plus basses. Mais, à cette époque, la cour imperiale était perméable à la culture populaire. Imaginons, ce jour de fête, les nobles de la cour vêtus de somptueux costumes de cérémonie qui s'amusent du spectacle de ces acteurs de rue. Mais ceux-ci sont aussi porteurs de la culture venue de l'extérieur. Il convient de souligner que, sans contacts directs, c'est principalement à travers les immigrés que le Japon a connu les cultures du Continent.

Les Kugutsu et la naissance du théâtre no.

Parallèlement à l'immigration officielle des Hata, plusieurs groupes d'origine nomade ont immigré au Japon vers cette époque en apportant la culture continentale. Parmi eux se trouvaient quelques groupes nomades dont l'origine remonte jusqu'en Europe. On les nommait « Kugutsu » et voici leur mode de vie tel que le relatent les documents les plus anciens. Ils vivent sous des tentes rondes sans avoir de maison fixe. Les hommes sont très habiles au tir à l'arc et au lancer du couteau et des balles, ce sont d'excellents écuyers. Ils manipulent les marionnettes comme des êtres vivants. Ils sont savants dans l'art de produire les métaux à partir de sable et des pierres. Ils connaissent les magies qui transforment les plantes en animaux. Les femmes se maquillent, dansent et se prostituent. Ils ne travaillent jamais la terre et échappent donc aux contrôles administratifs. Ils ne reconnaissent ni la hiérarchie, ni les dieux du pays. Ils passent leur vie en s'amusant avec des musiques bruyantes et ont leur dieu et leur culte.

Bref, ces groupes d'origine continentale sont intégrés dans la société japonaise, tantôt en constituant un ordre nomade comme les Kugutsu, tantôt en s'installant et en cultivant le terre comme les Hata. Participant de la même civilisation, ils communiquent plus facilement entre eux qu'avec les cultivateurs japonais. Comme nous avons vu, les Kugutsu sont régulièrement invités à la cour de l'Empereur certains jours de fête pour présenter leur art « sangaku » et diffusent progressivement leur art en province au hasard de leur vie nomade. Au cours des siècles, l'art du sangaku se raffine.


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