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Articles de K. Tokitsu
    Etude sur les maîtres du sabre japonais - Kamiizumi-1
        conservation des documents et textes de la famille Yagyu

succession authentique Hyogonosuke successeur de MuneyoshiYagyu art du muto et acte de transmission


« Jusqu'au bombardement en 1945 à Nagoya, mes parents vivaient dans la maison habitée par mes ancêtres depuis l'époque de Hyogonosuké. Mais cette maison a été complètement brûlée. Les documents de la famille étaient conservés dans un coffre situé à l'intérieur d'un puits. Aussitôt après les avoir sauvés, mes parents se sont réfugiés dans le département voisin. A cette époque, j'étais dans une division militaire de Chiba, après avoir participé à des batailles en Chine. En revenant à Nagoya une fois la guerre terminée, il n'y avait que des champs brûlés, pas une maison. Je n'ai même pas pu savoir où étaient partis mes parents. .... Mon père, comme la plupart des samouraïs, n'avait aucun sens du commerce et le terrain de la famille a été absorbé par l'urbanisation d'après-guerre sans laisser aucune trace. Ainsi la famille Yagyu a perdu sa maison et son dojo. Après la guerre, je suis devenu professeur de langue japonaise dans un lycée à Nagoya. Et maintenant je suis retraité et consacre le plus clair de mon temps au sabre. »

Maître Yagyu continue en souriant :

« J'ai voulu longtemps avoir un dojo personnel. C'était mon rêve. Mais finalement j'ai décidé de ne pas chercher à avoir mon dojo. Je me contente d'enseigner dans les dojos de mes élèves. Je vais chaque mois à Tokyo où est situé le dojo d'un de mes élèves. J'y enseigne le sabre et tiens aussi régulièrement un séminaire sur l'école Yagyu. Ce séminaire a été commencé par mon père en 1955. Au mois de mars, j'ai tenu le 209ème séminaire. Je vous ai apporté les textes que j'ai écrits pour ces séminaires. Je serai heureux si vous pouvez les utiliser pour avancer votre travail. »

Parlant ainsi, maître Yagyu m'a offert une vingtaine de textes. Et il m'a appris qu'il y existe d'autres écrits de l'école Yagyu qui ne sont pas moins importants que le « Heiho kaden sho. ». Ces textes seront précieux pour mon travail à venir. Chacun d'eux contient des explications sur les mots employés dans les actes de transmission par Yagyu Muneyoshi, et son maître Kamiizumi Hidetsuna. En lisant ces textes je devais me rendre compte une fois de plus la complexité et de la difficulté de traduire ces écrits en français car il est déjà très difficile de bien comprendre aujourd'hui le sens du japonais de cette époque, de plus les mots ont souvent deux ou trois sens différents. C'est une des raisons pour lesquelles beaucoup de problèmes d'interprétation demeurent malgré les séminaires tenus plus de deux cents fois. Sans comprendre suffisamment en langue japonaise, comment peut-on traduire en langue étrangère ? C'est effectivement ce que j'avais ressenti en lisant les traductions déjà parues du « Gorin no sho » de Miyamoto Musashi.

Maître Yagyu continue à propos de son dojo :

« A vrai dire j'ai reçu une proposition de Monsieur S. pour construire mon dojo. Il a déjà construit plusieurs dojos de budo pour des maîtres qui n'en avaient pas. Si j'avais accepté son offre, j'aurai sans aucun doute aujourd'hui un dojo magnifique. L'offre du dojo est gratuite mais, en acceptant cette offre, ma conscience ne pourrait plus être libre. En considérant l'expérience des maîtres qui ont reçu de lui leur dojo, je dois me le confirmer. Je ne pourrai pas continuer avec satisfaction mon sabre dans un dojo qui est offert par une personne dont l'activité sociale me semble quelque peu décalé de mon idéal du budo. J'ai donc refusé cette proposition. Si je le dis ainsi, ça sonne peut-être bien, mais j'avoue en réalité que j'ai longuement hésité. J'avais tellement envie d'avoir mon dojo car, jusqu'à mon père, ma famille avait son propre dojo et, seulement à partir de moi, elle n'a plus de dojo. Economiquement aussi, je serais bien plus à l'aise. J'ai honte de vous dire que j'ai hésité sérieusement à accepter ou à refuser l'offre de Monsieur S. durant six mois au moins. Et finalement j'en ai décidé ainsi. Je pense que j'ai bien fait. Pour continuer le budo il faut avoir l'esprit libre. C'est plus important que d'avoir un dojo. »

Qu'est-ce l'école Yagyu ?

Le nom complet de l'école Yagyu est « Yagyu shin kagé ryu ». La transmission de cette école n'a pas été interrompue depuis Kamiizumi Hidétsuna au XVIe siècle. Pour comprendre l'école Yagyu, il faut passer par le sabre de Kamiizumi Hidétsuna. Vous avez peut-être vu le célèbre film d'Akira Kurosawa « Les sept samouraïs » ? Vous vous rappelez du vieux maître qui se fait raser le crâne pour sauver un enfant capturé par un brigand. Cette image est empruntée à une anecdote relative à Kamiizumi Hidétsuna. Dans ce film, le maître tue le brigand mais, selon la transmission d'Owari Yagyu, il ne tue pas. Le maître déguisé en moine donne les boulettes du riz au brigand affamé qui, pour les recevoir, ôte les mains de son sabre, le maître l'immobilise sans le tuer. Selon maître Yagyu, cet esprit est à la base de l'école de Hidétsuna. Il s'agit de créer, avant même le combat, une situation stratégique grâce à laquelle on peut dominer l'adversaire sans le tuer. On appelle cette pensée sur le sabre « katsunin ken », le sabre qui fait vivre l'homme.

Document d'archive écrit en novembre 1987
par Kenji Tokitsu - publié dans Bushido - arts martiaux d'aujourd'hui

succession authentique Hyogonosuke successeur de MuneyoshiYagyu art du muto et acte de transmission

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